Tout au bord

Port englué dans les cordes du nuage
Cœur lié dans le cordial partage
Le silence est de plomb
Mais les plumes des oiseaux
Pèsent moins lourd que les mots
Navires d’acier peint au pistolet mitrailleur
Ravageurs des mers
Hérissés de barbes et de fers
Les méandres du port nouent leurs cordages
Autour des vieux nuages de fiente
Les petites maisons flottent
Sur la liqueur noire de l’orage
L’air est d’un calme plat
L’eau reste là où la met la marée
Et aussi la flotte amarrée
Les quais sont tout déserts
Où sont les navires impavides ?
C’est dans les rues inondées qu’est le vide
Le cœur se ressent de l’âge mûr
L’esprit est sur le rivage
A siroter la mer de lumière
Que glisse la plume sur l’espace
Qu’épargne le cri des albatros
Le suspens du soir revenu
Rien ne paraît devoir advenir
L’instant à venir règne impérial
Le futur ne semble plus fatal
Verlaine aime Tristan
Poète tentaculaire qui étouffe l’amour
Dans le vase des étreintes liquides
Blabla des passants
Néant des passages
Le port encodé échappe au dire
Rien ne peut contredire
La mythique rengaine
Que chante pour toi la sirène lointaine ?

Y.M. d’Harschmüll , Transes bleues

P1080756

La tarde tiene nombre de pintor

Como el río me siento, frío hilván de la nada,
como las ramas que lo imaginan, embalsamadas de niebla.
Como el aire, cargado de humedad y ebrio
de tormentas que no llegarán al campo.
Como el mar, que indiferente y proverbial
recuerda su letanía a las voces que se creen eternas.
La tarde se desliza apenas: puerta de pesados goznes
aplastando las horas, fuego fatuo ante tu ausencia.
No hay nadie en las calles pero yo te acompaño.
Son la bruma y el puerto parte de mi aliento
y las siluetas sin forma se mecen en las esquinas.
Avanzando a tientas me deshago del eco
que empapaba mi abrigo
pero camino sobre esponjas y líquenes sordos
y soy incapaz de oír mis propios pasos.
De nuevo me pierdo al cruzar las armas
con los esbozos tenues que pinta la tarde.

ω

L’après midi porte un nom de peintre

Comme la rivière je me sens, froide faufilure du néant,
comme les branches qui l’imaginent, embaumées de brume.
Comme l’air, chargé d’humidité et ivre
de tempêtes qui n’atteindront pas les champs.
Comme la mer, qui indifférente et proverbiale
rappelle sa litanie aux voix qui se croient éternelles.
L’après-midi glisse à peine: porte aux gonds pesants
écrasant les heures, feu follet face à ton absence.
Il n’y a personne dans les rues mais je t’accompagne.
Le brouillard et le port font partie de mon souffle
et les silhouettes sans forme ondulent aux coins des rues.
Avançant à tâtons je me défais de l’écho
qui imbibait mon manteau
mais je marche sur des éponges et des lichens sourds
incapable d’entendre mes propres pas.
De nouveau je me perds à croiser les armes
avec les esquisses ténues que peint l’après midi.

Miguel Angel Real

CONSTELLATIONS

Parce qu’à la sortie de la nuit je t’ai vu, toi, petit être intrépide et insipide…
Tu as toqué à mon carreau rachidien pour pouvoir te lover dans cette alcôve gluante.
Tu m’as dit que ce rose pâle veineux te rassurait et que tu voulais te loger dans ma matière grise et manger mes z’idées noires,
boire cette encre liquide qui s’engluait dans mes synapses.
Glups.
Je la sens partir par mon oreille et couler sur mon lobe goutte à goutte.
Mais en enlevant la nuit noire de ma tête, tu as tout de même su y garder les étoiles scintillantes qui s’y étaient agrippées
Comme des étoiles de mer sur leur rocher.

Krounch