Abel Le Coudrier

DÉJÀ JADIS

Riant contrat ou contrariant ?
Pour première leçon de bien-naître
               veuillez noter notre sujet de dissertation :
               « Devrait-on mourir avant de vivre ? »
Mais n’est-on pas mort jadis
bien avant déjà ?
sans apprêt ni paravent,
dans un sens ou dans l’autre,
               germinativement ?
N’est-on pas, dans l’essence de l’acte,
de lactescence de la naissance,
de dilection-délectation,
lors de ce curieux événement d’union copulative
suivie de disjonction post-coïtale,
N’est-on pas mort   déjà
dans les sutures du futur
d’un sempiternel jadis ?

-:-:-:-:-:-:-:-:-:-:-:-:-:-:-:-

MENU DU JOUR

Dès le matin
ça fuse et diffuse de toutes parts :
               « Vous avez le programme c’est parti ! »
Spectacle navrant de l’infobésité ;
proférations de journalistes exaltés
dans l’urgence des agences
infestées d’infoxités
               le menu du jour est sorti du four
               doré sur tranche rôti à point
               un fait-divers pour la mise en bouche
ressort dramatique tendu permanent
               entretien de la peur
               école d’insécurité
conseils de prudence
mesures de vigilance
suggestions de lecture
et point-météo
               je me bouche les oreilles
               et voile les yeux
               me retirant dans l’abri monacal
               d’une « absolitude » primordiale
hors de portée du chant des sirènes
du petit commerce des attractions
et de l’industrie du divertissement.

-:-:-:-:-:-:-:-:-:-:-:-:-:-:-:-

QUELQUES MOTS DE BIENVENUE

Bienvenue dans l’ère médiocratique
d’indifférence médiacritique

Bienvenue dans le nouveau monde
Sous régime laxatif des superlatifs
en excroissance des mots graphiques
et signalétique symbiotique inter-ethnique

Bienvenue dans le nouveau monde
de l’icônerie globale universelle

Qui nous sauvera hélas !
de cette mélasse diarrhéique
aux coliques hyperboliques :
               « drames déchirants »,
               « fresques resplendissantes »,
               « enquêtes palpitantes »,
               « haletantes »…
               « époustouflantes »
               et toujours « exceptionnelles »
Des idées reçues chères à Flaubert
aux idéologies repues
expertes en digestion
et spéculations boursières grossières
absorbant l’or fin de toute potentielle nouveauté

Bienvenue dans l’ère médiocratique
de surenchère médiabolique

Quand donc va-t-on réinventer la langue ?
Refondre les lettres et réformer les mots ?


« Les poèmes apostats d’Abel Le Coudrier », extraits

Abel LE COUDRIER, né à Laval en 1986.
A fait ses premiers pas en poésie publiée sur l’OUPOLI, après avoir beaucoup écrit et détruit pareillement.
(Portrait analytique, façon grotesque, par Rémy Leboissetier, 2025).