Eliott Zins – Le lion de soleil et le lion de lune

Ce modeste texte est dédié à quelqu’un à qui je voue une véritable amitié, Diane, dont le texte
était : « que les muguets sont des joncs » – ou l’inverse, je ne sais plus.

Au milieu de la montagne, et de ses carrés plats (pierre souple, tendre et doucereuse – sans angles), est allongé le lion, qui serait comme seul au monde s’il n’y avait quelque oiseau pour le rendre glorieux ; tandis qu’il se réveille et dresse ses pattes avant, il ne tarde pas à courir et à exciter la pitié de sa solitude ; avant cela, en quittant son lit de poussières pierreuses, il était passé comme une ombre devant la stèle où est gravé, en caractères inconnus : les hyènes sur la falaise, le soleil ; mais le voilà maintenant qui s’élance d’un grand saut, depuis le pied de la montagne.

Au bord du chemin, à l’endroit dégagé, se trouvent les lionnes et les lionceaux ; le lion longe le rideau de joncs, qui semble mener jusqu’aux eaux du mystère ; à l’endroit rocailleux, une flaque, près de laquelle repose une pierre. Un autre jour, il marchait dans l’allée étroite.

Il allait donc lourdement, malgré la chaleur insoutenable, et démontrait, par sa puissance, sa crinière de bronze, son air trempé, et d’autres attributs – sa fameuse nature : il s’enrage… brave un terrier, puis, la gueule baissée dans la poussière, ce sont ses larmes subversives, ou larmes d’un instant ; il pâlit, le bout de sa queue dodeline, provocant, et fait de grands gestes; l’imagerie se préserve, quoique dissipée, selon l’espace et le temps.

Sur le sol craquelé, aux joncs espacés qui se balancent, sous le firmament visible, est le lion blanc, hideux. Cette planète est suspendue. L’imagerie va reprendre. Ainsi, curieusement. Durant la nuit, dans le village étrusque, il traverse les hautes herbes de droite à gauche. Le gong a retenti. Sa queue, perpendiculaire au sol. C’est peut-être un fumeur de pipe, lecteur d’une bible juive de couleur violet mauve, avec une moustache de musicien.

***


Tristesse de l’aube

Le blé dans les champs s’est desséché,
La mer s’est desséchée,
Les étoiles sont parties,
Le ciel n’est plus bleu,
Les stylos n’écrivent plus,
Les tables cèdent,
La technologie est rompue,
Les entreprises échouent,
Les hommes, dans leurs appartements, ont vu le toit s’en aller, comme une femme qui se
sépare d’un homme,
Partout, on n’entend plus que des lamentations et le bruit criard des pies,
Les musiciens ne jouent plus,
La musique s’est tue, rien pour y remédier,
Le sol est partout craquelé,
Des cavités : nous craignons ce qui peut en sortir, des monstres.

L’espace s’est inversé,
Les craintes liées à la gravité demeurent,
Les planètes vomissent d’autres planètes,
La poésie s’est tue, comme si les poètes n’avaient affaire qu’aux consonnes,
Atlas, qui porte l’univers, paraît flancher,
La voix des chanteurs est rompue, malgré leurs efforts,
Ville, campagne, tout est brûlé,
Le ciel est constamment noir, cela fait peur,
Mais les hommes, pleins d’espoir, attendent le messie,
Le soleil ne brille plus,
On ne voit plus la lune.

Les poissons ont disparu,
Les autres animaux attendent leur tour,
L’aube ne pointe plus,
Les requins ont perdu leur sérénité, leurs yeux sont rouges, ils dévorent les dauphins, qui ne
leur échappent plus,
Les montagnes sont plates.


***

Poème

Je suis parfois transi,
Mais ce courage qu’il nous faut,
Être stable, disposé, beau surtout.
Être grand enfin – pour quel résultat ?

Réponse : maints vaincus ici et ailleurs,

Et je me plais à ce que votre Altesse
Estime les dés,
Et suce le sang nocturne du zèbre,
Toi, tigresse que toute la jungle redoute,
Tu es polie et éduquée,
Tu marches dans les palais,

Et tu reçois une caresse
Amicale et douce
De la part de Sita,
Aux tresses ornées d’or,
Qui scintillent
Dans les bassins nocturnes.

Vaincus donc, je disais,
Par le lion qui gémit,
Ici ou là, furieux, sale et déchirant…

Envoi : Je suis joyeux dans l’image et l’idée d’un nuage…

Le soleil se couchait derrière moi. La vigne me tendait son parfum. Et les gouttes de sueur sur
mes tempes perlaient comme ces rares instants de bonheur.

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