Gérard Camoin – Trois poèmes de mars

Morgane rouge

Sortir du nid de serpents

c’est parfois passer le TANT

Le tant mieux le tant pis

et le tant que ça dure

Indolente et douloureuse

de ce TANT-là épuisée

Fée MORGANE s’allonge

avec ses sœurs ponantes

qui guettent au salon ROUGE

le notaire l’ingénieur

et le chef de la clique

l’heure sonnante du sénateur

la couperose du charcutier

et la croix du curé discret

qui apporte des cierges

Et même certains soirs

à l’heure du chien qui pisse

la lance du poète aviné

à l’éponge d’un christ païen

qui pleure sur son sein

Et le poète dans ses sanglots

cherche ses mots Des mots d’amant

Des mots de poète Mais les mots

n’ont pas d’importance

La poésie est alchimie

mais aussi quête fantastique

Elle place des licornes au milieu des bœufs

et des nains de jardin parmi les korrigans

 

 

Écharpe rouge

Porter écharpe rouge

sur un veston noir

Mon signet

Mon plumet

Un signe à Durruti

Le col en fleur

rouge d’espoir

Porte-bonheur

des Seize de Lanti

Bateau-phare anglais

Scarweather

in Douarnenez

Et quand vient la saison

autre allure

Écharpe noire

Très cher Arthur

Autre signature

au bas de mon grimoire

Mais depuis quelques temps

rien n’est comme avant

Cher ami Paul

Plus le droit

de venir sous le vent

comme naguère

l’écharpe rouge

autour du col

Rouge de colère

comme la belle joue

d’Olympe de Gouges

Et cela me rend fou

Pour un autre on me prend

si je porte écharpe rouge

On me montre les dents

me désigne du doigt

me traite de bourgeois

Alors mon ami Bob

Mon tiroir coquelicot

d’écharpes rouges

de laine ou calicot

reste bien clos

Demain c’est la nuit rouge

Cher Marius Jacob

JOUE TUBULAIRE

J’ai la joue tubulaire

L’oreille de carton

Mon pauvre nez horsain

oui mais un sain nez drain

qui rougit à mon pied

d’un feu de poudrière

en tuyau de pompier

Plus rien ne me ressemble

Ma sale gueule en biais

Ma lèvre de travers

Toujours la gorge sèche

Je bois dans mon soulier

et j’ai la main qui tremble

sans taper le gorgeon

J’ai des idées bizarres

qui flottent dans mes voiles

en hachis Parmentier

J’ai du mal à comprendre

ce que disent les fées

Les fées douces et fraîches

pendues dans les haubans

Les fées hospitalières

aux rigolos cachets

refusent de descendre

et sèment des étoiles

dans mon ciel de lit blanc

Je pense à Balthazar

qui joue avec le vent

Mais le divin martien

qui passe le matin

dans son costume vert

qui fige son sourire

ne me dit presque rien

Non rien de rien de pire

À part que tout va bien

Pas qu’un peu mon neveu

Que tout ça est normal

Ma tête de cheval

et ma casaque bleue

Et qu’il faudra lui dire

si demain un jockey

me court dans la première

Il mettra un billet

Gérard Camoin – 22 janvier 2020 – Polyclinique Quimper Sud –

 

 

 

Jean-Jacques Nadon

Hanté par les aïeux

Les fantômes de mon passé
Dans mes pensées sont entrés
Pour remettre à jour
Leur éternel amour
Retrouver nos anciens
Point d’oubli pour les miens
Ils vivent en nous en symbiose
Pour parfaire à l’infini l’osmose
Ils inondent nos cœurs de bonheur
La vie prend alors plus de saveurs
Ils nous ont éclairé de leurs feux
Maintenant sans vie ils sont feues
Salut à vous mes aïeux
Sans vous je ne serais que néant
Vous m’avez construit au mieux
Je me confond en remerciement

Fruit acide

Au bord des lèvres l’amère saveur
Dans le cœur sensation d’aigreur
Comme un zeste d’agrume
Je sent en moi monter l’amertume
Le fruit acide me ronge
Inversion des rôles!
Dans la rancœur je plonge
Les démons me frôlent
Chercher le bonbon douceur
Pour éloigner la noirceur
Ne plus sentir les malheurs
Retrouver un doux bonheur
Comme le fruit acidulé
Sa douce chair rechercher
Notre peau dure sait protéger
Mais seul le cœur peut calmer

 

Sabbat

La lune longe l’horizon lentement
Sa lueur blafarde encore éclaire
Inondant tout le firmament
Des formes noires s’affairent
Se rassemblent dans la clairière
Les chênes tendent leurs bras torturés
Faisant au sol des ombrées
Noire ambiance de la nature
Croix retournées sur l’autel en pâture
Soudain des cris, des danses d’horreurs
Orchestrés par toutes ses sœurs
Des torches forment des cercles cosmiques
De nombreuses formes géométriques
Représentant des dessins sataniques
On attend déjà le monstre cornu
Ce prince, ce diable tant attendu
Par la cohorte des sorcières
Prendre leurs balais transport du passé
Faire une grande ronde envolée
Enfin du lieu maudit s’ écarter
Rejoindre leurs campagnes, leurs cités
Discrètes femmes, du démon leurs fiancées
Prince des enfers vénérés
Par tous les sorciers

 

 

L’AUTEUR

Né en 1953 à Auch (Gers) Jean Jacques Nadon , fusilier marin commando, a parcouru le vaste monde, les mers et océans, du Pacifique à la mer de Chine sur les bâtiments de la marine nationale pendant 40 années.
Profondément attaché à l’humain il a été président pendant plusieurs années d’une des plus importantes communautés d’Emmaüs.
Actuellement, il est vice-président de la maison de la poésie du pays de Quimperlé.
Il fait partie des poètes sémaphoristes.
Ses différents ouvrages ou participation à l’écriture d’ouvrages poétiques ou autres sont:
-A bord de la Jeanne d’arc (voyage initiatique) par Vivi Navarro (peintre de la marine) en 2009
-Histoire poétique (2014) collectif lespoetes.net
-L’anthologie des poètes sémaphoristes (2017)
-Escales de la Jeanne (2017)
-Au fond de nos yeux n°1 (2017)
-Revue Sémaphore n°7 (2018)
-Ma vie en poésie (2018)
-Terres de poésie (2018) collectif lespoetes.net)

MARION DORVAL – Trois poèmes

Ne jamais taris.
Ne jamais refuse.
Ne jamais obtuse, grattante.
Ne jamais recluse, petite.
Un trait existe pour relier
La poussière au rai de lumière
Abonde la matière
Jusqu’au seuil de l’éclat
Nourris la sève, recrache
Nuées gorgées d’espoir
Poitrine battante recèle
Encore ta foi chaude
Bientôt ardente
A l’encontre des inédits
Trait pour trait
Jamais ne taris.

                                 Marion Dorval

 

 

J’ai vu de lasses insomnies
Errer en masse par ici
La froideur les a ravivées
En traces givrées
Trois, il en était ainsi
Du chiffre défini
Comme ne pouvant être l’unité
Jamais la paire non plus
Toujours un intrus
Trois, un air de trop
J’étais pas loin pourtant
Je délasse et je délaisse
La mélancolie qui m’oppresse
Y’avait une autre trame au fond
Dans le lit de la rivière
Ophélie en bord de mer
Perdue et sans aucun repère
La terre qui déboule dans le flot
Les rugissants comme un écho
Traverser ce serait déjà l’arrivée
Immensément fortunée, pas foutue d’espérer
Le sel avait dilué l’amer
Je suis revenue de mes transes parmi les bouées

                                                                                Marion Dorval

nos bordures sont-elles étanches ?
je me tiens en lisière du monde
à l’orée des bruits

                                          Marion Dorval

 

Présentation

Le chant, la voix parlée, chantée et écrite : autant de moyens pour moi de se révéler à soi et aux autres en respectant sa nature profonde, ainsi que pour accéder à la dimension créatrice du souffle-voix.
Dire c’est bouger, mouvoir. Penser aussi, en amont. L’un et l’autre s’apprivoisent, avec l’écrit pour médiateur.
Dans mes écrits, je fais place au corps-sensations. Il est souvent question de mouvement, dansé ou gestué, de l’âme ou de la chair. C’est une poésie de l’instant qui veut tout saisir d’un coup.
Mots et silence nécessaires l’un à l’autre pour marquer leur trace et dévoiler la pensée. Ou bien la masquer et contourner ce qu’on n’oserait révéler.
Comme un aveu, quelques lignes pour afficher la vulnérabilité qu’impose le langage oral, et la parade futile de l’écrit.
Le rythme peut me sauver de la sensation d’insécurité à se livrer, en ce sens qu’il met en mouvement la vocalisation interne dans un élan enthousiaste.

  • Lauréate du prix 2018 Les Dénicheurs – Maison de la Poésie d’Avignon
  • Lauréate du concours organisé par Yakshi Compagnie 2019 : lecture à voix haute du poème retenu par Laura Lutard, comédienne, lors du festival Off d’Avignon

 

GERARD CAMOIN, Trois poèmes

La sente

(Seconde version)

Ils s’en venaient au bal de la foire aux mulets

Admirer cette fille et n’osaient lui parler

Ils restaient sur leur faim de ses jupons bouffants

Ils mariaient la voisine et la semaient d’enfants

Mesuraient les arpents de leurs socs bien réglés

Et guidaient aux sillons leurs bêtes d’un pas lent

Sans regret sans remords taiseux comme étranglés

Et leur vie était là qui pesait au palan

Puis ils ont pris la sente aux terres avalées

Par des torrents furieux hérissés de rocs blancs

Tout au bout du vieillu portés par tous les clans

Ils sont à la fraîcheur des tombes de galets

Gérard Camoin – in « Les Sentes bleues » (à paraître)

Odilon

Odilon

Compte les moutons

De ses yeux qui pétillent

Il compte les brebis

Et sourit

Odilon

Dans sa maison de retraite

Au pentu d’un plateau

Où butent les Alpilles

Qu’il veille ou qu’il roupille

Cloué sur une baroulette1

Dans sa chambre de défaite

Odilon

À roulettes

Compte les moutons

Un cochon dans les rastoubles2

Un chien dans les lavandes

Une mouche au plafond

Et Odilon voit un mouton

Les yeux au bleu que rien ne trouble

Dans le bruissement des oliviers

Dans le vent des amandes

Dans le chant des rives des adrets

Odilon

Guette un troupeau

Derrière ses carreaux

Odilon

Attend les moutons

Espère les brebis

Dans son bercaù3 de bastidon

Odilon

N’a pas eu de besson

Pas de frème4 au ventre rond

Ni de bergère alanguie

Dans son lit de Verdon

Les bergers sont les novi5 de leur Étoile

Comme les moines le sont de Marie

La Sainte-Mère des brebis

Qui du bleu du ciel s’est fait un voile

Odilon

Compte les moutons

Et sourit à la vie

Il compte les brebis

Et la mort en vieille amie

Compte avec lui

Gérard Camoin – in «  Les Sentes bleues » (à paraître)

1 Une brouette. Par dérivé : une chaise roulante.  2 Champs de blé coupé.  3 Berceau, bercail, domicile. 4 Femme, épouse 5 Nouveau marié

 

Chat aromatique

Le chat aromatique a fleuri cette nuit

Sur le muret pierreux où coule la glycine

Ses yeux sont tranchelards sous la lune qui luit

Dans le jardin secret quand vient l’heure assassine

Je sais un chat pirate un chat qui s’est enfui

Un félin coquillard qui hante la cuisine

Quand les cuistots fourbus désertent leur usine

Il joue les monte-en-l’air solitaire sans bruit

Il préfère voler qu’attendre la gamelle

Il se bat sous la nue il chasse il est rebelle

Il n’accepte pour lui que rapine qu’il prend

Aux hommes et aux chiens Il lèche sa blessure

Croque sous un rosier quelque bout de fressure

Et rêve de l’Égypte où tous les chats sont grands

Gérard Camoin – in « Le Mouton mécanique » à paraître

JEAN CLAUDE CROMMELYNCK – Trois poèmes

1030 l’effacement
Bardes prophètes
exaltés sublimes
âpres gitans des ombres de la mort
grands cyprès gardiens des tombes
échevelés qui frémissent.
Les cimes battent les airs
laissant halluciné le rare passant frileux
craignant d’être fauché comme une herbe.
Toi l’arbre somnambule
sentinelle dressée à l’aube du crépuscule
tu regardes de haut l’humanité s’éteindre
La passion dissimulée dans le vin
le sang qui coule des gorges sans têtes
au courant des rivières qui dévalent les roches.
Seul vient rompre le silence le roulement de la mer
toute de velours noir sous le ciel bleu de nuit
épinglé de myriades d’étoiles
comme au premier matin des mondes.
Difficile d’imaginer que tout cela disparaît
l’image en est déjà tronquée
sous les flots valsent des plastiques colorés
les corps de migrants en voyage dernier
au gré des courants sous-marins
les fruits sont des pommes d’Eve empoisonnés
les eaux viennent à manquer
et tout le monde s’entretue.
©CeeJay.

 

 

 

1031 New world I (Future is now !)
Les auréoles des canettes de bière maculent
les cercueils des manifestants morts
sous les coups de brigades gouvernementales.
Amis arbres, il vous suffit de nous survivre
pour avoir l’éternité.
Ils ont fait la mise à jour fatale
qui a tout déglingué
nous sommes tous bons pour un syndrome d’Asperger
avec thérapie comportementale obligatoire
par médias, réseaux « sociaux » et supermarchés
avec inhibiteurs de sérotonine obligatoires
signés Roundup & Bayer
délivrés à domicile par huissiers.
À se demander pourquoi ils ont interdit la cigarette
si ce n’est pour n’avoir qu’un seul responsable officiel de cancer.
La nouvelle culture unique est installée
les anciens qui ont encore la mémoire des lois
sont paupérisés à l’exsangue, bientôt exterminés avant l’heure.
Sont chargés, blessés et tués tout manifestant
médecin, pompier, professeur, pensionné, chômeur et étudiant
c’est le « normal-légal » nécessaire à la sécurité.
Le bleu meurtrier a fait place au bleu nuit amnésique !
©CeeJay.

 

 

1032 New world II (Combat)
Quand le bleu meurtrier a fait place au bleu nuit amnésique
la voie la plus rapide vers l’univers
c’est la lumière
la forêt profonde
la poésie
ce Titan qui nous possède.
Voir à quoi ressemble un bois intact
un peuple d’arbres sauvages épargnés
ne sera bientôt plus possible.
Les peuples, les tribus
les derniers épargnés de la Terre
disparaissent sous nos yeux par nos propres ingénieries avides
Les multiples espèces sauvages
animaux, hommes et plantes
vont s’envoler des mémoires et de la planète !
Quand le blues s’empare du monde
les jours sont amnésiques et les songes censurés.
©CeeJay.

 

Jean-Claude Crommelynck dit CeeJay. Né à Bruxelles en 1946, a publié dans plusieurs revues de poésie en Europe, au Maroc et aux USA traduit en français, russe et en anglais. Édition en 2014 chez Maelström Révolution d’un premier recueil de poésie « Bombe voyage bombe voyage ». 2015 ; Poèmes traduits en anglais dans un n° spécial qui lui est consacré ;  MGV2 Issue 81, Irlande. 2017 ; Le Prophète du Néant, recueil de poésie soufi pour réconcilier l’Orient et l’Occident avec 13 traductions en arabe chez Maelström. 2019 ;  Derrière les paupières…L’immensité aux éditions de L’Arbre à Paroles de Amay…Un recueil à paraître en février 2020 aux éditions du Coudrier : L’Arbre de Vie…

 

 

 

 

La nuit nostalgique

La nuit était blanche
À deux pas des voix de la mer
que l’on ne voyait pas
un Cheval Ailé langue offerte
traversait la lande verte
noire et tellurique
harnaché de tes yeux de tes hanches
de tes cheveux de Voie lactée
de ton mors amer

Au bord de ses lèvres brûlantes
un baiser pas encore donné
au jardin d’agapanthes
palpitait à la tombée du vent
en touffeurs orgasmiques
sous la lune rousse

Baiser-papillon nocturne d’un rêve frémissant
abouché à l’aber de ton antre
au triangle obscur de ton ventre
dans l’humidité chaude sombre et douce
de la nuit nostalgique
qui se dit à mi-voix

Gérard Camoin

Gélinotte

Je vis chemin faisant
Gélinotte des rochers
Se prenant pour faisan
Se laisser approcher

Elle prit son envol
Au jour noir des murmures
Griffant ses plumes de col
Dans un buisson de mures

Quand l’oiseau forestier
Rapide effleura ma tête
J’étais seul au Montdenier
Tout là-haut sur la crête

J’allais dessous l’azur
Manteau si bleu de Madone
Dans les arbres au ciel pur
Où la brise fredonne

J’arrivai sans mégarde
Au virage d’un sentier
Quand soudain surgit un garde
Qui voulut mes papiers

– Vous êtes à la chasse !
– Oh non, je suis sans fusil !
– À la géline qui passe,
Vous chassez, je vous dis !

– Mais non, monsieur le garde,
Moi, je contemple, c’est tout !
– Contrevenant qui regarde
À l’État doit des sous !

Gérard Camoin, in « Les Sentes bleues » – à paraître.

Centenaire romantique

Non je ne voudrais pas m’en aller centenaire
Le cerveau en bouillie et les membres flétris
Peu de viande sur l’os offerte aux premiers vers
Qui déjà impatients de ma chair refroidie
Auront foré mon cœur mon foie et mes entrailles
En des repas visqueux englouti mes murailles
Dévoré peu à peu ce qui m’avait fait Homme
Qui ne fut point parfait mais un vivant debout
Un être de chemins de sentiers de ravine
Qui naquit d’une femme et non pas d’une pomme
Un homme de furie à l’âme trop câline
Qui put jouer du poing mais sut tendre la joue

Non je ne voudrais pas m’en aller centenaire
Moi je veux des regrets !… Pas qu’on se dise : Encore !
Toujours là le débris ? Toujours dans le décor ?
Vraiment il exagère ! Il ne manque pas d’air !…
Je veux mourir vivant et savoir que je meurs
En maudissant le ciel langue au cul de la mort
Et riant aux éclats pour oublier ma peur
Déflagration de vie épousailles d’enfer
Pour ma noce de nuit l’amour avec la mer
Une dernière fois l’ultime la fatale
Je ne veux pas tomber comme chute un pétale
Sans avoir décidé quand s’arrête mon cœur

Gérard Camoin

ART NATUREL

On sera toujours sensible à la beauté des pinceaux
Groupés tout droits dans le râtelier
Près de la flamme qui éclaire les œuvres
Et enflamme l’esprit de l’homme endormi

La nuance entre la route et le chemin est indéfinie
On reste ému par la droiture des courbes architecturales
La poésie a sa géométrie des profondeurs
Qui définit le sens dans un œuf prometteur

La carte n’est certes pas le pays
Mais la feuille oui la peau de notre nature
Et les signes qui s’y tracent
Portent la marque de l’origine

Nous ne sommes jamais loin de notre sillon
La cause est entendue
L’addition des êtres ne donne rien
Vide est le verbe
Il faut saisir le sens des discours
Ainsi nous avançons
Et les stèles nous dévoilent leurs arabesques creusées dans la pierre tendre
Lire le monde nous fait pleurer de l’encre
Nos lèvres balbutient les bribes de l’ode sacrée

La nuit est le temple de la révélation
Oyez le murmure des lieux
Le souffle de la mer
La voix rauque de l’univers

                                      Yann Maho

Paysage rimbaldien

 

Poussière des jours glacés
Mes vieux cheveux jetés
Sur le billard de la nuit
Je mange les ombres
Sur le barrage de nos amours
Là où rien ne chante
Les arbres y touchent
Les mains de la beauté
Le bison d’or rumine
Dans les prairies
Et l’on va boire dans une hutte
Tenue par des Sioux
La nudité d’une sauvageonne
Alimente le sexe de mon cœur
La galaxie contaminée
Par les théocrates maudits
Est une nocturne ardente
Qui brûle l’esprit
L’archidiacre calcine les idées
A coups de chalumeau
La végétation s’étiole
La pensée meurt
Un capitaine de cavalerie
Vêtu de feuilles, de mousse et de vent sec
Investit le corps divin de la courtisane
L’accent étrange des censeurs
Défait les certitudes
De vérité et d’honneur
L’action pernicieuse des inquisiteurs
Entrave le déroulement fluide
Des festivités prévues en hommage à l’Arbre Sacré
Nous aimons la vierge indécente qui hante nos lits
Nous sommes dans les branches d’une indécision
Qui brise notre élan dans les bourrasques de notre mystère
Nos yeux sont pleins de cristaux de givre
Et nous nageons sous un lac gelé
Où flotte le temple de l’Unique Instant

Jean-Jacques Brouard,  Antichambre du gouffre,  2018