Traductions – Adrian Lesenciuc (Roumanie)


Traduction par : Denisa Craciun

și dacă

și dacă aceasta ar fi ultima ta zi
cu ce ți-ai adăpa privirea
să pleci sătul într-o lume în care nu ajung ochii
ci doar ceea ce ai privit
trecut prin nebănuitele filtre

și dacă ar fi să îți iei ultima ta masă
la ce te-ar ajuta gustul
fără savoarea rugăciunii

și dacă ar trebui să pleci
ce te-ar speria mai tare
decât goliciunea în care pășești
prin porțile nezăvorâte
ale conștiinței tale

et si
et si c’était ton dernier jour
où abreuverais-tu ton regard
pour partir désaltéré vers un monde où les yeux n’arrivent pas
où échoit seulement ce que tu as regardé
et filtré à travers des passoires insoupçonnées

et si c’était ton dernier repas
à quoi te servirait-il le goût de ces mets
sans la saveur de la prière

et si tu devais t’en aller
qu’est-ce qui t’apeurerait plus
que le vide où tu rentres
par les portes non verrouillées
de ta conscience

***

ce muritor se mai încumetă să răpească oasele elenei

ce muritor se mai încumetă să răpească oasele elenei
cele mai frumoase oase din întreaga eladă
și din vremurile de dinainte de ahei
ehei
cine mai stârnește un război pentru un pumn de oase pentru un os
cine mai stârnește un război pentru frumos

cine
rezemat în crucea oaselor se mai încumetă
să-și înalțe crucea
în veșnicia unui război dincolo de țărmul egeei
ei
cine să mai caute frumosul în veșnicia oaselor
în verdele mării
în spuma istoriei
și să aducă pe țărmul inexistentei sparte
oasele încrucișate ale cauzei înseși din moarte

quel mortel oserait voler encore les ossements d’Hélène

quel mortel oserait voler encore les ossements d’Hélène
les plus beaux os de toute l’Élide
et des temps antérieurs aux Achéens
et
qui partirait encore à la guerre pour une poignée d’ossements ou juste pour un os
qui partirait encore à la guerre au nom de la beauté

qui
adossé à une croix d’os oserait encore
lever sa propre croix
au cœur d’une guerre éternelle de l’au-delà de la mer Égée
et
qui chercherait encore la beauté dans la pérennité des os
dans le vert de la mer
dans l’écume de l’histoire
pour ramener sur le rivage de l’irréelle Sparte
les os entrecroisés de la cause, elle-même issue de la mort

***

apele Iordanului

apele Iordanului să spele apele textului
și păcatele lui ducă-se
în pustiul Iudeii
ducă-se autorul

apele Iordanului să spele pânza paginii
și să înfățișeze lumii în altă lumină
literatura

les eaux du Jourdain

que les eaux du Jourdain lavent les eaux du texte
qu’il soit libéré de ses péchés
et que l’auteur s’en aille
dans le désert de Judée

que les eaux du Jourdain lavent la page
pour qu’elle puisse montrer au monde la littérature
sous une nouvelle lumière

***

Adrian Lesenciuc (né le 21 août 1975 à Câmpulung Moldovenesc, Roumanie) est professeur d’université, poète, prosateur, critique littéraire et historien de la littérature, membre de l’Union des Écrivains Roumains, section de Brașov (depuis l’an 2000), président de cette section (depuis 2013), rédacteur en chef de la revue littéraire Libris. Il a publié cinq romans: Notre mort de tous les jours (Éditions Minerva, 2008, Prix de la section de Brașov de l’Union des Écrivains) ; Le Cimetière des héros (Éditions Libris, 2017, Prix du Roman de l’année au Colloque du roman roumain contemporain ; roman traduit en français par Iulia Badea-Guéritée et Raymond Clarinard, Éditions Bleu et Jaune, Paris, 2024) ; Les Langues du vent (Éditions CarteaRomânească, 2018) ; La Ballade (Éditions Libris, 2020) ; Diez (Éditions Libris, 2020) ; Le
Langage du Christ
(Éditions Corint, 2024). L’anthologie bilingue roumain-français Poeme cardinale/Poèmes cardinaux qui est en cours de parution chez Jacques André éditeur, réunit quatre de ses recueils de poésie : Liam, Une poignée de terre, Le livre d’eau et Eneide.

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