Vent debout !
Monseigneur au royaume
des pinces
nous vous attendons
nous faisons le guet à tour de voile
avant de nous engager dans
les courants du labyrinthe
déjà le bleu nous submerge
l’impatience est profonde
aliène les caps
mais
nous attendons vos ordres
et qu’enfin nous batifolions
Arnaud Rivière Kéraval
***
Les paroles sèchent
au vent
et pourtant aucune
odeur
n’arrive
les couleurs sont
des artifices,
le ciel un prétexte
qu’on décrit
avec des métaphores
vides.
Les visages flottent
sans contours
on impose des arbres dont on ignore
le nom
et les formes
changeantes
font brûler
la mémoire
L’effort
contre le temps
est un combat
perdu d’avance :
cendres
malgré l’éclat.
Jamais tu ne parleras de tes souvenirs d’enfance
en dehors de ta langue maternelle
Miguel-Ángel Real
***
Idéelle
naît enfin l’épreuve idéelle
d’un destin
image devenu
tissu de questions
d’énigmes et de réponses
qui délave le vrai
se froisse et inscrit
la réalité sur la rétine
comme une sentinelle de l’heure
couleurs froides
ajustant le regard
pour conjurer la pluie
quand l’éventuel
célèbre l’alliance
du ciel et de la terre
Laurent Grison
***
C’est une planète singulière gorgée d’eau.
Son atmosphère est d’une densité notable. Des bêtes volantes y nagent en ondulant dans les courants aériens. Quand le souffle des vents conjugués aspire à devenir tempête, on voit ces créatures aplaties et diaphanes se rejoindre le long d’un câble électrique. Elles s’y agrippent par le bec pour ne pas être emportées par la violence des rafales. L’agitation de leur corps lisse et membraneux produit alors une étrange musique qui n’est pas sans évoquer – borborygmes du tohu-bohu – les soubresauts du chaos primordial…
Jean-Jacques Brouard
