Quintuor #7 : variations sur une photographie d’Arnaud Rivière Kéraval

 

Affiche

La réalité, c’est le passé
La voix est une impasse
Le regard est un précipice
La liberté est un vertige
L’écriture est une consolation éphémère
Le commerce est vrai
Tout ce qui n’existe pas nous rend plus forts
La surface du drapeau est rassurante
L’exclusion est rassurante
Les prophéties ne consomment pas d’énergie
Critiquez les intolérants et vous en deviendrez un

Affiche à coller sur la première affiche

Écrivez un poème
Dont la transparence existera encore
Au milieu des mensonges
Acharnez-vous sur la destinée des mots
Cherchez
Dans l’oubli s’il le faut
En vous disant que vous serez capables

De savoir qui vous êtes
Même si les souvenirs se fanent
Plus vite que les fleurs
Bâtissez des refuges
Pour attendre le retour de l’enfance
Pour que la lumière compte
Et non les filtres

Miguel Ángel Real

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Silence.
Sous un sombre soleil qui abhorre le manoir, le sommeil nous retient dans son dédale de rêves.
Réveil.
Retenus dans les griffes des corridors obscurs du refuge envoûté d’architecture gothique, nous songeons à la mort, à la terre et aux livres, aux créatures étranges qui traversent nos vies.
Aube.
Murmures de la forêt : elle frémit, elle frissonne et les derniers fantômes retournent dans leurs arbres.
Oiseaux.
Dans les balbutiements de la lumière primale, les traînées de la pluie diluent le vert émeraude et les voiles d’opale ondulent dans le vent.

La musique du monde érode nos angoisses.

Jean-Jacques Brouard

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Le souffleur de verre

à travers les ombres entremêlées
l’espace du ciel verdi
recoud les cicatrices de la terre

au revers d’une page céleste
se distingue par intermittence
la grande biffure du couchant

comment dire l’inexprimé
des intimes détresses
dans l’indifférence du paysage

comment capturer l’onde
abandonnée par le preste mouvement
de l’étrange esquive

seul le souffleur de verre
comprend l’harmonie du feu
et ses dangers d’outre-temps

Laurent Grison

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Il y a du monde dans le monde !
des fantômes aux quatre coins des ombres
qui passent à travers
les rayons cristallins du palais des glaces
Il y a du monde dans tous les mondes
qui jouent à main chaude en lumière froide
aux pignons de la maison
dans l’armoire à mémoires
maison foyer et femme fœtale
résurgence de moments moirés
Il y a du monde ! Voyez donc ! Ici ! Là !
Des figures ressortent ressurgissent
entêtantes images d’abstraction
des figures sans figure
sur des corps sans corps
des sons d’appels sans appel
dans les plis et replis de
nos rêves les plus informels
Il y a du monde dans le monde !
Au-delà des terres
des airs et des mers
Il y a du monde dans le monde
des fantômes aux quatre coins des ombres
qui me tirent par les jambes par les bras
qui grimacent dans la glace
me font des pantomimes
entre les rideaux de la nuit
dans les plis et replis de
mes rêves les plus informels
Il y a.

Rémy Leboissetier

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