Illustration de l’auteur
Ultime Halte
La planète était à peu près respirable
Sa nature devait de m’être compatible
L’arrivé que je suis
L’imprévu
Atterrit
Je serai l’étranger au rassurant sourire
L’évadé du cimetière lointain
Pour le premier venu d’où je vais
Sauvage ou simple technicien
Je troquerai pour son accueil
Les restes tordus de ma sonde habitable
Spatial vestige encore flottant
Un être humain seul s’annihile
S’il n’éblouit que son reflet
L’échouage fait lever les yeux
Vers de vieux cieux sincères
Puis les baisser vers des pas neufs
Et je foulai alors la plage indéfinie
Et sa luisante bouche ouverte
Un jour naissant dure une vie
Je veux tenir jusqu’à ce soir
Sonder l’impossible indomptable
Et ne se fit plus qu’un silence
Aguets souhaitant les moindres souffles
Ou le vide assènera qu’il est vide
Je n’ai jamais eu peur de toi
Mort
Qui pue la mort
Joie et rien ne sera trop lent
Le pouls et l’air me sifflent en tête
L’hymne trébuchant de la marche errante
Je ne regrette pas mes temps de paroles
Le feu des vœux naïfs
Pour que les vents n’anéantissent
Que j’envisage de me souvenir
De ma première ultime halte
Humaine chaleur d’un potentiel regret
Le doute et la peur avenante
D’être sauf
Faisant crisser la dune
D’une planète nouvelle
***
Prison voulue
Alors je me retrouve paumé
Avec le cœur posé en main
Le mien de ceux de gens perdus
Comme la cache d’un asile redevable
Terre île aussi perdue
Les égarés ne se croisent jamais
Cette planète aurait-elle deux lunes
Et chacune aurait-elle son temps
Tout est l’énigme de l’ivresse
J’ai bien fait de presser ces acides fruits mûrs
Je fixe alors joyeux une étoile clignotante
Sans doute un message codé
Je ne sais le traduire
Quant à moi seuls mes yeux clignotent
Pour dire quel appel ?
Nul ne capterait ce message
Qui n’est de toute façon qu’un poème
Une rumeur
J’ai croisé du regard d’autres hommes
Courbés au bord de chaque flaque
Et nul ne parlait plus que moi
Leurs cahutes grandes ouvertes
N’allaient donc pas s’ouvrir
Que l’île dérive ou non quelle importance
Rien ne presse d’en escalader le sommet
Découvrir qu’elle ne soit qu’une portion
Un bout de nageoire émergée
Nous voulions tous que les îles vivent
Il pouvait ici n’y avoir qu’un humain
Quelques deux fois disparu
Sa planète est forcément seule
Alors ne me fallait qu’une présence animale
Je sifflais les oiseaux m’initiant à leur chant
Que d’ailes battaient alors de tintes inventées
Je fixais du regard
Chaque jour décidé d’un réveil anonyme
Le premier mammifère de passage
Et parlais longuement aux comme-des-singes attentifs
J’accompagnais par un murmure brillant
Les poissons extraordinaires
Dont j’abrégeais la souffrance
***
Lave envolée
Je ne discerne plus mon pouls et mes supplices
Un nuage se dissipe une côte se dessine
Mon sort se posera en tout éclaboussant
Revient rayon soyeux et gifle mon regard
Langue au bout d’un quartier d’orange
L’oiseau désaltéré reprendrait bien son vol
Tisse donc araignée tant que tu veux ce soir
Fièvre lasse et nuée d’offrandes
Je m’effile et caresse alors mon corps de mouche
Longue feuille ondulant au vent dévoué fendue
Vol pointillé d’élans des oisillons songeur
La fatigue m’enlace et mes plaies s’égosillent
Bouée échouée seul œil beau
Salive au sel lave avalée
Le goût de ma soif reste intacte
Il avait bien fallu fendre l’espoir en deux
Sacrifice facile Lune rouge
Quelque part se cachait un tout autre couteau
La distance estimée au reste des complaintes
Le vent me les portant je le voulais coupable
Récitant des visions dans ma prison voulue
Des montagnes montaient des pierres éblouies
Aux fumerolles mes yeux plissés
Derniers arbres ou lave neuve
***
L’auteur se présente

