TROIS POÈMES DE GÉRARD CAMOIN ET UNE TRADUCTION

Ami si je tombe

Ami si je tombe ramasse mon couteau
C’est l’arme d’un homme sans nom
Qui chaque jour tua la bête qui grondait en lui
Qui creva de sa lame les murs aveugles de la liberté
C’est une lame aiguisée des cris de sa colère
Des larmes d’amour et des vins d’amitié
C’est le couteau d’un surineur qui ne piqua que lui-même

Ami ramasse ma plume mets-la à ton poème
C’est l’arme d’un homme sans nom
Abreuve-la de ton sang et poursuis le combat anonyme
Jusqu’à ce qu’un autre la ramasse après toi
Mais surtout prends garde jeune ami
Prends bien garde à ce que nul ne dise jamais :
C’est la plume d’un poète qui ne griffa que lui-même

Amigo, si yo caigo

Amigo, si yo caigo, recoge mi cuchillo
Es el arma de un hombre sin nombre
Que mató cada día a la bestia que rugía en él
Que reventó con su acero los muros ciegos de la libertad
Es una hoja afilada con los gritos de su ira
Con lágrimas de amor y vinos de amistad
Es el puñal de un cuchillero que no pinchó más que a sí mismo

Amigo, recoge mi pluma, ponla en tu poema
Es el arma de un hombre sin nombre
Abrévala con tu sangre y prosigue el anónimo combate
Hasta que otro la recoja tras de ti
Pero ante todo ten cuidado, joven amigo,
Cuida de que nadie diga nunca:
Es la pluma de un poeta que no arañó más que a sí mismo.

Traduction par Miguel Ángel Real

Girafe sanglante

Je sais une girafe
Au nez bec de carafe
Et aux yeux gris d’argent
Qui vit dans un rosier
Et fleurit au printemps
D’un masque rouge sang

Je connais des rosiers
Qui donne des girafes
En bouquet d’échassiers
Une rose à leur coiffe
Et un noir tablier
Plein de taches de sang

Je connais un gazier
Qui voit plein de girafes
Des cafards et des loups
Jaillir de ses carafes
Tant il boit comme trou
Où se fige son sang

Un gazier jardinier
Qui s’est piqué au cou
D’une rose de sang
Au printemps des girafes

En taillant ses rosiers
Un matin de carafe
Où son cœur était soûl
Et ses joues rouges sang

Et un soir de l’Ankou
Qui toujours nous agrafe
Gazier pendra son cou
Comme on pend une gaffe
Au sauvage églantier
À la fin du printemps

 

Douarn en Chine

J’ai rêvé. Le soleil de Chine
Se couchait sur l’Ile Tristan
Et nous allions à la sardine
Qui se pêchait au cormoran.

Des ouvriers en bleu de Chine
Sortaient des ventres des sampans
Pour rebâtir la Rouge Usine
Avec des briques du Hunan.

La Cochinchine était de Chine
De Mer de Chine au rail d’Ouessant.
Hé ! Kenavo, ma langoustine !
Tu t’enjonquais rouleaux-printemps.

Je m’embarquais pour le Quang Ninh
J’étais grossiste en kouingn amann.
Des Filles-Fleurs, mine câline
Sur le Rosmeur chassaient l’amant.

Je m’éveillai l’humeur chagrine
Tu ronronnais en respirant.
Tu ronchonnas, la voix chourine :
 » Viens te coucher, il est grand temps… »

J’ai feuilleté Anaïs Nin
Envie de nems en m’endormant.