Gwendal Kervella – Trois poèmes imaginaires

Illustration de l’auteur

Ultime Halte

La planète était à peu près respirable
Sa nature devait de m’être compatible
L’arrivé que je suis
L’imprévu
Atterrit

Je serai l’étranger au rassurant sourire
L’évadé du cimetière lointain
Pour le premier venu d’où je vais
Sauvage ou simple technicien
Je troquerai pour son accueil
Les restes tordus de ma sonde habitable
Spatial vestige encore flottant

Un être humain seul s’annihile
S’il n’éblouit que son reflet
L’échouage fait lever les yeux
Vers de vieux cieux sincères
Puis les baisser vers des pas neufs
Et je foulai alors la plage indéfinie
Et sa luisante bouche ouverte

Un jour naissant dure une vie
Je veux tenir jusqu’à ce soir
Sonder l’impossible indomptable
Et ne se fit plus qu’un silence
Aguets souhaitant les moindres souffles
Ou le vide assènera qu’il est vide

Je n’ai jamais eu peur de toi
Mort
Qui pue la mort

Joie et rien ne sera trop lent
Le pouls et l’air me sifflent en tête
L’hymne trébuchant de la marche errante
Je ne regrette pas mes temps de paroles
Le feu des vœux naïfs
Pour que les vents n’anéantissent
Que j’envisage de me souvenir
De ma première ultime halte
Humaine chaleur d’un potentiel regret
Le doute et la peur avenante
D’être sauf
Faisant crisser la dune
D’une planète nouvelle

 

***

 

Prison voulue

Alors je me retrouve paumé
Avec le cœur posé en main
Le mien de ceux de gens perdus
Comme la cache d’un asile redevable
Terre île aussi perdue
Les égarés ne se croisent jamais
Cette planète aurait-elle deux lunes
Et chacune aurait-elle son temps
Tout est l’énigme de l’ivresse
J’ai bien fait de presser ces acides fruits mûrs

Je fixe alors joyeux une étoile clignotante
Sans doute un message codé
Je ne sais le traduire
Quant à moi seuls mes yeux clignotent
Pour dire quel appel ?
Nul ne capterait ce message
Qui n’est de toute façon qu’un poème
Une rumeur

J’ai croisé du regard d’autres hommes
Courbés au bord de chaque flaque
Et nul ne parlait plus que moi
Leurs cahutes grandes ouvertes
N’allaient donc pas s’ouvrir

Que l’île dérive ou non quelle importance
Rien ne presse d’en escalader le sommet
Découvrir qu’elle ne soit qu’une portion
Un bout de nageoire émergée
Nous voulions tous que les îles vivent
Il pouvait ici n’y avoir qu’un humain
Quelques deux fois disparu
Sa planète est forcément seule
Alors ne me fallait qu’une présence animale

Je sifflais les oiseaux m’initiant à leur chant
Que d’ailes battaient alors de tintes inventées
Je fixais du regard
Chaque jour décidé d’un réveil anonyme
Le premier mammifère de passage
Et parlais longuement aux comme-des-singes attentifs
J’accompagnais par un murmure brillant
Les poissons extraordinaires
Dont j’abrégeais la souffrance

 

***

 

Lave envolée

Je ne discerne plus mon pouls et mes supplices
Un nuage se dissipe une côte se dessine
Mon sort se posera en tout éclaboussant

Revient rayon soyeux et gifle mon regard
Langue au bout d’un quartier d’orange
L’oiseau désaltéré reprendrait bien son vol

Tisse donc araignée tant que tu veux ce soir
Fièvre lasse et nuée d’offrandes
Je m’effile et caresse alors mon corps de mouche

Longue feuille ondulant au vent dévoué fendue
Vol pointillé d’élans des oisillons songeur
La fatigue m’enlace et mes plaies s’égosillent

Bouée échouée seul œil beau
Salive au sel lave avalée
Le goût de ma soif reste intacte

Il avait bien fallu fendre l’espoir en deux
Sacrifice facile Lune rouge

Quelque part se cachait un tout autre couteau

La distance estimée au reste des complaintes
Le vent me les portant je le voulais coupable
Récitant des visions dans ma prison voulue

Des montagnes montaient des pierres éblouies
Aux fumerolles mes yeux plissés
Derniers arbres ou lave neuve

***

L’auteur se présente

Une courte présentation me semble se résumer à trente ans d’écriture, de composition et de chants, bien évidemment de concerts. J’ai longtemps distingué mes morceaux joués en groupe, et mes poèmes restés muets, mais depuis huit ans je poursuis deux projets dont le nouveau est de lire ma poésie accompagnée de musique.
Par ces poèmes narratifs se sont succédé des vagabondages très libres, passés ou parfois dystopiques, textes sans doute personnels mais davantage imaginaires.

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