Roger Aïm – « Poésies fugitives »

J’aime ces jours de ciel bleu mobile où les rues vont dans le même sens que les nuages.

_

Dans l’hiver du village le soir vint, puis la nuit, puis la lune.

_

Se mêler à son encre pour décrire ces nuages lourds appuyés contre le ciel, cette brume immobile, l’ombre d’une rue étroite, ce samedi plein d’hiver…

_

Par instants, mon père regardait le ciel et moi je regardais mon père.

_

Pour écrire. S’effacer, tirer les rideaux, s’entourer de soi sous l’orbe ami de la lampe.

_

Au passage du soir, juste à côté du ciel, les nuages courent tous dans la même direction pour rentrer au coin du monde.

_

Le rude hiver s’est acharné sans répit sur toi, pauvre treille.

Bois noir effrité, déchiqueté, désolé, laissé pour mort en mars, tu bourgeonneras avec gloire et vigueur en avril et innocemment en juin, tu te cacheras sous un épais manteau de feuilles.

_

Ce matin, par un soleil de jardin, le mimosa est en gloire, le rosier bourgeonne, la vigne s’éveille, la terre gazonne, le printemps cette année frappe fort à la porte de l’hiver.

_

Il pleut dans le soir de Paris.
Au bord de Neuilly endormie,
un petit point rouge venu d’ailleurs,
enthousiaste et plein de vie,
le cirque Romanes.
Sur la piste on jongle avec des riens,
on danse avec mille couleurs,
on chante avec une contrebasse,
un saxophone et
un accordéon des airs tziganes.
Alexandre, riche de ses enfants et de ses mots,
transmet l’humanité, la sagesse et la pudeur de tout un peuple.
Loin de ce petit point rouge,
il pleut toujours dans le soir de Paris
et dans notre cœur.

_

Écrire
derrière
une idée
une histoire
un personnage
Mais la poésie
c’est être soi enfin

_

Un soir d’août, il a fallu peu de choses pour comprendre que nous étions d’un même pays et qu’il fallait devenir poème.

_

Lorsque les aiguilles du cadran marquent la lenteur des rues
Lorsque les ombres n’ont plus aucun appui où se poser
Lorsque les bruits finissants de la ville se détachent
Lorsque l’air est soudainement plus humide
Lorsque les réverbères s’animent un à un
Alors
Le crépuscule du soir peut
écrire les premiers mots de la nuit

Portes et volets clos
Serré contre lui-même
Emmitouflé derrière de longues écharpes de brume
Le village se protège
C’est l’hiver en mai
_

Site protégé
Interdit d’entrée
Sous surveillance
Mais c’est moi
Je suis dehors
Devant ta grille
Je te vois de l’autre côté
Je me vois
Tu m’as connu
Jeune
Enthousiaste
Nous avons eu des ambitions, des joies,
des peines, de grosses contrariétés
Mais nous étions bien ensemble
J’aurais pu t’aimer encore
Je suis dehors
Devant ta grille
Je te vois de l’autre côté
Je me vois
Mon usine
Mes années

_

L’homme est dense. Sac à dos posé sur l’épaule, chemise violette, pantalon de toile beige, Garouste marche de long en large, le pas lent et grave, dans l’espace méditerranéen de la fondation Maeght. Errant dans ses profondeurs, à distance du monde, il finit par nous rejoindre, la main solidement agrippée à la lanière de cuir de son sac. Son regard est perplexe, dans une quête insatiable de réponses. Devant sa peinture, il est autre, présent. Ses mains expressives circulent à grands gestes devant ses toiles faites de couleurs vives, de visages et de corps en mouvement, malléables et ductiles. Il y a du Gréco chez Garouste.

BIO-BIBLIOGRAPHIE

 

Roger Aïm, ingénieur et auteur, passionné de littérature et de poésie, fervent admirateur de l’œuvre de Julien Gracq, consacre désormais son temps à l’écriture.

Biographies
Filippo Brunelleschi, Le Dôme de Florence, paradigme du projet,
Hermann, 2010.
Julien Gracq, 3 rue du Grenier à Sel, Portaparole, 2012.
Julien Gracq, L’ultimo dei classici, Portaparole, 2014.
Aloysius Bertrand – Epopée de son grand oeuvre : Gaspard de la nuit, Du Lérot, éditeur, 2014.
Emmanuel Kant – Une vie à Königsberg, Christian Pirot, 2018.
Romans
Un jour entre les autres, Portaparole, 2011.
En dehors des jours, Domens, 2018.
Poésies
Cent petits écrits, Portaparole, 2014.
L’heure cachée, Portaparole, 2016.
Écrits de l’instant, Domens, 2019.
Dehors ne veut plus de nous, Domens, 2020.
Récit
Julien Gracq – Jour d’octobre, Christian Pirot, 2016.
 Essai
Histoire d’un refus – Julien Gracq, prix Goncourt 1951, La Simarre, 2020.

Gérard Camoin – Trois poèmes, et une traduction.

Ami si je tombe

Ami si je tombe ramasse mon couteau
C’est l’arme d’un homme sans nom
Qui chaque jour tua la bête qui grondait en lui
Qui creva de sa lame les murs aveugles de la liberté
C’est une lame aiguisée des cris de sa colère
Des larmes d’amour et des vins d’amitié
C’est le couteau d’un surineur qui ne piqua que lui-même

Ami ramasse ma plume mets-la à ton poème
C’est l’arme d’un homme sans nom
Abreuve-la de ton sang et poursuis le combat anonyme
Jusqu’à ce qu’un autre la ramasse après toi
Mais surtout prends garde jeune ami
Prends bien garde à ce que nul ne dise jamais :
C’est la plume d’un poète qui ne griffa que lui-même

Amigo, si yo caigo

Amigo, si yo caigo, recoge mi cuchillo
Es el arma de un hombre sin nombre
Que mató cada día a la bestia que rugía en él
Que reventó con su acero los muros ciegos de la libertad
Es una hoja afilada con los gritos de su ira
Con lágrimas de amor y vinos de amistad
Es el puñal de un cuchillero que no pinchó más que a sí mismo

Amigo, recoge mi pluma, ponla en tu poema
Es el arma de un hombre sin nombre
Abrévala con tu sangre y prosigue el anónimo combate
Hasta que otro la recoja tras de ti
Pero ante todo ten cuidado, joven amigo,
Cuida de que nadie diga nunca:
Es la pluma de un poeta que no arañó más que a sí mismo.

Traduction par Miguel Ángel Real

Girafe sanglante

Je sais une girafe
Au nez bec de carafe
Et aux yeux gris d’argent
Qui vit dans un rosier
Et fleurit au printemps
D’un masque rouge sang

Je connais des rosiers
Qui donne des girafes
En bouquet d’échassiers
Une rose à leur coiffe
Et un noir tablier
Plein de taches de sang

Je connais un gazier
Qui voit plein de girafes
Des cafards et des loups
Jaillir de ses carafes
Tant il boit comme trou
Où se fige son sang

Un gazier jardinier
Qui s’est piqué au cou
D’une rose de sang
Au printemps des girafes

En taillant ses rosiers
Un matin de carafe
Où son cœur était soûl
Et ses joues rouges sang

Et un soir de l’Ankou
Qui toujours nous agrafe
Gazier pendra son cou
Comme on pend une gaffe
Au sauvage églantier
À la fin du printemps

 

Douarn en Chine

J’ai rêvé. Le soleil de Chine
Se couchait sur l’Ile Tristan
Et nous allions à la sardine
Qui se pêchait au cormoran.

Des ouvriers en bleu de Chine
Sortaient des ventres des sampans
Pour rebâtir la Rouge Usine
Avec des briques du Hunan.

La Cochinchine était de Chine
De Mer de Chine au rail d’Ouessant.
Hé ! Kenavo, ma langoustine !
Tu t’enjonquais rouleaux-printemps.

Je m’embarquais pour le Quang Ninh
J’étais grossiste en kouingn amann.
Des Filles-Fleurs, mine câline
Sur le Rosmeur chassaient l’amant.

Je m’éveillai l’humeur chagrine
Tu ronronnais en respirant.
Tu ronchonnas, la voix chourine :
 » Viens te coucher, il est grand temps… »

J’ai feuilleté Anaïs Nin
Envie de nems en m’endormant.

Grégory Rateau

LA SIESTE

J’ouvre les yeux un peu troubles du songe
La rumeur du jour pique à vif
Kaléidoscope rétinien
D’ombres roumaines striées de veines
Passage du noir au rouge
Puis les piaillements amis
Les cahots des charrettes
Et les bâtards qui leur courent après
Des voix familières derrière les murs
Nomment sans le brusquer le dormeur
L’appel en doux murmures suivis d’éclats de rire
Se lever avant que le lit ne me ramène définitivement
A cette torpeur molletonnée de l’entre-soi
Le soleil qui se pose sur un coin de fraîcheur
Une invite, une promesse renouvelée
Aucune urgence
Le monde m’attend
Me recoucher
Le faire languir encore un peu

 

 

LA CONSPIRATION DU RÉEL

J’aimerais m’embarquer
Dans la douceur de ce large
Sans nom, sans destination
Rouleur d’éternité
Nulle escale
Voyager en solitaire
En prendre plein les embruns
Un ressac de présent concentré
Bout au vent
Fumer l’horizon jusqu’à ce point fixe
Cette lueur qui pique les yeux
Où convergent mes dernières forces vives
Saisir cette brèche
Résister un bon coup
Contre ce sel qui s’accroche à mes basques
Me ronge au talon d’Achille
Abattre les voiles
Me dresser face au réel
Déjouer cette conspiration
Les proches, les envieux, les faux-amis
Tous de la même pâte informe et malléable
Fureur contre ce siècle qui monnaye le temps
Contre la houle qui fige mon sang
Ma jeunesse pétrifiée dans l’air
Coule à pic
Dans un dernier sursaut de bon sens
Je me glisse par le hublot grand ouvert
Comme Martin Eden
Le repos du marin
Cette peur panique du noir, primale
Sauvé par le spectacle des poissons lanternes
Éclaireurs des profondeurs
Je sais maintenant où jeter l’ancre
Sans peur
C’est ici
Dans les bas-fonds
Où les courants murmurent une dernière fois
Avant de définitivement se taire
Que je regarderai les bateaux passer
Sans jamais plus s’arrêter

 

MA BANLIEUE

Elle se dresse
De toutes ses flaques bileuses
Relents d’herbes souillées
Ce bout de nulle part
Ce Pôle nord parisien
De mon sous-sol humide
Je la contemple aux heures creuses
Quand les nuages forment comme un deuxième ciel
Je trace alors une ligne droite
Vers la grande ville
Dans ce lointain poussif
J’idéalise toutes ses lumières
Par-delà le périph
J’entrevois même ses boulevards
Des peaux ocre qui fusionnent dans la même toile
Des femmes voilées dans des trench-coats très bien ficelés
Mais soudain, la lumière décline
Seule la grisaille persiste
A force d’épier cette même teinte uniforme encore et encore
Elle me rentre dans les poumons
Ce sentiment récurrent d’être de trop
D’être loin de tout
De mon centre
De l’enfant
En équilibre constant sur ce point mort
Dont le projet d’ensemble me restera inconnu
Face à des toboggans statiques
Des chaises de bistrot déformées
A force d’accueillir les mêmes chômeurs sans cesse affalés
A contempler depuis les coulisses
Ces affiches surannées
Scotchées moult et moult fois par-dessus d’autres affiches
Des témoins oubliés
Qui ont fait vœux de silence

L’auteur

Grégory RATEAU est un écrivain et poète français de 36 ans. Il contribue à des sites et des revues en France et à l’étranger (Recours au poème, Cavale, La page blanche, Remue.net, Lettres Capitales…).

Il a débuté comme réalisateur et scénariste (parrainé par le cinéaste Benoît Jacquot) puis a enseigné le cinéma et a animé un ciné-club dans les cinémas du 5ème et 6ème arrondissement de Paris.

Après de nombreux voyages et plusieurs années d’errance en Irlande, au Liban puis au Népal, il vit aujourd’hui entre Paris et Bucarest où il est le rédacteur en chef d’un média d’informations en ligne et chroniqueur radio à la RRI. Il anime également des débats lors de festivals pour le réalisateur roumain primé à Cannes, Cristian Mungiu.

« Hors-piste en Roumanie, récit du promeneur » inspiré par la pensée rousseauiste est sa première tentative littéraire sélectionnée pour le prix Pierre Loti 2017 qui récompense chaque année le meilleur récit de voyage.

Son premier roman, « Noir de soleil » aux Éditions Maurice Nadeau – Les Lettres Nouvelles, raconte l’histoire de deux amants maudits en quête de lumière, plongés au cœur d’un conflit armé à Tripoli au Liban. Le roman a été sélectionné au Prix France/Liban 2020 du journal l’Orient le Jour.

 

 

 

 

Jean-Jacques Brouard

Plaisir du sens

Le texte a été trop souvent
théorisé, travaillé, déverrouillé, analysé, interprété, détourné !
Il faut maintenant
le faire éclater
et disperser ses graines
dans le vent
des plaines !

C’est là qu’un barde
chante
dans les prairies
la parfaite géométrie
des alvéoles de la ruche
le vol étonnant d’un essaim d’abeilles dans le vent
le mystérieux dessin des bûches
la beauté des géantes
l’émerveillement des enfants
l’exquise ardeur
des grands fauves
l’émouvante candeur
des aréoles mauves

Et son chant nous enchante !

 Extases, 1995 – poème publié dans le n° 10 de la revue « La Vie multiple »

 

Miroir brisé

La nuit se brise sur les zèbres de lumière
et déchire la toile des brumes…
Aurore bien venue !
Dans le suc d’amour tournoient les cavales du souvenir…
La main est l’outil du futur
Le sein son élixir
Et la semence une promesse de Nature
Dans le sable mouvant de ta bouche s’enlise notre désir

Erreur mal venue !
Dans le sac d’humeurs se noient les chevaliers
Excalibur l’arme du cauchemar
Le souffle du dragon la drogue du délire
Le sang de Morgane le curare

L’ennui m’abrase !
Les errata, ces embruns de l’aléa,
change la quête en errance
La Poésie m’injecte sa souffrance.

Dans la clairière de la fontaine morne
Les ormes indolents plongent leurs racines
dans l’eau claire où se mire l’Azur.
La folle Mélusine attend le roi Arthur
en caressant son chien.

La brise des cascades enlace les plissements anciens
Et le barde guette la licorne.

 Extases, 1995 – poème publié dans le n° 11 de la revue « La Vie multiple »

Bilan provisoire

Matin clair et silencieux qui berce la pensée
Il est deux heures à peine et tout devient léger
Le vieux nounours veille immobile sous les yeux de Borges
L’horloge prend du retard dans le ballet cosmique
Les astres ne l’attendent pas et filent vers le trou noir
Le temps est diluvien le vent chante l’été
Des puces ont envahi mon cerveau électrique
Des champignons me rongent l’âme Mozart m’enchante
Sortilèges des sens Crise de blues Abus des signes
La bière coule douce et ambrée
Une muse passe belle et cambrée
L’atelier m’offre les couleurs cruelles d’un lendemain inouï
Le temps accélère Le mythe me banalyse
Je fatigue plus vite que mon double
Je suis d’une autre époque et de mauvaise humeur
Et je pourfends l’attendu le poncif l’ennuyeux
Je ne sais plus de quoi hier était forgé
Je m’enivre d’aujourd’hui
Et pour demain j’ai perdu la main
Des heures passent dans l’escarcelle du diable
L’écriture épuise et transfigure…
Quelle malédiction !

Graal amer, 2021 – poème publié dans le n° 12 de la revue « La Vie multiple »

Vie multiple

 

Paul Badin

Mains

Mains de force travailleuse promesse de bon labeur
mains musculeuses des gestes de vivre
ceux qui participent des équilibres élémentaires de la terre
chaque jour qui s’endort ici s’endort accompli
Mains forgées aux brouettées de rocaille
cailloux un à un extraits des sols de fatigue et de sueur
mains des ferveurs ancestrales
fières de confier leurs humbles traces aux âges à venir
voyez ces restes de murets pierre à pierre assemblés
ce vieux pont endormi sous sa couche de fougères
ces chemins parfois étouffés de ronces parfois rétablis dans leur aïeule dignité
Mains de fleuve à son zénith
de la plénitude des sens et des os généreux
mains ingénieuses qui bâtissent, équipent, ajustent, calculent, planifient et clarifient tout
mains incessantes de l’aube au crépuscule du gel aux fournaises
Mains des quatre saisons
qui ébourgeonnent dans la patience du temps seul apte à mûrir toutes choses
cueillent grappe après grappe et c’est l’euphorie
grain à grain quand la perfection n’est pas loin
taillent les ceps sculptent les réceptacles de la vie qui va poindre
brûlent les glanes d’hiver flambent les bois morts
lissent leur paix le soir sur les corps accordés toute fièvre abolie
Mains qui savent la nouaison
pensent avec le terroir
libèrent de chaque parcelle son unique don
de chaque herbage d’amples échanges bactériens
Mains à rendre à la terre ce qu’elle donne de meilleur
mains qui ordonnent les paysages et les pays le pain des hommes en somme
justes mains de vignerons, de laboureurs, de paysans
vraies mains de la terre

Paul Badin
(Extrait de La montée au coteau, éd. Encres vives, dédié à Claude et Joëlle Papin)

S’UNIR AVEC (éd. du Petit pavé, 2019)
(2 extraits)

À chaque effondrement des preuves
le  poète répond par une salve d’avenir,
écrit René Char, dans Partage formel.

Reprends par l’amont
le chemin de halage
loin des songes repus

Oriente tes oreilles
vers ce qui bourgeonne
aussi vers ce qui crie

Provoque la lumière
sur le champ quotidien des luttes
ne ploie pas le genou

Offre à l’étranger
les pages blanches du Vélin d’Arche
écoute son histoire

Ébroue l’inertie
qui pèse aux semelles
des jours flasques

Gratte l’artifice des dorures
jusqu’à la chair élémentaire
et sa juste pulsation

Traque une à une
les mille tentacules
de la pieuvre vanité

Ce n’est pas tant régler la pendule
qui importe
que redonner son espace au présent
Souvenirs accaparants
illusions trop ancrées :
jette du lest

Active le feu clair
des nuits de fraîche étoile
jusqu’en leurs signaux lointains

Cultive ton jardin
tant dans ses espaces clos
que dans les plis du monde

 

Frémis au moindre pépiement
plus qu’aux dernières trouvailles
de l’hydre aux technologies

 

Épouse des combats
réputés accessibles
et mène-les à bien

Délaisse leurres, chimères
et rêveries nuisibles
ce sont chaînes poisseuses

Ta maison couronnée
revis l’aventure du chantier
chez les autres

Qui se fie au chant profond
noue ses tripes
aux fastes racines

Écoute, tendresse, sollicitude
n’épargne rien à ton ami malade
il te prépare à la fin indicible

Tu stopperais bien les guerres
dans les pays lointains…
aime d’abord tes proches voisins

Les vastes horizons t’attirent
mais il en est de mitoyens
qui valent bien le chemin

Ouvre à la chaleur
ces gens qui ignorent encore
quel feu brûle en eux

Confie ton lent savoir
aux oreilles plus humbles
leurs yeux clairs remercieront

La passion s’émousse-t-elle ?
Cueille la sérénité
c’est l’hommage de l’âge

Il s’emplit de silence
Avant les retrouvailles ?
La terre qu’il aime l’inspire

C’est ton sang
l’encre de tes livres.
Parfois ils éclaboussent un peu

Toutes ces autres choses
que tu aurais aimé faire…
Mesure plutôt le chemin parcouru

Des fenêtres de tes années,
tu regardes passer des vies
chacune est unique

Attendre, couché dans ton jus
celui qui s’en vient, celui qui s’en va
sommeil qui revient puis repart

S’enfoncer sans panique
dans le lent tunnel de la nuit
assuré du clin d’œil de la lune

Se laisser parcourir par la joie
ne rien freiner
trop d’étouffoirs sont nés de nos abîmes

Ton pessimisme est bienvenu
tant qu’il plante ses pitons
sur l’arête périlleuse

Au triangle des sustentations
l’instable paix oscille
entre grâce, pardon et guerre.

Paul Badin –  S’UNIR AVEC  (éd. du Petit pavé, 2019)

 

 CHIAPAS

Les grandes migrations nourrissent de grands rêves.

Ceux qui les atteignent habitent l’extraordinaire et le bâtissent.

Ainsi naissent de fabuleux empires.

Visibles des astres, leurs édifices remarquables les honorent durablement.

 

Le dieu de la pluie, il a nom Tlaloc, dit oui.

Le dieu du feu, il a nom Quezalcoalt, dit non.

De là naquit la bipolarité, ce haut principe de l’univers, terreau – inatteignable ? – de l’harmonie générale.

 

Ils arrivaient.

Leur cœur s’emplit d’allégresse tandis qu’ils gravissaient les pentes parfumées de fleurs blanches.

Ils arasèrent le cœur de la montagne puis s’assirent sur l’immense trône ainsi créé, au centre de la vallée verte parcourue d’anguilles d’argent et couronnée de cimes et neiges inviolées.

Chaque nuit, un dieu le renouvelait.

 

Quand la vallée ne fut plus qu’une immense table parée de mets, de couleurs vives, ils festoyèrent. Longtemps.

Leurs réserves de courage bientôt débordèrent.

Avec leurs ailes, ils alignèrent des palais, élevèrent des temples sur d’incroyables pyramides, dans l’axe des astres, sans métal ni roue mais avec un courage sans limite et la conscience d’un haut futur possible.

Ces pionniers ne pouvaient faire que des pas de géants.

 

Depuis les temps immémoriaux, les astres étaient leurs compagnons de voyage.

Ils avaient appris à les connaître.

Ces êtres simples, à l’énergie neuve, savaient vivre dans les prairies du ciel.

Leur cœur ne s’attardait pas aux fanges de la honte, leur esprit s’émancipait et leurs gestes, toute honte bue, tranchaient net.

 

Les plus belles montagnes sont faites pour que l’homme y rencontre les dieux.

Alors ils s’affrontent puis redescendent, bras dessus, bras dessous, se rafraîchir dans l’eau précieuse.

Ces peuples étaient familiers des astres…

Mais quand même, que de nuits, d’années, de siècles, de millénaires d’observations pour chiffrer l’année solaire, le mois lunaire, le mouvement des étoiles sur la sphère céleste et les rayons du soleil sur les gradins de pierre avec une précision digne des lointains siècles à venir !

Chaque pyramide était une offrande au temps.

Ils ne détruisaient pas les édifices, les coutumes, les croyances, ils les consolidaient.

Ils bâtissaient sur la tombe des ancêtres, enrichissaient l’aubier, cycle après cycle, d’un nouveau cercle de vie.

 

D’autres survinrent, bardés de foi mais l’âme incrédule.

Ils virent l’insoupçonnable, la cité radieuse.

Leur tête explosa.

Ils étaient dépités, jaloux. La hargne et l’envie infectaient leur sang trop conquérant pour concevoir et accepter que d’autres, avant eux, aient pu les devancer, les égaler, voire les surpasser.

Ils détruisirent tout, pierre après pierre, pillèrent, violèrent, torturèrent, massacrèrent, éliminèrent tout vestige.

 

Avec les mêmes pierres, ils reconstruisirent l’enfer et ses quatre poisons : férocité, domination, avidité, négation.

Ils métissèrent aussi les races et les cultures, avec violence, malheureusement.

Plusieurs siècles plus tard, ils revinrent en grande pompe fêter la réconciliation.

Les peuples premiers, spoliés, se figèrent dans un silence de glace puis le feu de la colère en leur cœur éclata.

Beaucoup moururent. Des civilisations disparurent.

Ceux qui étaient venus repartirent, sans comprendre, délaissant ces terres pour longtemps livrées à la mort.

 

Qu’il est grandiose et accablé le pays dont le peuple est martyr ! Tragique destin !

Paul Badin – AMÉRIQUES (Lettres vives, coll. Lieu, 2019)

L’auteur

Paul Badin est né en 1943 en Anjou où il réside. Ex-professeur de lettres, chargé de mission Poésie au Rectorat de Nantes ; ex-président-fondateur du Chant des mots (saison poétique et littéraire d’Angers), ex-responsable de publication de N 4728, Revue de poésie.

Anime un atelier d’écriture poétique  dans sa commune.

   1970-74, découverte de la poésie de René Char, premiers poèmes. 1978-88 : rencontres avec le poète aux Busclats, et…

… une trentaine de livres de poésie, dont :

Les plis du temps, éd. Caractères, 1995, 12 €

Ricercar, éd. L’Amourier, 2000, 1° et 4° de couverture : Daniel Biga, 132 p, 19 €

Loire, éd. Tarabuste, 2005, rééd. 2009, peinture de couverture : Martin Miguel, 92 p, 12 €

Chantier mobile/Bewegliche Baustelle, Verlag Im Wald, 2006, trad. Rüdiger Fischer, gravures  : G. Houver, 72 p, 10 €

Jardin secret, L’Aile éd., 2007, 30 gravures couleurs et noir et blanc : Gérard Houver, 80 p, 25 €

Fragments des Busclats (Rencontres avec René Char), éd. Poiêtês, 2008, préface : René Welter, 94 p, 17 €

Aspects riants, éd. de l’Atlantique, 2009, encre : Silvaine Arabo, 102 p, 19 €

Loire, Lumière, éd. de L’Atlantique, 2011, gouache : Martin Miguel, 80 p, 18 € et 35 €

Post it, éd Rougier V, coll. Ficelle, gravures de Consuelo de Mont Marin, 2012, 40 p, 9 € et 60 €

Voici l’homme, éd. Le Tourneciel,  15 peintures de Gérard Houver, textes : Paul Badin et Albert Strickler, 2014, 72 p. 15 €

Loire sauvage, éd. Poiêtês, peinture hors-texte de Martin Miguel, 90 p, 15 €, 2015

L’Apocalypse d’Angers, Tenture de Jean de Bruges, préface : Paule Amblard, 160 p. CD audio, 18 €,Éditions Saint-Léger, 2017

Oiseaux, éd. Rougier V ; 10 Images d’Yves Barré, coll. Ficelle n° 134, 2018, 9 €

S’unir avec, éd du Petit Pavé, gravure Gérard Houver, 80 p). 2020,

Aux éditions Encres Vives, coll. Lieu :

Petites impressions de Galice (Espagne) ; Gouttes d’Afrique (Burkina Faso) ; La montée au coteau (Anjou) ; Pins dévers (littoral vendéen) ; Sur les routes du Rajasthan (Inde) ; L’Angle et le Zénith (chapelle à Beaumont-en-Vaucluse) ; Au gré des scilles (Algérie) ; …de sel et de pain (Russie) ;  Patmos (Grèce) ; Glanes ibériques (Espagne) ; La flânerie aux Alyscamps (Arles) ; Le komboloï (Grèce) ; Entre Syr et Amou Darya (Ouzbékistan) ; Au pied de la montagne (Irlande) ; Instants-paysages (fusains : Paysages d’ici et là) ; Suite nordique (Norvège), Tuffeaux (Val de Loire) ; Lumières dans l’île (Chypre) ; Quelques piastres (Jordanie) ; Amériques, des Chiapas à Chicago (Amériques), Interstices sur Loire…

Encres vives, coll. Encres blanches : Poèmes à l’étroit ; Paul Badin et la poésie des lieux (témoignages de lecteurs) ; Les cent pas

Nombreux textes en revues et anthologies de poésie.

 

 

 

 

Ainsi soit-elle

Bonhomme, elle te sidère, la vie !
Météore qui s’effrite,
Tu traverses le champ des astres
On contemple le firmament
Et après on se mord les doigts en regardant ses pieds
Les étoiles nous ramènent à notre injuste mesure
Elles ont des noms arabes Altaïr, Betelgeuse, Aldébaran
Leurs lumières nous fascinent. Aux confins, le noir…
Et moi ?  D’où suis-je ?
Le vide de l’espace nous rend plus démunis
Futur et passé sont inscrits dans le palimpseste du cosmos
On voit parfois la déesse dans sa robe de tulle avec sa traîne de poussière d’or
Une écriture d’avant l’alphabet
Nous raconte l’univers
Les illettrés flottent dans les vapeurs de l’aube crépusculaire
Tu cherches la clé des secrets du ciel et de la terre
Il t’obsède, le mystère du cul du monde
Jachère illimitée des trous noirs
Les champs de météorites et ses talus en transe
Les femmes ont de la matière dans leurs ventres
C’est d’elles que naissent les êtres éphémères
Ah, la dernière nuit des sacrifiés est toujours triste !
Sans l’homme ascendant, l’amour est morne
Les ignares y vont à coups de poings américains dans la gueule de la poésie
Le sexe se racornit dans les caleçons de l’aristocratie décadente
La taille de sablier de l’amoureuse de la forêt donne à songer
Tout se remplit de sens, la saga prend forme
Tout n’est qu’illusion :  Gag international !
Les fluides se mélangent sous les doigts d’un démiurge fou
Le poète se fait transmuteur de mythes
La gueuse, elle revient toujours et les défonce
A coups de marteaux
Sous les lustres étincelants, une gueule happe les isolés
C’est la routine

Devant la terreur
On s’amincit
On se détrouve
On se divise
On se fendouille
On se feuillette
On se calanche
On devient moins
Navrant, vraiment !
Et l’ordre s’effondre,
D’un seul coup…
La vie, elle, continue…

Jean-Jacques Brouard – Magma – 2020

Combat singulier


Exubérance des tendances courbes
Luxuriance des volutes vertes
Impuissance de l’individu
Doucement asphyxié sans qu’il s’en aperçoive
Des épines dans le pied
Des aiguillons dans le bras
Des rayons dans l’œil
Des coups de vent dans le nez
Un tsunami dans le cul
Autant d’attaques lentes mais fatales
L’intrus bavard se croit invité sur la terre
Il va partout
Il méprise les bêtes
Il essaie de survivre
En lisant, en écrivant, en produisant
Les araignées ne le dérangent guère
Les métaux non plus
Les géants encore moins
Les éléphants, il les tue
Il dévore tout ce qu’il touche

O Terre, ma mère, je félibre à ton sein
Si l’eau du déluge pouvait laver le sang
Des aiguilles de plastique blanc, des échardes d’acier noir !
Si le feu pouvait manger les cités de l’homme-termite !
J’attends, j’attends, et pendant ce temps
J’épice le sirop des nuits avec des lexiques infinis
J’extrais la quintessence des livres de sable exhumés des déserts
Entre les pages, les dunes déferlent sur les chevaliers de la luxure
Rétif à l’extase je préfère la sévérité des pensées pures
Je lance des bûches qui sautent dans le feu des astres
Et les homoncules plaqués or fondent dans les braises du volcan

Les cavales du désir surgissent des forêts sous-marines
J’apprends comment me vider le cerveau à coups de musiques inouïes
Que des musiciens échevelés joueront à l’aube du renouveau
Dans le plus pur dérèglement de tous les sens

Dans les illuminations de ma conscience les images éclatent et crépitent
Le nautonier solitaire glisse sur les sables du rêve où monte l’eau de l’esprit
Il aiguise son poignard à la pierre des confins du songe
Pour graver ses glyphes sur la peau des granits
Nous sommes dans la nef des poètes portée par le vent du Graal
En partance pour l’ailleurs intégral
Nous aimons des femmes difformes mais intelligentes
Leur charme retombe dans nos textes
En pluie de métaphores incandescentes qui prennent forme
Enflamment les halliers fertiles de notre Eros
Fécondent le vortex de Dionysos

L’empire des songes s’étend maintenant à l’humanité tout entière
Et quand la porte des paupières se refermera enfin dans le silence des ombres
Nos corps évanescents plongeront dans l’eau visqueuse d’un fleuve sans fond
Et bien plus tard nous prendrons place autour d’une pierre
Plate et ronde au fond des océans infinis
Pour enfin dire, dire enfin, ô Terre-Mère,
La beauté des mers et l’éternité des forêts

Jean-Jacques Brouard

Gérard Camoin – Trois poèmes de mars

Morgane rouge

Sortir du nid de serpents

c’est parfois passer le TANT

Le tant mieux le tant pis

et le tant que ça dure

Indolente et douloureuse

de ce TANT-là épuisée

Fée MORGANE s’allonge

avec ses sœurs ponantes

qui guettent au salon ROUGE

le notaire l’ingénieur

et le chef de la clique

l’heure sonnante du sénateur

la couperose du charcutier

et la croix du curé discret

qui apporte des cierges

Et même certains soirs

à l’heure du chien qui pisse

la lance du poète aviné

à l’éponge d’un christ païen

qui pleure sur son sein

Et le poète dans ses sanglots

cherche ses mots Des mots d’amant

Des mots de poète Mais les mots

n’ont pas d’importance

La poésie est alchimie

mais aussi quête fantastique

Elle place des licornes au milieu des bœufs

et des nains de jardin parmi les korrigans

 

 

Écharpe rouge

Porter écharpe rouge

sur un veston noir

Mon signet

Mon plumet

Un signe à Durruti

Le col en fleur

rouge d’espoir

Porte-bonheur

des Seize de Lanti

Bateau-phare anglais

Scarweather

in Douarnenez

Et quand vient la saison

autre allure

Écharpe noire

Très cher Arthur

Autre signature

au bas de mon grimoire

Mais depuis quelques temps

rien n’est comme avant

Cher ami Paul

Plus le droit

de venir sous le vent

comme naguère

l’écharpe rouge

autour du col

Rouge de colère

comme la belle joue

d’Olympe de Gouges

Et cela me rend fou

Pour un autre on me prend

si je porte écharpe rouge

On me montre les dents

me désigne du doigt

me traite de bourgeois

Alors mon ami Bob

Mon tiroir coquelicot

d’écharpes rouges

de laine ou calicot

reste bien clos

Demain c’est la nuit rouge

Cher Marius Jacob

JOUE TUBULAIRE

J’ai la joue tubulaire

L’oreille de carton

Mon pauvre nez horsain

oui mais un sain nez drain

qui rougit à mon pied

d’un feu de poudrière

en tuyau de pompier

Plus rien ne me ressemble

Ma sale gueule en biais

Ma lèvre de travers

Toujours la gorge sèche

Je bois dans mon soulier

et j’ai la main qui tremble

sans taper le gorgeon

J’ai des idées bizarres

qui flottent dans mes voiles

en hachis Parmentier

J’ai du mal à comprendre

ce que disent les fées

Les fées douces et fraîches

pendues dans les haubans

Les fées hospitalières

aux rigolos cachets

refusent de descendre

et sèment des étoiles

dans mon ciel de lit blanc

Je pense à Balthazar

qui joue avec le vent

Mais le divin martien

qui passe le matin

dans son costume vert

qui fige son sourire

ne me dit presque rien

Non rien de rien de pire

À part que tout va bien

Pas qu’un peu mon neveu

Que tout ça est normal

Ma tête de cheval

et ma casaque bleue

Et qu’il faudra lui dire

si demain un jockey

me court dans la première

Il mettra un billet

Gérard Camoin – 22 janvier 2020 – Polyclinique Quimper Sud –

 

 

 

Jean-Jacques Brouard

 

Éclat de nuit

Défiance de haute vigueur
Lancée au visage des astres !
Et l’extase bestiale revient à ses heures
L’élan de l’homme vers l’idéal
Est un désastre

Bain de jouvence dans le fleuve du savoir
Et Lilith émerveillée de la folie des sens
Qu’elle exsude
C’est la fusion des humeurs
Et le suc de la volupté

Dérives cyniques de la plus haute nuit…
Quand le fat impétrant
Se noie dans la colique du dieu
Et que les fleurs défont
L’horrible fatras des pierres

Ce n’est pas faute de croyances
Que les hommes s’étiolent
C’est faute d’idéal
L’utopie plane au-delà des consciences

Les arcs de triomphe
Décochent toujours
Les flèches de la tyrannie
Le cœur des humbles saignent
De l’ignoble

A l’instant

 Combien de temps crois-tu que cela va durer ?
Éternellement ?
Non, l’éternité n’est pas pour nous
Nous le savons bien
Mais c’est ce savoir même qui nous fait durer
C’est l’instant qui, pour nous, est éternel, pour nous…
Nous qui savons la fugacité du temps
La vanité des choses
Et l’inanité de la matière

Au diable les lumières de l’aube
Que me veut le temps ?
Des peaux tomberont qui seront pourries
Les crabes dévoreront mes intérieurs
La vie partira
Et toi avec
Ah, quel désordre dans les couloirs de l’espace !
L’espace d’un instant,
Les vieux n’ont pas droit d’asile au pays de l’éternel jeunesse
Le monde est difficile à supporter
La création est erronée
Qui a commis la faute ?
Le hasard est une hydre

L’air du temps

 Le temps n’est plus
A laisser le temps
Faire son effet pervers
Le futur est le revers
Du temps le passé
Qu’on défait et qu’on laisse
Advenir dans le souvenir
Divertit mais aussi nous détruit
De vivre sous la pluie
Plisse l’étant-donné
Dans le sans-doute et le peut-être
A présent que passé le futur
Est tout autre
Le temps n’est plus en reste
Il s’est mis à manger
Notre être et tout le reste
Tout se met à changer
Dans l’envers du décor
Nous serons tous plongés
Désireux d’être encore
Nos corps ne seront plus

Le point  a été mis
Au creux de l’infini
Par une main invisible
Qui n’a ni doigts ni paume
Ni ongles ni os
Il y a le point
On ne voit pas de ligne
Le point règne en maître
Il n’y a que lui dans
L’espace qui lui-même
N’est qu’un point
Infini
Où des mains indéfinies
S’agitent sans cesse dans
Le tourbillon sans fin
De circonférence point
Rien d’autre à dire
point.

L’auteur : l’un des deux artisans de l’Ouvroir

Jean-Jacques Nadon

Hanté par les aïeux

Les fantômes de mon passé
Dans mes pensées sont entrés
Pour remettre à jour
Leur éternel amour
Retrouver nos anciens
Point d’oubli pour les miens
Ils vivent en nous en symbiose
Pour parfaire à l’infini l’osmose
Ils inondent nos cœurs de bonheur
La vie prend alors plus de saveurs
Ils nous ont éclairé de leurs feux
Maintenant sans vie ils sont feues
Salut à vous mes aïeux
Sans vous je ne serais que néant
Vous m’avez construit au mieux
Je me confond en remerciement

Fruit acide

Au bord des lèvres l’amère saveur
Dans le cœur sensation d’aigreur
Comme un zeste d’agrume
Je sent en moi monter l’amertume
Le fruit acide me ronge
Inversion des rôles!
Dans la rancœur je plonge
Les démons me frôlent
Chercher le bonbon douceur
Pour éloigner la noirceur
Ne plus sentir les malheurs
Retrouver un doux bonheur
Comme le fruit acidulé
Sa douce chair rechercher
Notre peau dure sait protéger
Mais seul le cœur peut calmer

 

Sabbat

La lune longe l’horizon lentement
Sa lueur blafarde encore éclaire
Inondant tout le firmament
Des formes noires s’affairent
Se rassemblent dans la clairière
Les chênes tendent leurs bras torturés
Faisant au sol des ombrées
Noire ambiance de la nature
Croix retournées sur l’autel en pâture
Soudain des cris, des danses d’horreurs
Orchestrés par toutes ses sœurs
Des torches forment des cercles cosmiques
De nombreuses formes géométriques
Représentant des dessins sataniques
On attend déjà le monstre cornu
Ce prince, ce diable tant attendu
Par la cohorte des sorcières
Prendre leurs balais transport du passé
Faire une grande ronde envolée
Enfin du lieu maudit s’ écarter
Rejoindre leurs campagnes, leurs cités
Discrètes femmes, du démon leurs fiancées
Prince des enfers vénérés
Par tous les sorciers

 

 

L’AUTEUR

Né en 1953 à Auch (Gers) Jean Jacques Nadon , fusilier marin commando, a parcouru le vaste monde, les mers et océans, du Pacifique à la mer de Chine sur les bâtiments de la marine nationale pendant 40 années.
Profondément attaché à l’humain il a été président pendant plusieurs années d’une des plus importantes communautés d’Emmaüs.
Actuellement, il est vice-président de la maison de la poésie du pays de Quimperlé.
Il fait partie des poètes sémaphoristes.
Ses différents ouvrages ou participation à l’écriture d’ouvrages poétiques ou autres sont:
-A bord de la Jeanne d’arc (voyage initiatique) par Vivi Navarro (peintre de la marine) en 2009
-Histoire poétique (2014) collectif lespoetes.net
-L’anthologie des poètes sémaphoristes (2017)
-Escales de la Jeanne (2017)
-Au fond de nos yeux n°1 (2017)
-Revue Sémaphore n°7 (2018)
-Ma vie en poésie (2018)
-Terres de poésie (2018) collectif lespoetes.net)