Quintuor #4

Variations sur une œuvre de Jean-Jacques Brouard

Aucun orage ne peut rester caché
quand, humiliée, la parole refuse
de trouver un horizon.
*
Êtres en révolte
face au soleil d’hiver
qui, seul, ne peut réchauffer
le langage torturé par le vide.
*
Au couchant
la détonation de l’espoir.
*
Attendre n’est pas une option.
Mais on se laisse aveugler par le feu,
par l’architecture des cendres,
sans voir que sur la palette
les couleurs asséchées
ont perdu tout leur sens.
*
Le regard est un apprentissage,
tout comme la parole.
Aucune paresse n’est acceptable.
*
Tout a un nom précis
et on doit passer sa vie à le chercher.
Sauf pour les nuances des couleurs,
pour lesquelles l’infini pourrait être une définition.
*
L’élan bref du trait
pour se rapprocher de l’éternité.

Miguel-Ángel Real

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Dragon noir

1
dessiner un grand dragon noir

2
peindre le ciel en feu

3
dépasser la peur

4
apaiser la mer

5
panser le paysage

6
regarder au loin

7
espérer encore

 

Laurent Grison

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Alors te revoilà Mahishasur
tu croyais que je t’avais oublié
la bière de riz dans l’écume des villages
la cohue des vallées concordantes
le noir des cités après l’orage

tu croyais que je n’allais pas te reconnaître  ici
avec ton Vésuve importé
aujourd’hui c’est une autre histoire
les rois s’entichent de crapules
Durga la guerrière
ne sera d’aucun secours
la tumeur l’éteint à petit feu
et toi tu te pavanes
le chaos bouffi en exergue
un reset périlleux

Arnaud Rivière Kéraval

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Construire un pont
entre l’est et l’ouest
Prendre le funiculaire-éclair
suivant un axe nord-sud
voyager sur le dos
de l’Oiseau-Roc
toutes ailes déployées
monter sur le cheval d’Odin
et galoper sur le serpent arc-en-ciel
des terres australes
sous l’œil rond d’Amaterasu
ou de la fantasque Séléné

mais voilà partout tu dois
du méridien au septentrion
descendre dans le volcan
faire le ménage aux enfers
y chasser la poussière
dans la chaleur des cendres

Construire un pont
entre calme plat et soudaine éruption
se frayer un passage en eaux troubles
au bureau des longitudes
tu manies ton sécateur
hémisphérique
au cœur de l’équateur
tu recolles les morceaux
et reviens victorieux – « transversé »
brandissant le trophée de
l’Osiris remembré

Teigneux poète qui mènes ta barque
tant bien que mal
sur les fleuves allégoriques
N’es-tu point rangé
des voilures et
mangé aux mythes ?

Rémy Leboissetier

 

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