Quintuor #6 : Variations sur une œuvre de Rémy Leboissetier

Sans titre, 1993

 

Pourquoi les vertus de la parole
se trouvent parmi les angles des vagues?

On recherche sans cesse
la meilleure façon de définir les écueils
et le regard se trompe encore et encore.
Nuances géométriques, lois changeantes, et pourtant
l’obstination humaine de comprendre nous poursuit
et défait, pour notre grand bien, les certitudes.

Digues à redessiner,
souffle coupé par le vent ou par le doute,
poumons qui fourmillent et espèrent:
réalité inattendue et fraîche,
renouvelée par la voix du poème
qui jamais ne prétend contraindre le monde.

 

Miguel Ángel Real

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Jazz

 

écouter voir les formes géométriques
qui vibrent en couleurs
pour devenir notes et signes

leur rythme est un souffle
qui anime une partition
écrite avec l’œil et l’oreille

elle invite à poser sur la platine
les 33 tours de Miles Charlie John
Billie Ella Nina et tous les autres

 

Laurent Grison


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Au cadastre des fanions
l’inventaire est roi
donnez-moi un port
j’en ferai une cascade
     de lignes
     de points de non-retour
cartographie de la fugue
dont la trajectoire
ravive les terrains en friche
parmi l’effervescence
la fête n’est jamais triste
à l’entame des pontons


Arnaud Rivière Kéraval

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ville aux formes cubiques architecture fractale agoras péristyles avenues en zigzags palais sophistiqués et allées cavalières boulevards occultés par les lourds édifices géométrie étrange des rues escamotées cité labyrinthique aux temples fragmentés et les squares et les parcs entre les rues tortueuses bordent les esplanades et bruissent de musique les lignes sont brisées mais l’ordre est inflexible dans la zone maritime aux écluses fermées résistant aux marées aux bourrasques aux tempêtes le bassin ensablé et ses wharfs antiques carcasses de bateaux des ports désaffectés et soudain à l’entrée sous la poussée du large le gros flux diluvien frappant contre les portes le cheval de la mer fracasse le barrage et crache son écume de lames fantastiques l’estran est submergé la darse reconquise rien ne peut résister à l’empire océan

 

Jean-Jacques Brouard

 

 

 

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