Fermentation

Un globule fangeux irrigué par un canal tortueux
Haine salée des isolements extrêmes des dogmes absolus des astres écrasants des foudres de pouvoir
Organe dépourvu de sens propre boule malodorante renfermant tout ce que le monde a de détestable
Glas manichéen sonné dans la bulle d’une engeance honnie et qui arrose du sang des tordus la renommée fadasse des seigneurs à blanc
Le passage à vide des savoirs prétentieux
Change le rapport entre le créateur et ses admirateurs
Je t’enduis de malédictions bien pensées injectées dans la glèbe totale
Le maître à songer enfonce la canule dans le fond de l’ange et extrait l’esprit volatil qui emplit le vif
Désir de silence si impérieux que la tête-cathédrale a soif de coton doublé d’étoupe
Le train de gomme acerbe amenuise les chances de victoire d’un poète lors des jeux poétiques d’un empire hypothétique…
De fumeuses colombes viennent se poser sur les casques d’acier où des faucons voraces les attaquent et les dévorent.
On aspire à vivre dans un calme jovien entre les sexes humides et les livres bien secs.
Je ne suis pas sûr que la nuit soit aussi salée que la mer qui l’inonde…
L’aube nous offre la vision d’un cataclysme marin de grande ampleur
Seules les flèches d’une cathédrale émergent de l’océan visqueux…
Le noyau du secret est logé dans un lieu consacré qui est le fruit du temps présent et des vestiges du passé encor animés de la vertu du souvenir… Le sens occulte passe inaperçu dans les fibres de l’acte, là où le désir se dissout dans la plénitude des possibles vécus…
Cascade, je t’essuie avec mon linge métaphysique que des esprits frères m’ont fourni avec le viatique pour l’infini des menaces cosmiques.
C’est la dimension récurrente des mythes anciens qui hante la conscience apprivoisée du jeune impétrant.
La lune savante entre dans le sacre comme dans une masse visqueuse excrétée par l’Océan primitif.
Nous organisons la déperdition des symboles pour que les générations futures puissent voir en face ce qu’est la réalité nue sous les affûtiaux de la conception
C’est une œuvre titanesque qui exige l’art du songe-creux, la maîtrise parfaite de la songerie et l’expertise en intussusception.

YANN MAHO – Magma (2019)

LAMBEAUX

 

Édenté le vieux tassé sur son séant
Éventé le gueux tossé par son néant
L’anus empalé sur le moignon d’un pieu vert
Les jambes en arc de cercle autour de la lune
Un œil vissé à l’excroissance fondamentale du système invasif
La gueuse veille au grain de sel
Embusquée dans les replis graisseux des bêtes trop nourries
On irait là où s’apaise la fièvre des pouilleux quand ils sentent la faim les tarauder
Une voix parlait en moi que je ne connaissais pas :
elle venait de plus loin, de plus au fond, de plus en dedans
Je limais mes vertus avec de la râpe philosophique : on me raillait
Des limailles abstraites flottaient dans un souffle stochastique
Et me dardaient les yeux de leurs flèches acérées
Je devenais celui qui voit en dépit de tout
Ma galerie onirique était bordée de têtes trop pourries
Pour être reconnaissables
J’avais tendance à boire des breuvages mystiques
Qui m’embrumaient les sens
Monstre volant j’accédais à la pâmoison des poètes maudits et j’entraînais mon chat dans des excursions nocturnes à travers les contrées imaginaires de notre songe
Je bâtissais des mondes à coups d’images saccadées ou au contraire de longues heures de tissage inconscient
Des corps sensuels pourtant émergeaient de ces tapisseries mouvantes
Je commençais à éprouver un immense désir de changer les paysages en les tronquant ou bien en les étirant vers l’infini : cela donnait des effets sidérants…
La chevelure d’une sirène débridée entravait la vision des songes et répandait ses lourds parfums sur des surfaces de plus en plus tourmentées par les spasmes telluriques antiques
De hauts châteaux délirants élevaient leurs tours, leurs remparts et leurs flèches vers des cieux toujours plus fantastiques
Mais je me débarrassais des adjectifs pour ne garder que la dynamique des actes simples dans un labyrinthe objectal

 

Le dur brassage des mots dans la soupière alchimique
Quand tourne la crème du temps dans la baratte du diable
Les vents se sont levés sous la griffe d’hiver
Ils sont dans les nuages lactescents de l’aurore
La tête hérissée vers l’œuvre au noir
De sang et de naufrages maelströms de vin aigre
Le vieux corps tout rouillé sonne comme un grelot
Que le gel du matin a figé dans le cristal du rêve
Le sourire des lutins dans les brumes du temps ancien
Écailles de poisson jetées sur les peaux tendues
Écume givrée que des lèvres purpurines dissolvent
Poil d’oiseau antédiluvien que des mâchoires broient
Visions d’étoiles dérivantes et de planètes aberrantes
Volupté de la dérive dans un monde poétique
Là est le secret dans le flot des mots qui déferlent

La reptation est une métaphore de la danse

La bataille des rives opposent les bateaux de deux peuples rivaux qui se haïssent depuis les temps de l’origine.
D’un côté, les citoyens sont forgés par une solide culture de la force  créatrice et du respect de l’autre.
De l’autre, on trouve un amas de clans élevés dans le culte des armes et de la violence physique.
Les uns passent leur temps à nourrir leur esprit des arcanes de la pensée et des délices de l’art.
Les autres ne vivent que pour la guerre et meurent en chantant sous le fer et dans le feu.
Les navires de la cité de l’esprit flottent au-dessus des eaux car ils sont pensés par des génies imaginatifs.
Les navires de la cité du corps, alourdis par les cuirasses, les métaux tranchants et les armures de bronze finiront par couler ou s’échouer sur les bancs de sable.

L’être peut cesser d’être. La pensée seule est éternelle.

YANN MAHO – Enthousiasmes (2019)

La nuit nostalgique

La nuit était blanche
À deux pas des voix de la mer
que l’on ne voyait pas
un Cheval Ailé langue offerte
traversait la lande verte
noire et tellurique
harnaché de tes yeux de tes hanches
de tes cheveux de Voie lactée
de ton mors amer

Au bord de ses lèvres brûlantes
un baiser pas encore donné
au jardin d’agapanthes
palpitait à la tombée du vent
en touffeurs orgasmiques
sous la lune rousse

Baiser-papillon nocturne d’un rêve frémissant
abouché à l’aber de ton antre
au triangle obscur de ton ventre
dans l’humidité chaude sombre et douce
de la nuit nostalgique
qui se dit à mi-voix

Gérard Camoin

Gélinotte

Je vis chemin faisant
Gélinotte des rochers
Se prenant pour faisan
Se laisser approcher

Elle prit son envol
Au jour noir des murmures
Griffant ses plumes de col
Dans un buisson de mures

Quand l’oiseau forestier
Rapide effleura ma tête
J’étais seul au Montdenier
Tout là-haut sur la crête

J’allais dessous l’azur
Manteau si bleu de Madone
Dans les arbres au ciel pur
Où la brise fredonne

J’arrivai sans mégarde
Au virage d’un sentier
Quand soudain surgit un garde
Qui voulut mes papiers

– Vous êtes à la chasse !
– Oh non, je suis sans fusil !
– À la géline qui passe,
Vous chassez, je vous dis !

– Mais non, monsieur le garde,
Moi, je contemple, c’est tout !
– Contrevenant qui regarde
À l’État doit des sous !

Gérard Camoin, in « Les Sentes bleues » – à paraître.

Centenaire romantique

Non je ne voudrais pas m’en aller centenaire
Le cerveau en bouillie et les membres flétris
Peu de viande sur l’os offerte aux premiers vers
Qui déjà impatients de ma chair refroidie
Auront foré mon cœur mon foie et mes entrailles
En des repas visqueux englouti mes murailles
Dévoré peu à peu ce qui m’avait fait Homme
Qui ne fut point parfait mais un vivant debout
Un être de chemins de sentiers de ravine
Qui naquit d’une femme et non pas d’une pomme
Un homme de furie à l’âme trop câline
Qui put jouer du poing mais sut tendre la joue

Non je ne voudrais pas m’en aller centenaire
Moi je veux des regrets !… Pas qu’on se dise : Encore !
Toujours là le débris ? Toujours dans le décor ?
Vraiment il exagère ! Il ne manque pas d’air !…
Je veux mourir vivant et savoir que je meurs
En maudissant le ciel langue au cul de la mort
Et riant aux éclats pour oublier ma peur
Déflagration de vie épousailles d’enfer
Pour ma noce de nuit l’amour avec la mer
Une dernière fois l’ultime la fatale
Je ne veux pas tomber comme chute un pétale
Sans avoir décidé quand s’arrête mon cœur

Gérard Camoin

ART NATUREL

On sera toujours sensible à la beauté des pinceaux
Groupés tout droits dans le râtelier
Près de la flamme qui éclaire les œuvres
Et enflamme l’esprit de l’homme endormi

La nuance entre la route et le chemin est indéfinie
On reste ému par la droiture des courbes architecturales
La poésie a sa géométrie des profondeurs
Qui définit le sens dans un œuf prometteur

La carte n’est certes pas le pays
Mais la feuille oui la peau de notre nature
Et les signes qui s’y tracent
Portent la marque de l’origine

Nous ne sommes jamais loin de notre sillon
La cause est entendue
L’addition des êtres ne donne rien
Vide est le verbe
Il faut saisir le sens des discours
Ainsi nous avançons
Et les stèles nous dévoilent leurs arabesques creusées dans la pierre tendre
Lire le monde nous fait pleurer de l’encre
Nos lèvres balbutient les bribes de l’ode sacrée

La nuit est le temple de la révélation
Oyez le murmure des lieux
Le souffle de la mer
La voix rauque de l’univers

                                      Yann Maho

Paysage rimbaldien

 

Poussière des jours glacés
Mes vieux cheveux jetés
Sur le billard de la nuit
Je mange les ombres
Sur le barrage de nos amours
Là où rien ne chante
Les arbres y touchent
Les mains de la beauté
Le bison d’or rumine
Dans les prairies
Et l’on va boire dans une hutte
Tenue par des Sioux
La nudité d’une sauvageonne
Alimente le sexe de mon cœur
La galaxie contaminée
Par les théocrates maudits
Est une nocturne ardente
Qui brûle l’esprit
L’archidiacre calcine les idées
A coups de chalumeau
La végétation s’étiole
La pensée meurt
Un capitaine de cavalerie
Vêtu de feuilles, de mousse et de vent sec
Investit le corps divin de la courtisane
L’accent étrange des censeurs
Défait les certitudes
De vérité et d’honneur
L’action pernicieuse des inquisiteurs
Entrave le déroulement fluide
Des festivités prévues en hommage à l’Arbre Sacré
Nous aimons la vierge indécente qui hante nos lits
Nous sommes dans les branches d’une indécision
Qui brise notre élan dans les bourrasques de notre mystère
Nos yeux sont pleins de cristaux de givre
Et nous nageons sous un lac gelé
Où flotte le temple de l’Unique Instant

Jean-Jacques Brouard,  Antichambre du gouffre,  2018

VERS UN AUTRE RENDEZ-VOUS DANS CE CAFÉ

Creux.

Une photographie

sur l’écran du portable

te rend un portrait que tu ne veux pas.

Tes tempes en raccourci.

Un blanc qu’importe peu

assorti avec le reflet

d’une flaque qui éclaire

ton manteau sans rien demander.

Ceux qui ne sont plus là.

Des voix dans le café

nous imposent une tristesse de dentelles

une imagination de cercueils

que nous couvrons avec d’autres voix

avec nos mains

avec les yeux qui se laissent aller

par une quelconque inertie qui

malgré tout

nous rend incomplets.

Absences.

Vigueur de routines

dans les spores du temps qui passe

en se laissant voir presque

dans un froid qui aujourd’hui remonte

le long de tes chevilles

-tu auras beau dire-.

Lumières de maisons rouges

derrière les vitres que la buée

et l’impatience de ceux qui demandent une table

estompe et apaise,

nous exigeant le calme.

Les silhouettes des disparus

s’accommodent dans des niches suaves

que tu modèles avec l’iris de tes dents

les tapissant à l’envi

même si tu soupires sur tes pas

de gravité forcée.

Se reposent

dans les cernes et dans l’éclat

convexe de la théière

les nostalgies déformées et exactes

de notre nouveau rendez-vous.

 

Miguel Ángel Real

 

PATRICK DUCHÊNE (alias OAK)

LOUP POLI

OUPOLI

Ce qui ne nous regarde pas

derrière un miroir sans tain

où nous nous reflétons menant

notre propre interrogatoire de police,

Dieu.

OU POLI

Comme une porte de prison

poli comme un maton

devant son directoire,

ou poli comme la fenêtre grillagée

où l’humour pend son désespoir

pour le sécher,

poli comme un regard âgé

sur la rue dépavée,

poli comme idée fixe en tête,

poli comme un galet

loin des jours de tempête

au plus profond de la mer polypicturale

eaux douces des lits de rivière

jouant du scalaire au squale.

OUP AU LIT

Comme l’amour dans les étreintes

et comme l’acier en fusion

friction vs friction,

OUPOLI

La poésie n’est libre que dans ses contraintes,

Limon qui ouvre le fleuve à ses effusions

 


 

LA MER EST ÉPAVÉE DE BONNES INTENTIONS

La mer était pavée de bonnes intentions

Et d’orages dedans mâchant les fruits de la passion,

Messes basses de la marée haute, un missel

Pages-plages collées et rongées par le sel

De psaumes de falun,

Mer d’icebergs où dérivent fortunes et faims

La mer est épavée de bonnes intentions…

La mer lave à grande eau ses grands fonds de poubelle :

Limaille d’utopies, requins-marteaux, vieux clous rebelles,

Carcasses de moutons du ciel tombés à l’eau,

Diams et poussière de Titanic mégalos

Sous tapis organique,

La mer brasse sans fin ses limons éclectiques

La mer lave à grande eau ses grands fonds de poubelle…

La mer est un éboueur à la peau noir d’ébène

Travailleuse immigrée debout derrière un camion-benne,

Ses longs bras épuisés soulevant par leurs anses

En passe de rupture les déchets d’abondance

Des riches continents,

La mer est immigrée ramant sur des volcans

La mer est un éboueur en bleu acétylène…

Îles de PVC, bouteilles à la mer

L’époque n’attend plus que son nouveau polyhomère !

On prend la mer comme une purge sans remède

Comme on sort la poubelle aux relents de Club Med,

Progrès de l’odyssée !

L’envie défait son nœud aux mouchoirs des glaciers

Ou à celui de Baudelaire :

« Homme libre, toujours tu chériras la mer ! »

 


 

SUD-OUEST

Las des brumes de Saint-Malo

Et des embruns des bars de Brest

En rêvant de Côte Vermeille

Tu es parti vers le soleil,

Comme on met dans son vin de l’eau

Tu as mis du sud dans ton ouest

Mon copain l’alcolo…

Du chouchen du soleil couchant

Au pastis de son plein estuaire

Chaque alcool est île d’Ouessant

Laissant, solo

Ta soif au sud du Finistère

Du coup, tu prends l’accent pruneau

Cowboy à jeun, peau rouge à Dax

Tu pistes les tribus Rugby

Des essais dans tes « let it be »

Que tu transformes sous Bordeaux,

Le sud fait chalouper ton axe

Mon copain l’alcolo…

Du chouchen du soleil couchant

Au pastis de son plein estuaire

Chaque alcool est île d’Ouessant

Laissant, solo

Ta soif au sud du Finistère

 

Mais tu n’atteindras pas l’Hérault

La mer te rend anorexique

Ta soif se gonfle d’océan,

Le sud devient fugace et en

Remettant de l’ouest dans ton ho-

rizon, tu guignes le Mexique…

 

Tequila, ultime frontière

Avec tout le sel de la terre

Pour le citron vert du galop

Et tout l’espace au bord du verre

Que tu feras chanter d’un doigt,

C’est le monde entier qui te boit

Mon copain l’alcolo.

 


RECETTE DU KER OAK

Patrick Duchêne (alias Oak) est un quatre-quarts breton en devenir: ¼ tête d’œuf parisien, ¼ sucre (complètement) fondu savoyard, ¼ farine incomplète de la Loire et, du moins il l’espère, un bon quart beurre demi-sel de Bretagne.

Il se réalisa pour un quart en fœtus, bébé, ado puis dessinateur de presse jusqu’à épuisement de Longwy, du graphite et de l’humour, dans un XXème siècle qui en avait de moins en moins ; pour un autre quart, en jeune homme glandeur et multi-petits boulots jusqu’à ce que, las de multi-glandoboulonner, il ne se décide, homme déjà un peu mûr, à se réaliser dans la projection des réalisations des autres comme opérateur cinéma ; ceci (3ème quart) jusqu’à ce que les galettes de film, triacétate ou polyester, ne soient mises au rancard par le numérique.

Il écrit désormais des textes de chansons (tendance Queneau / Pérec / Vian – toutes proportions gardées!) qui lui permettent de remercier ses parents, de lui avoir appris à aller sur l’Oulipo, joue sur les mots ou laisse les mots se jouer de lui, acrostiche voire contrepète et pire ! Il irait jusqu’à manier la diérèse (ce que dénonce cet alexandrin secret).

GERARD CAMOIN – Trois poèmes

De sel et de sucre

Le sel naît de la mer

Fleur des cueilleurs de ciel

Et des pêcheurs d’étoiles

Le sucre s’y noie et meurt

Comme la bonté

Des âmes naufragées

Le sel creuse des vagues

Au visage saumuré

Des hommes de tempête

Le sucre blanchit les yeux

Des femmes meurtries

Par des sanglots de pluie

Le sel raconte la voile

Quand le café des marins

Tourne dans la tasse

Le sucre y plonge et disparaît

Tel un cri au silence

Quand la mer est souffrance

Le sel donne la vie

Et baptême des dieux

Aux enfants d’océan

Le sucre prend la mort des vieux

S’éteignant près de l’âtre

Au noir chevet douceâtre


J’irai jusqu’à l’Enfer

J’irai jusqu’à l’Enfer leur dire des poèmes

Puis,

Je mourrai enfin

Tout au bout de la terre

Dans le calme néant

Qu’on nomme paradis

L’œuvre de toute vie

N’est qu’un brouillon opaque

Fait de moments enfuis

Avant de les comprendre

De sentiers sinueux qu’on n’aurait pas dû prendre

De chemins incertains

Qu’on croit avoir choisis

De nos Danses de Pluie

Les deux pieds dans les flaques

Nous restent les parfums de fugueuses amantes

Et de femmes amies

Au creux du cœur enfouis

Le rire d’un enfant…

Ou le regard d’un chien…

Jamais ces deux ne mentent

J’irai jusqu’à l’Enfer leur dire des poèmes

Puis,

Je mourrai peut-être

Dans le flot, oublié

J’écrirai le mot « fin »…

Et vogue la galère !…

Laissant aux vivants les profonds d’Ys de la terre

Pour n’être qu’une vague

Plus que cendre et fumée

J’irai jusqu’à l’Enfer leur dire que je t’aime


Le Malamock

Matins au Malamock

Marins en rouille-froc

Ils y boivent leur verre

Leur café ou leur bière

Marins tombés du quai

Aux pieds-marins souqués

Rugueux comme les roches

Les deux poings dans les poches

Ils battent le comptoir

Du clairet jusqu’au soir

Désarmés de la pêche

Cœur lourd et gorge sèche

Ils ont pour nom Gouët

Greyssom ou Le Louët1

Marins de tour du monde

Des Îles de la Sonde

Ils parlent des trésors

Et de la mer des morts

Très peu… D’un bout de lèvre

Pour mieux cacher la fièvre

Qu’allume en coin de rue

Le nom d’un disparu

Ils parlent de la voile

Quand ils suivaient l’étoile

Qu’ils hissaient le grand foc

Au large du Maroc

Ils ont l’air de pirates

Du sein des îles plates

Marsouins en bout de mât

Retraités du combat

Déquillés d’Île Longue

Si secrète et oblongue

Tous ces marins taiseux

Nulle part sont chez eux

Les terres sont leur cage

Et leurs morts sur la plage

Revivent dans leur bock

Au ciel du Malamock

Ces marins de Bretagne

Durs comme la montagne

De cœur celte ou anglais

De masure ou palais

De barque ou de navire

Ont le chant et le rire

La chanson du regret

En partage secret

Parfois, il leur arrive

De brailler en dérive

Par les rues et le dock

Le chant du Malamock

1 Toute ressemblance avec des noms de personnes existantes ou ayant existées serait purement fortuite : Gouët et Le Louët sont inspirés des noms de rivières bretonnes. Greyssom est inspiré de celui d’un personnage de série audiovisuelle.


Gérard Camoin

Photographie Gérard Laurent ©

Biographie

L’auteur a été acteur et comédien-marionnettiste (L’Ile aux Enfants, Le Village dans les nuages, Les Visiteurs du mercredi, Les Guignols, Les Arènes de l’info, Le Bébête show…), scénariste-dialoguiste, auteur dramatique, parolier, puis éditeur et bibliothécaire.

Au début des années 2000, ses textes poétiques et ses poèmes commencent à être étudiés aux États-Unis en université (Clark University – MA), puis dans l’enseignement secondaire français.

Publié jusqu’à présent dans des revues, « Fenêtre sur la baie » et « Les Ombres des andrones » sont ses premiers recueils édités.

Bibliographie

THEÂTRE

« Le Château » d’après Kafka

Adaptation théâtrale / coauteur et metteur en scène Daniel Mesguich

L’Avant-Scène Théâtre, 1973

« Via Fellini » écriture collective dirigée par Yves Penay

Mise en scène Jean-Louis Terrangle

Théâtre du Ranelagh, 1976

AUDIOVISUEL Scénariste-dialoguiste et parolier

1975 – 1993

« L’Ile aux enfants » TF1 / coauteur Christophe Izard

« Le Village dans les nuages » TF1 / coauteur Christophe Izard

« Les Visiteurs du mercredi » TF1 / coauteur Christophe Izard

« Les Visiteurs de Noël et du Jour de l’an » TF1 / coauteur Christophe Izard

« Gags à gogo » TF1

« Salut les Mickeys » (7 d’Or Meilleure émission pour la jeunesse) TF1

« Les Pieds au mur » TF1

« Salut les baskets» A2

« Zappe ! Zappeur » Calipa / A2

« La Lucarne d’Amilcar » DIC Productions / RTL Télévision et M6

« Knock-knock »

Méthode bilingue Jeannine Manuel

œuvre livresque et audiovisuelle / coauteur Dominique Richard

Nathan, 1990 Cinétévé et A2

PAROLIER

Pour Garcimore :

« C’est écrit sur la casquette » musique Dominique Laurent

« Mon hélicon » musique Dominique Laurent

Disque Carrère, 1980

POÉSIE ET RECITS

« Fenêtre sur la baie » – (Poèmes-récits)

Avec 15 résonances iconographiques de Fanch Moal

Préface de Mike Spingler

Les 2 Encres, 2014 – collection encres libres

« Les Ombres des andrones » – (Poèmes-récits)

Avec 8 résonances iconographiques de Bernard Thomas-Roudeix

Préface de Christophe Izard / Postface de Jean-Yves Griette

Édilivre, 2016