Traductions – Marcelo Morales (Cuba)

Poèmes de El mecanismo mudo, Ed. Varasek, 2025
Traducción de Miguel Ángel Real




Te destruyo como destruyo el reflejo de la luna.
Cuando el agua se aquieta, se recompone.
Mar, no aceptes a la luna. Lago, no aceptes a la luna.
Mente, no la aceptes.


Je te détruis comme je détruis le reflet de la lune.
Quand l’eau s’apaise, elle se recompose.
Mer, n’accepte pas la lune. Lac, n’accepte pas la lune.
Esprit, ne l’accepte pas.


***


Abrí el refrigerador y eché agua en un vaso,
me senté en la mesa de la sala.
Había escuchado          u nombre.
Te llevé a un bosque y cavé hondo, muy hondo,
y puse tierra sobre ti.                    Luego escuchaba tu risa,
luego        escuchaba tu voz.
Decías         te amo          primero.
Cobarde
luego.


J’ai ouvert le frigidaire et j’ai versé de l’eau dans un verre,
je me suis assis à la table du salon.
J’avais entendu          ton nom.
Je t’ai emmenée dans une forêt et j’ai creusé profondément, très profondément,
et j’ai mis de la terre sur toi.                    Ensuite j’entendais ton rire,
ensuite        j’entendais ta voix.
Tu disais        je t’aime          d’abord.
Lâche
ensuite.



***


Los peces luego de miles de años todavía no conocen el peligro del anzuelo.
La consciencia registra todo lo que va a olvidar.
Tu espíritu                también se deteriora.


Les poissons, après des milliers d’années, ne connaissent toujours pas le danger de l’hameçon.
La conscience enregistre tout ce qu’elle va oublier.
Ton esprit                s’abîme aussi.



***


Hay vacíos que es mejor que no estén llenos.

Il y a des vides qu’il vaut mieux ne pas combler.


***


Me di una ducha, hice café.
Me senté en el balcon a esperar a una que habría amado
pero no me dejó.
Me quedé un rato ahí en la llovizna.
Cuando paró la llovizna pensé en los tsunamis
y en esa gente que había llegado a amar.
No pensé en nadie, pero sentí algo.
Como si pudiera romper un cristal
y entrar
en una casa
ajena.


J’ai pris une douche, j’ai fait du café.
Je me suis assis sur le balcon pour attendre celle que j’aurais aimée
mais elle ne m’a pas laissé.
Je suis resté là un moment, sous la fine pluie.
Quand la fine pluie cessa j’ai pensé aux tsunamis
et à ces gens que j’avais réussi à aimer.
Je n’ai pensé à personne, mais j’ai senti quelque chose.
Comme si je pouvais briser une vitre
et entrer
dans la maison
d’autrui.



***

Marcelo Morales est né en janvier 1977 à La Havane. Il a étudié l’histoire à l’université de La Havane et la langue et la culture italiennes à l’université de Pérouse, en Italie. Il a publié les ouvrages suivants : Cinema (poésie), Letras Cubanas, 1997, Prix Pinos Nuevos; La espiral (roman), Sed de Belleza, 2006; El mundo como objeto (poésie), Isla Negra Editores, 2006, Prix La Gaceta de Cuba en 2004, Troisième Prix de la Critique du Pen Club de Porto Rico, Mention au Concours Julián del Casal de l’Union des écrivains et artistes de Cuba; El mundo como objeto (réimpression), Unión, 2007; El círculo mágico (poésie), Letras Cubanas, 2007, bourse de création La Caceta de Cuba, 2005, prix Nosside Caribe 2006; Materia (poésie), Unión, prix Julian del Casal, UNEAC, 2008; El mundo como ser / The World as Presence, University of Alabama Press, 2016. Présélectionné pour le National Translation Award de l’American Literary Translators, Prix Gulf Coast Literary Translation Prize; The Star Spangled Brand. Veliz Books, 2025.

Marcelo Morales (à gauche) avec le poète espagnol Miguel Ángel Curiel. Festival de poésie Expoesía, Soria (Espagne), août 2025. Photographie MA Real

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