Samuel Martin-Boche

Illustration : Mir Nezan (détail)

SEEGOOLEE*

à Jean-Christophe Belleveaux

(1)

longtemps Indien a cru en un seul dieu
                           puis en plusieurs
puis aucun

                           a bu tous les alcools

depuis
              n’est plus très sûr

de la
                           couleur
              du ciel

(2a)

innombrable
infatigable

Indien
lance ses couteaux contre le réel
aiguise les flèches de sa volonté
cherche un ciel derrière les visages

assiste sur le seuil à l’aimantation
de son centre

c’est
une occupation

tellement        héroïque

(2b)

patiemment
j’ai commencé

l’un
après l’autre

à ramasser
tous

les morceaux de moi

(il dit)

(3)

on l’a menacé
on l’a battu
on l’a avili
on l’a trompé par des paroles pleines de vertu
on l’a trompé avec des gestes de paix
on l’a dépossédé de ses biens
on a traîné son âme dans la boue
on l’a fouetté dans une langue étrangère
on a défait son nom
on lui a dit pars
et disparais

toujours il s’est relevé

merveilleux
Indien

***

* « Seegoolee » est une ancienne formule de salut (Mohican). Depuis les années 1930, le mohican est considéré comme une langue morte.

***

Né en 1977, Samuel Martin-Boche vit dans la Nièvre, entouré de nature. Depuis 2017, on peut lire ses poèmes dans des revues et des anthologies. Il est l’auteur d’un Polder chez Décharge : La ballade de Ridgeway Street.

Lauréat du Prix des Trouvères 2025 pour Litanies de la forêt (éditions Henry, à paraître).