Traductions – Efi Cubero (Espagne)

Poèmes de Rizoma, Mahalta, 2023

Traduction de Miguel Ángel Real



SED

En cualquier devenir inesperado
una inquietud no basta para
otorgarle nombre al desarraigo.
Las horas cuentan más que muchos días
cuando tu interior siente
que está justo en el sitio que anhelaba.
A veces una ruta alternativa
nos desvía del trayecto,
y ese elemento aislado
puede alzarse en el centro de la trama
y convertirse en todo.

Sé que busco un sentido
entre las pautas, y que huyo entre las grietas.
Que me desdoblo en múltiples verdades
y que siento un temor sin artificios,
antiguo como el mundo y la memoria.
Que me pierdo en atajos
de tantas direcciones asistidas
que a nada me conducen.
Tras esta antigua sed nunca saciada
de palabras con alma
que no llenan el vaso
del dolor de la luz que las contiene.


SOIF

Dans tout avenir inespéré
une inquiétude ne suffit pas pour
offrir un nom au déracinement.
Les heures comptent plus que beaucoup de jours
quand ton intériorité sent
qu’elle est juste là où elle aspirait à être.
Parfois une route alternative
nous éloigne du trajet,
et cet élément isolé
peut se dresser au centre de la trame
et devenir tout.

Je sais que je cherche un sens
entre les normes, et que je fuis parmi les fissures.
Que je me dédouble dans des vérités multiples
et que je ressens une crainte sans artifices,
ancienne comme le monde et la mémoire.
Que me perds dans les raccourcis
de tant de directions assistées
qui ne me conduisent à rien.
Derrière cette ancienne soif jamais rassasiée
de paroles avec une âme
qui ne remplissent pas le verre
de la douleur de la lumière qui les contient.




*******

ALLÍ


Mas…
para qué cantarte cuando ya te has marchado
y la voz y las manos han quedado desiertas
y ningún beso tuyo florecerá en mi rostro
y ninguna palabra cambiará mi tristeza.

Yo tuve tantos días para hablarte de todo
y tú para escucharme tuviste tantos años.
Llenamos los espacios de palabras vacías
y se ha marchado el tiempo sin poder recobrarlo.

Nieva sobre el espíritu, y la melancolía
es una estrella blanca deshecha entre los dedos.
Te escribo en un papel lo que nunca te dije.
Allí, donde tú estás, sabrás que te recuerdo.


LÀ-BAS

Mais…
à quoi bon te chanter alors que tu es déjà parti
et que la voix et les mains sont restées désertes
et qu’aucun de tes baisers ne fleurira sur mon visage
et qu’aucun mot ne changera ma tristesse.

J’ai eu tellement de jours pour te parler de tout
et toi pour m’écouter tu as eu tant d’années.
Nous avons rempli les espaces de paroles vides
et le temps est parti sans pouvoir le retrouver.

Il neige sur l’esprit, et la mélancolie
est une étoile blanche défaite entre les doigts.
Je t’écris sur un papier ce que je ne t’ai jamais dit.
Là-bas, où tu es, tu sauras que je me souviens de toi.



******


HORA


El antiguo café, los músicos, la lluvia, unas sillas vacías.

Mientras observo el poso no endulzado
de una vida anterior,
pienso que habrá un lugar donde algo nos consuele
con una melodía sin destino.

¿Con qué momento único me quedo?

¿Dónde la última hora, la que tiembla,
desde la que se ve la perspectiva
bellísima y terrible de todo lo que amas,
de todo cuanto dejas,
de todo lo que arropas,
de todo cuanto abarcas, lo que nada posees?

¿Dónde la hora inicial que permanece,
la que mata primero la desnudez de todo,
la indefensión y el miedo,
cuando sabes de sobra que es ráfaga el abrazo,
dolor y despedida?



HEURE

L’ancien café, les musiciens, la pluie, quelques chaises vides.

Pendant que j’observe la lie non adoucie
d’une vie antérieure,
je pense qu’il y aura un endroit où quelque chose nous console
avec une mélodie sans destin.

Quel moment unique est-ce que je garde?

Où la dernière heure, celle qui tremble,
celle d’où l’on voit la perspective
si belle et si terrible de tout ce que tu aimes,
de tout ce que tu laisses,
de tout ce que tu bordes,
de tout ce que tu embrasses, ce que tu ne possèdes point?

Où l’heure initiale qui reste,
celle qui tue d’abord la nudité de tout,
la vulnérabilité et la peur,
quand tu sais largement que l’étreinte est une rafale,
et la douleur, et l’adieu?



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Efi Cubero est poète et essayiste. Elle a fait des études d’Histoire de l’Art, Langue et Littérature. Parmi ses œuvres on peut citer Fragmentos de Exilio (1992), Altano (1995), Borrando márgenes (2004), La mirada en el limo (2005), Estados sucesivos (México, 2008), Condición del extraño (2013), Punto de apoyo (2014), Esencia (2019) y Solo Inclasificable (2021). Elle a été traduite en anglais, français, portugais, italien et indonésien.

Elle a participé aux ouvrages de la Collection Architecture et Sciences humaines de l’UNAM, au Mexique. Elle a été correspondante de Frontera à Barcelone et collabore depuis des années régulièrement à Revistart. Ses récits, poèmes, essais et entretiens avec des personnalités du monde de l’art, de la de la pensée, des sciences et de la littérature ont été publiés dans des livres et des revues philosophiques et littéraires en Europe et en Amérique. Elle cultive également la nouvelle et a préfacé, entre autres poètes, la Cubaine Dulce María Loynaz, lauréate du prix Cervantes 1992.

Auteure de textes dans des catalogues d’art, elle a été membre de divers jurys et a donné des conférences et des lectures poétiques dans différentes institutions et universités. Invitée à des salons du livre en Amérique, elle a participé à des expositions d’art contemporain liées à la poésie expérimentale dans divers pays. Elle a été distinguée en 2022 par le prix « Poeta Imprescindible » (Poète incontournable) lors du premier Festival international de poésie de Moralzarzal (Madrid).

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