Poèmes de El áspero dolor de la esperanza, Ed. Lastura, 2025
Traduction par Miguel Ángel Real
¿Y si se nos desgarrase el grito?
¿Y si la boca enmudeciese,
cercada por la caries, por la niebla de abismo?
Ondean sus sonrisas los fascistas.
Estrechan sus manos, agujereadas
con alfileres, adorablemente llenas de úlceras.
Acarician los machetes,
siembran los muros
y espolvorean un presagio de cementerio.
Se estremecen las abejas
ante la borrasca de líneas verticales,
del ruido helado del cerrojo.
Y el viento, repleto de gargantas roídas
con los minutos astillados por
máquinas de oxigeno y medicamentos racionados,
agita el vientre de una sequía
que no llega a los pulmones.
Los transeúntes usan
sus dedos como llaves para pelar el trigo,
pero son jeringuillas de gusanos
que pudren los abriles.
Abren los ojos con fuerza,
ignoran el polvo de sus muelas,
entornan los omóplatos y peinan su sombra.
Esperanza, esperanza,
aún palpitas entre nuestras manos
porque no sabemos pronunciar las ataduras
de la palabra « resignación ».
Porque el presente requiere de todo nuestro oxígeno.
Ay, cómo titubeas ante el vértigo,
con temblor de manantial intacto.
Pero, ¿acaso tenemos otra opción
que no sea hacer de ti nuestro aliento,
que no sea mantenerte
siempre delante de nuestros pasos?
Et si notre cri se déchirait?
Et si notre bouche devenait muette,
cernée par les caries, par le brouillard de l’abîme?
Les fascistes arborent leur sourire.
Ils se serrent les mains, trouées
par des épingles, adorablement recouvertes d’ulcères.
Ils caressent leurs machettes
ils sèment les murs
et répandent un présage de cimetière.
Les abeilles frémissent
face à la bourrasque de lignes verticales,
au bruit glacé du verrou.
Et le vent, rempli de gorges rongées
aux minutes fendues par
des machines à oxygène et des médicaments rationnés,
secoue le ventre d’une sécheresse
qui n’atteint pas les poumons.
Les passants se servent
de leurs mains comme clés pour éplucher le blé,
mais ce sont des seringues de vers de terre
qui pourrissent les mois d’avril.
Ils ouvrent leurs yeux avec force,
ignorent la poussière de leurs dents,
plissent leurs omoplates et peignent leur ombre.
Espoir, espoir,
tu palpites encore entre nos mains
parce que nous ne savons pas prononcer les attaches
du mot «résignation».
Parce que le présent exige tout notre oxygène.
Que tu titubes, hélas, face au vertige,
d’un tremblement de source intacte.
Mais avons-nous une autre option
à part celle de faire de toi notre souffle,
à part te garder
toujours devant nos pas?
***
Tardamos en aprender
que la vida no tiene prólogo,
que cada momento es el nudo de la trama,
que todos los personajes son protagonistas,
que el desenlace es un núcleo nuevamente
y que las páginas se escriben a cada instante.
Hemos tardado en comprenderlo.
Ahora tenemos que asumir
que estamos en el epílogo
de nuestra civilización.
Nous avons mis du temps à apprendre
que la vie n’a pas de prologue,
que chaque moment est le nœud de la trame,
que tous les personnage sont le héros,
que le dénouement est à nouveau un noyau
et que les pages s’écrivent à chaque instant.
Nous avons mis du temps à le comprendre.
Maintenant, nous devons assumer
que nous arrivons à l’épilogue
de notre civilisation.
***
EXTREMA DERECHA
Paso a paso
(soltamos el mapa),
concesión tras concesión
(abandonamos la brújula),
indiferencia tras indiferencia
(nos desentendimos del camino),
comodidad tras comodidad
(nos mecieron los titulares),
nos vemos ahora
(perplejos pero orgullosos)
dentro del laberinto.
EXTRÊME DROITE
Pas à pas
(nous avons laissé tomber la carte),
concession après concession
(nous avons abandonné la boussole),
indifférence après indifférence
(nous nous sommes désintéressés du chemin),
confort après confort
(nous avons été bercés par les gros titres),
nous nous voyons maintenant
(perplexes mais fiers)
dans le labyrinthe.
***
Si nos ensanchan la jaula
y podemos volar dentro,
correr hasta difuminar los barrotes,
almacenar fronteras en ella
e incluso olvidar el idioma de las llaves,
¿somos libres?
Si on agrandit notre cage
et que nous pouvons y voler,
courir jusqu’à estomper les barreaux,
y emmagasiner des frontières
et même oublier la langue des clés,
sommes-nous libres?
Alberto García-Teresa (Madrid, 1980) est titulaire d’un doctorat en philologie hispanique avec une thèse intitulée Poesía de la conciencia crítica (1987-2011). À partir de ce travail, il a élaboré une vingtaine d’anthologies et d’ouvrages d’étude sur la poésie critique contemporaine, tels que Para no ceder a la hipnosis. Crítica y revelación en la poesía de Jorge Riechmann (UNED, 2014; Lastura, 2024); Pálpito de primavera, floración de resistencia : la poesía de Maria Angeles Maeso (Lastura, 2023); Disidentes. Antología de poetas críticos españoles (1990-2014); Insumisas. poesía critica contemporánea de mujeres; ou Poesía crítica. Jóvenes poetas en tiempos de colapso (avec D. Trashumante; Lastura, 2023). Il a publié huit recueils de poèmes, tels que Hay que comerse el mundo a dentelladas; A pesar del micro, la hiedra; Cuando dejamos atrás lo posible; ou Entre paréntesis. Poemas de la cárcel, ainsi que deux recueils de micro-récits (dont Callejero de Manglar; Lastura, 2022). Ses poèmes et essais ont été traduits en espéranto, en anglais, en français, en serbe, en roumain, en bulgare, en bengali et en macédonien.
