Illustration : Mir Nezan (détail)
SEEGOOLEE*
à Jean-Christophe Belleveaux
(1)
longtemps Indien a cru en un seul dieu
puis en plusieurs
puis aucun
a bu tous les alcools
depuis
n’est plus très sûr
de la
couleur
du ciel
(2a)
innombrable
infatigable
Indien
lance ses couteaux contre le réel
aiguise les flèches de sa volonté
cherche un ciel derrière les visages
assiste sur le seuil à l’aimantation
de son centre
c’est
une occupation
tellement héroïque
(2b)
patiemment
j’ai commencé
l’un
après l’autre
à ramasser
tous
les morceaux de moi
(il dit)
(3)
on l’a menacé
on l’a battu
on l’a avili
on l’a trompé par des paroles pleines de vertu
on l’a trompé avec des gestes de paix
on l’a dépossédé de ses biens
on a traîné son âme dans la boue
on l’a fouetté dans une langue étrangère
on a défait son nom
on lui a dit pars
et disparais
toujours il s’est relevé
merveilleux
Indien
***
* « Seegoolee » est une ancienne formule de salut (Mohican). Depuis les années 1930, le mohican est considéré comme une langue morte.
***
Né en 1977, Samuel Martin-Boche vit dans la Nièvre, entouré de nature. Depuis 2017, on peut lire ses poèmes dans des revues et des anthologies. Il est l’auteur d’un Polder chez Décharge : La ballade de Ridgeway Street.
Lauréat du Prix des Trouvères 2025 pour Litanies de la forêt (éditions Henry, à
paraître).

