Traductions – Liliya Gazizova ( Russie)

Traduction: Valentina Chepiga

МОЯМАМА / MAMAMAN
МАМА

мама теперь дом
в котором
перепутались комнаты
она ищет чай
в шкафу с носками
и находит письмо
моему отцу

она называет меня
именами своих кукол
и улыбается
как будто всё в порядке
только чуть-чуть
пыльно в голове

я хочу собрать её заново
из запахов детства
из крошек на подоконнике
из трёх секунд
когда она точно знает
что я это я

но мозаика рассыпается
каждую ночь
и я учусь любить
то что остаётся
тёплую ладонь
взгляд куда-то мимо
её незнакомый голос


MAMAN

maman est devenue maison

les pièces se mélangent
elle cherche le thé
dans le tiroir aux chaussettes
et retrouve une lettre
adressée à mon père

elle m’appelle
par les prénoms de ses poupées
et sourit
comme si tout allait bien
sauf qu’un peu de poussière
flotte dans sa tête

je voudrais la refaire
à partir des odeurs d’enfance
des miettes sur le rebord de fenêtre
de ces trois secondes
où elle sait pour sûr
que moi c’est moi

mais la mosaïque se défait
toutes les nuits
et j’apprends à aimer
ce qui en reste
une paume tiède
un regard sans ancrage
sa voix étrangère

***

ТИШИНА НЕМНОЖКО СКУЧНАЯ

сказал не буду
и не стал есть суп
он смотрел на меня
зелёными глазами
с морковными ресницами
но мы не подружились
потом я спрятался под стол
вместе с крошками
и игрушечным динозавром
он тоже не слушался
рычал на ложки и не ел кашу
мы были в команде
в комнате стало тихо
тихо это когда мама не зовёт
не ходит по комнате
и даже не ругает
тишина немножко скучная
я выполз из-под стола
в горле был странный комок
я сказал можно я чем-нибудь
помогу
и мама улыбнулась

иногда непослушание
это просто
поиск дороги
назад

LE SILENCE EST UN PEU ENNUYEUX

j’ai dit je n’en veux pas
et je n’ai pas mangé la soupe
elle me regardait
avec ses yeux verts
et ses cils couleur de carotte
mais nous ne sommes pas devenus amis
puis je me suis caché sous la table
avec les miettes
et un dinosaure en plastique
qui n’écoutait pas maman non plus
il grognait après les cuillères et ne mangeait pas sa
bouillie
nous étions dans la même équipe
la pièce est devenue silencieuse
le silence c’est quand maman ne m’appelle pas
ne marche pas dans la pièce
et ne me gronde pas non plus
le silence est un peu ennuyeux
je suis sorti de ma cachette
dans ma gorge il y avait un drôle de nœud
j’ai dit je peux t’aider
et maman a souri

parfois la désobéissance
c’est juste
la recherche du chemin
du retour
***
ГОРИЗОНТ

я пристраивала себя к детям
но они вырастали и покидали меня
я пристраивала себя к деревьям —
а они по осени осыпали меня листьями
я пристраивала себя к мужчинам
а они уходили искать бога
я пристроила себя к морю

но недавно оно обмелело

вглядываюсь в горизонт
L’HORIZON

je me suis attachée à mes enfants
ils ont grandi et m’ont quittée
je me suis attachée aux arbres
en automne, ils m’ont recouverte de feuilles
je me suis attachée aux hommes
ils sont partis à la recherche de dieu
je me suis attachée à la mer
et elle s’est retirée
je fixe l’horizon

Ce dernier poème est issu de Entre Amour et tremblement de terre, Vibration éditions, 2025,

***



Liliya Gazizova (Dr Janti), poétesse d’origine tatare et d’expression russe, partage sa vie entre plusieurs pays et plusieurs langues. Elle est traductrice, essayiste, médecin de formation, diplômée de
l’Institut littéraire Gorki de Moscou, docteure en littérature, professeure de littérature en Turquie à
l’Université Erciyes (Kayseri), secrétaire générale de la revue poétique Interpoezia (New York).
Auteure de dix-huit recueils de poèmes, elle est traduite en une dizaine de langues. Sa poésie n’est pas
une confession mais un partage intime et fragile survolant Kazan, Istanbul, Bruges, Casablanca,
Kiev… Une voix féminine de la poésie contemporaine aux échos poétiques venus de différentes
époques et de différentes traditions.
Dernière parution : Entre Amour et tremblement de terre, Vibration éditions, 2025,
recueil de poèmes, édition trilingue russe-français-truc, traduit en français par Marek Mogilewicz et
Valentina Chepiga, et en turc par Uğur Büke ; sélection de poèmes, dans la revue poétique Poésie
Première, n°92, 2005, pp. 57-59.


Traduit du russe par Valentina Chepiga, enseignante de russe et de traduction, docteure en Sciences
du langage (Paris III). En français, elle a traduit entre autres Vladimir Maïakovski (avec Elena
Bagno), Igor Severianine (sélectionné par la SGDL), Evgueni Zamiatine, Mikhaïl Yasnov.

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