Sacha Zamka

 

Vœu de silence

La mémoire me fait défaut et je m’égare par le fragile désastre des galaxies. Mes paupières se referment sur des aveuglements irisés. Je voudrais tant apprendre un à un le nom des supernovas que mes doigts désignent par désœuvrement. Au lieu de cela, je pleure. Je désire venger comme une insulte ou une blessure les espaces infinis et les sphères inachevées.

Je marche dans des soirs qui semblent avoir fait vœu de silence : même les rêves ne font plus un bruit. Je suis témoin du passage des nuées stellaires et des amas galactiques. Tant de beautés m’interrogent : dois-je ou non croire en l’existence d’un dieu ? J’étreins des vertiges et j’effleure des abîmes.

La ville s’anéantit et j’escalade mains en sang les parois de mausolées anonymes. L’avenir est une guerre impossible à éviter. Je dois encore bercer contre ma poitrine martyrs et infirmes. Les combats font rage à l’intérieur de moi-même. Un dernier regard vers les cieux et je me promets de rendre ses coups à la réalité.

 

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Misère

Il est l’heure de vivre et ma montre ne révèle plus que des jeunesses sauvages et des éternités apprivoisées. J’arpente les rues anonymes à la recherche de visages hantés, de figures spectrales, de faces fantomatiques. Aucun jour ne fait date : je ne sais plus quel est mon âge et rêver n’est plus de saison.

Je marche près des gares désertes et des usines isolées. Des joueurs d’échecs improvisent des stratégies noires et blanches dans des jardins où les chiens se battent pour un fémur humain. Mes mains tremblent sans véritable raison. Je n’ai le temps de rien et mes pas s’égarent entre démences et enchantements.

Des parfums de pluie picotent mes narines et je me réfugie au pied de l’arc-en-ciel qui enserre la ville. Le temps n’offre de rédemption qu’aux fleurs fanées et aux cœurs meurtris. Les poches trouées, je compte syllabes et billets dans un même souffle. Que m’a appris la misère hormis des orgueils voyous et des majestés gamines ?

 

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Consolations

Le vent souffle dans mes cheveux et des essaims de moucherons s’envolent à mon passage. De retour des champs incendiés, j’hésite à entrer dans la grange ou dans la demeure. Je rassemble dans mes paumes des coquelicots fanés et des figues séchées. Mes yeux sont aveuglés par les derniers rayons du soleil et je garde en mémoire égoïsmes et générosités.

Je marche sur l’herbe fauchée des tombes anonymes et je me promets de défendre les libertés sauvages et les sentiments voyous. Les bêtes voient mon cœur battre sous ma chemise. Mes respirations se mélangent au parfum des songes et des transpirations. L’avenir ne m’offre que des vagabondages silencieux et des aventures secrètes.

La campagne est désolée et je m’en tiens aux regrets étincelants et aux tristesses lumineuses. Des cris d’enfant répandent des énigmes au milieu des prés. Je n’ai rien manger si bien que je porte à mes lèvres les pulpes et les pépins de fruits rongés par les insectes. Des larmes me montent aux yeux et mes souvenirs d’enfance sont mes seules consolations.

 

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Né dans les années 1990, Sacha Zamka grandit en France. Après ses études, il se consacre à l’écriture de nouvelles et de poèmes. Ses écrits, hantés par l’enfance, interrogent le deuil, l’identité, la mémoire, dans une langue où s’affrontent fragments bibliques et expériences quotidiennes. Ses poèmes ont été favorablement accueillis dans des revues en France, en Belgique, en Espagne et au Canada. Il a publié Poussière et grâce chez Encres Vives et Juste après le silence chez Citadel Road Editions.

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