ASSIS SUR LE VENT

Aucun cadeau ne
Leur sera fait pourquoi
Le faudrait-il à l’heure
Où les fondations s’écroulent

L’arbre perpendiculaire
Se dit que le vent exagère
Ne serait-ce que pour tenir
L’étagère l’arbre ne peut

Le strapontin s’agrippe
Il le faut le radeau coule
Le rideau s’y accroche
Les mains glissent les
Strapontins se referment
Les impairs plus rapidement
Que nous pourrions le croire

Assis sur le vent
Face aux déferlantes
Le soleil me brûle
Le soleil me hume
M’amplifie et m’explose
Fines particules au vent

Sur le monticule apparaît
L’arête dorsale de celle-ci
Suintent mille larves descendant
Le tertre absorbant la lumière

Trace de feutre trace de pleutre
La sourdine est mise l’expérience est
Là passé futur  quelle importance
Diront les rosiers en fleurs

Le débarras sombre encombre
Les histoires
Le débarras sombre décombre
Les enterrés

Le canal dans la verdure
Zèbre la campagne les péniches
Emplies de charbons passent indifférentes

Les parois lisses
Mettent en brindilles les futurs oiseaux

L’homme affalé sur le comptoir
Ne peut plus que sa vie boire

La nuit vers Bordeaux
Les musiciens frappent de petits marteaux
Eveillant les rives

La fatigue prend le corps
Eclairant la nuit de sa blanche face

L’homme s’endort
Tourne la tête et voit parlant
Un individu au phrasé trépidant

La pluie fait des ruisseaux
Les enfants viennent éclater
Mille gouttes aux coteaux
Plantés d’immenses mûriers

L’envie des nectars
Humidifie le séduire goguenard

A perdre le souffle de l’ultérieur
Ils se feront pilleurs
De leur propre demeure

Je ne cours nulle part
A part dans les escarres
Escarpées de la peau flétrie

Les ombres
Des années infinies
Monologuent sur l’espace

Thierry T

Allons…

1

Allons où nous mènent les traces
Les possibilités nous seront infinies
Choisir la sienne est toujours
L’espérance de l’autre

Thierry T

Étoile

Vrille, vrille, virevalse et scintille
Pille, toutes les caresses de la nuit
Nuis aux paladins de l’inertie

S’ils paralysent ta gambille
Brise la carcasse de l’ennui
Fuis : carapace de leur batterie
Crie pirouette leurs cérémonies

Nie le vertige de ces rêveries
Ris au nez de l’insomnie

Filles d’Ouranos qu’on nous dit
Mille guirlandes nous étrillent
Brûle la liane qu’on déplie

Libère ma luisante famille :
Éblouissant éboulis d’or précipités
Tenu tissu d’étincelles chaloupées
Versons nos flammèches vers la feuille
De votre vie

MLP

DOUTE EXQUIS

 

P1130447

Qui dira l’arcane ?
Qui saura chanter la volupté de l’écriture ?
Ascèse au sommet de la montagne
Devant le soleil qui se lève
Sous la foudre qui s’abat
Dans le vent des ténèbres
Ou bien tout le contraire
Extase orgiaque sur les eaux du temps
Tenir enfin la clé du monde inversé
Révélation des mythes souterrains
Privilège inaccessible aux profanes
A jamais frappés
De cécité
De surdité
De nullité
O l’inimaginable puissance du glyphe !
Possession rituelle de la chose
Fixée à jamais dans le livre inachevé
Inscrite désormais dans l’abstraction
– Signe cultivé dans le sens –
Vouée à être ce qu’elle doit être
Une représentation toujours indéfinie
Une étincelle d’∞ !

JMH

Certitude

P1130248

Certainty

When Death comes, no matter how hard
You may state what you own
Death will not take that kind of talk
He listens to no one but himself
He wants nothing but you
And you, you had better then
Remember what you have lived for
How you were happy at times
Your moments of pleasure
Your pearls of joy
No matter how many of your stones you can add up,
How many of your walls, of your things, of your holdings you will show
Death will scythe all them away in one go
But he will have no power against your memories,
These nuggets of your life
All these moments you enjoyed in the wind,
Under the sun, within the burning love…
They are yours for ever and you will be able to spit them
In the vile face of the dark hound
Before he catches you in his blood-thirsty jaws
It will change nothing to the fatal issue
But these very thoughts of burning fire,
They will be your victory…
However short… just a minute, but what a minute !
An erverlasting one…
To have is a shallow trap
Matter is a deadly weight
To be is what matters
The power of the mind only can save you
Fly away from the labyrinth !

…Now !

Keith Mac Leod, The Loop line

CERTITUDE

Quand la mort elle viendra
Tu auras beau énumérer ce que tu as
La mort n’entendra point ce langage
Elle n’écoute qu’elle-même
Elle ne veut rien d’autre que toi
Et toi, tu auras grand avantage alors
A te rappeler ce que tu as vécu
Comment tu as été heureux
Les moments de plaisir
Les perles de joie
Tu auras beau additionner tes pierres
Montrer tes murs, tes objets, ton argent
La mort te dissoudra tout cela d’un coup de faux
Mais elle ne pourra rien contre tes souvenirs
Ces pépites de la vie…
Tous ces instants que tu as savourés dans le vent
Sous le soleil, au cœur des flammes de l’amour…
Ils sont bien à toi et pour toujours et tu pourras les cracher
Au visage infâme de la gueuse
Avant qu’elle ne vienne te saisir dans ses crocs de sang
Cela ne changera rien à l’issue fatale
Mais ces pensées de feu encore vif
Ce sera ta victoire
Un instant  un instant seulement mais quel instant !
L’éternité…
L’avoir est un piège inconsistant
La matière un poids mortel
Il n’y a que l’être qui importe
Il n’y a que l’esprit qui sauve
Envole-toi au-dessus du labyrinthe !
…Maintenant !

Keith Mac Leod,  Voie d’évitement

 

 

ODE A L’ODIEUSE

1er2007 039

Immensité verte
Éminemment offerte
au fil du poil de l’eau
Jetée dans les travées, les halliers, les failles et le passé en transe
Que l’eau soit bue ou rejetée par les oiseaux qui dansent
Phénix qui émergent des asiles de la canopée
Les méandres, les remous ou les tourbillons donnés en pâture aux
[peintres de l’avenir
Toute une faune mise à disposition sur le cil d’un œil luisant sur le fil du
[sabre de la lune
Scène d’un catalogue noir
Vision noircie au fusain
Et les traînées du ciel comme des coulures sensuelles
De suie rouge sur la soie blanche de nos espoirs défunts
Ceci d’abord constitue la purge cérébrale d’un poète gauche
L’homme assis dans son cube sans mobilier ni miroir
Le cerveau relié aux bruits de l’univers, aux chants du système, aux
[plaintes des torturées
La main liée au fer du pilier par une chaîne de sens maudit
Se sentant libre comme un astéroïde abstrait
Lancé dans la course du néant pour donner un sens à la poussière
[originelle
Nous saurons alors pourquoi nous pensons croire au crapahut des
[anges
En proie à la plus intense des voluptés
Présence au monde
Ni dieu ni fin des choses
Éternité ô sexe intangible
Éternel sujet des ébats dans les boudoirs concaves
Objet des débats dans les alcôves du pouvoir
Les rideaux cramoisis de nos désirs immondes
Noires panthères déchirant les ventres des innocents
Vierges cousues de fil d’araignée
Griffe du créateur
Pour laisser-passer vers l’absolu
Elles s’offrent à l’œil turgescent du dieu invisible
Qui daignent alors les visiter
Peu importe l’avant
Peu importe l’après
C’est le pendant qui importe
La trace est longtemps visible de son passage
La visitation rend lumineuse la naissance du mythe
Dans les parages de l’acte
On entend les chouettes de l’au-delà et le milan du dessous
Et l’autan de tous les fleuves
Au-dessus de l’ancestral jardin
Où loin des fontaines
Le jaguar fait son cri de mort
Évasion des proies virtuelles
Dans les non-bois
Le style bave son encre
De nuit sur le désastre du pinceau noir
Une cascade de temps mort noie l’homme nu
L’expatrié qui rêve d’un sommeil indolore
Qui se pense ailleurs pour toujours
Et voue aux lèvres de la grande inconnue
Une perpétuelle vénération

YM

Eloge de l’eau noire

Perspective d’un débarbouillage à l’encre blanche
Pour l’homme qui veut voler
Il est bon de se vider de ses humeurs lourdes
De s’extraire les os des pieds et des jambes
De jeter l’encre et les sacs de buvard
Et de ne garder que ses ailes pour nager
Dans l’onde violette avec la grâce d’un vaisseau
Soif des récits du rêve pour éviter le gris du réveil
Noir phosphorescent et bleu des sirènes sur l’immensité du papier
Vive l’autre univers
D’une nuit l’autre

                                                   YM