Photographie : A. Rivière Kéraval
SALON D’ALCÔVES (extraits)
au salon
tu te rebutes en blanc
devant le feuilleton de nos souvenirs ancrés
au fond de l’alcôve qu’est ma tête
inclinée à bâbord toute
tes jambes croisées au-dessus du fauteuil
tâtent le ciel de velours alizarin
combien plat
tes yeux posés sur ma joue
lustrée par les chuchotements chauds de tes rêves
multicolores
tandis que belle
je te médite
beaucoup trop ému
tu trônes dans la pièce
pièce par pièce
inachevée sans moi
gaillard anonyme des beaux jours d’intérieurs
loin des forêts fraîches
de nos sentiments préfabriqués
je me pelote par bribes abattues
dans les creux ourlés de tes remous successifs
ta peau franche irrésistiblement irisée
de sel rose et
de thym
vois mes traits très roides de roi de rien
sans toi
fée amnésique blottie dans l’impossible
beauté caucasienne des drames
percutants
***
au salon
tu satures d’émouvance
mes passions préalables
et j’erre à rebours en orbite autour de l’alcôve
brumeux de ma suspension
défait et maugréant
tes fuites
l’indicible fraye les surfaces
raye les vitrines de mes yeux
déchiquète cette pellicule temporelle d’un vide spectral
au bord du lac
là où tu ris pâle
et mordorée
il n’y a pas assez de murs blancs
d’œufs cassés entre nous
sommes perdus
l’un dans l’autre
à force égale
tes orteils roulent le tonnerre
de Brest
comme des cacahuètes écalées
au fond de ma bouche à saveur de malt
et je ris dur
les mains dans les poches
c’est que j’aime ton souvenir plaqué
au dos du fauteuil
ta peau hérissée qui frétille
du bonheur d’être partie tout à l’heure
et moi pluvieux
j’attends tout
mes mains retiennent le vide plein
de l’absence de ton rire cajolé
ce courant d’air mitoyen entre
toi et ce passé naissant
dont l’écho mort glace et surgit
de nulle part
ailleurs
il n’y a pas de porte à fermer
il n’y a pas d’arrêt brusque
i de tension invisible ni
plus ni
moins ni
protection contre les cavalcades de charmes
nous sommes point
***
au salon
les planètes oscillent dans l’air comme des atomes
plus petites qu’un rêve
déplié
leur parfum d’alcôve volatilisé en ténèbres lentes
juste au-dessus du sol
mes pensées pulvérulentes se dispersent au gré
d’étranges élongations
jusqu’à la cime émoussée de Babylone
la où
tes aspirations tièdes
déconcoctent la vacuité de mes errances verticales
si seulement j’avais publié ton portrait
trait par trait
par monts épars
et par vaux
en aval de ta beauté et en amont
du monde en jachère
rutilé de tant et de trop d’éblouissements éthyliques
je serais plus ici
et moins las
éparpillé dans mille pertuis de la chambre d’à côté
tu sais
tu saisis
tu froisses à froid
ta mine de porcelaine décuple cette fragilité de plomb
qui vacuume l’intime de facto
hors normée
de Bouctouche à Deep Cove
tu élargis ton embrassement de patricienne
cueille l’horizon d’une seule main
droite pour le ramener au salon
sur la table entre nous
bombardée des lasers destructeurs de nos regards férus
toujours gravées sur des vidéocassettes
nos enfances granuleuses s’échoient de plein fouet
en courants rageurs
devant nos faces enfumées
brossant ces fresques dématérialisées de guingois
au rythme tambouriné d’une escroquerie
fardée
***
Simon A Langevin: né à Québec, il vit et écrit à Limoilou, Québec, Canada. Il est auteur aux éditions Lpb, affiliées à la revue de poésie et de littérature La page blanche basée en France et également responsable du comité de lecture de ces mêmes éditions. Il y a récemment publié trois romans en France: Faune (2023), L’Autre (2024) et Wolde (2025).

