Quintuor #9 : Variations sur une photographie de Rémy Leboissetier

Vent debout  !

Monseigneur au royaume
des pinces

nous vous attendons

nous faisons le guet à tour de voile
avant de nous engager dans
les courants du labyrinthe

déjà le bleu nous submerge
l’impatience est profonde
aliène les caps        
                                mais
nous attendons vos ordres

et qu’enfin nous batifolions

Arnaud Rivière Kéraval

***

Les paroles sèchent
                                    au vent
et pourtant aucune
            odeur
                        n’arrive
les couleurs sont
            des artifices,
le ciel un prétexte
            qu’on décrit
avec des métaphores
            vides.

Les visages flottent
                                    sans contours
on impose des arbres dont on ignore
                                                 le nom
et les formes
            changeantes
font brûler
                         la mémoire

L’effort
contre le temps
            est un combat
perdu d’avance :
                                    cendres
malgré l’éclat.

Jamais tu ne parleras de tes souvenirs d’enfance
en dehors de ta langue maternelle

Miguel-Ángel Real

***

Idéelle

naît enfin l’épreuve idéelle
d’un destin
image devenu

tissu de questions
d’énigmes et de réponses
qui délave le vrai

se froisse et inscrit
la réalité sur la rétine
comme une sentinelle de l’heure

couleurs froides
ajustant le regard
pour conjurer la pluie

quand l’éventuel
célèbre l’alliance
du ciel et de la terre

Laurent Grison

***

   C’est une planète singulière gorgée d’eau.
   Son atmosphère est d’une densité notable. Des bêtes volantes y nagent en ondulant dans les courants aériens. Quand le souffle des vents conjugués aspire à devenir tempête, on voit ces créatures aplaties et diaphanes se rejoindre le long d’un câble électrique. Elles s’y agrippent par le bec pour ne pas être emportées par la violence des rafales. L’agitation de leur corps lisse et membraneux produit alors une étrange musique qui n’est pas sans évoquer – borborygmes du tohu-bohu – les soubresauts du chaos primordial…

Jean-Jacques Brouard

 

Laisser un commentaire