PATRICK DUCHESNE (alias OAK)

LOUP POLI

OUPOLI

Ce qui ne nous regarde pas

derrière un miroir sans tain

où nous nous reflétons menant

notre propre interrogatoire de police,

Dieu.

OU POLI

Comme une porte de prison

poli comme un maton

devant son directoire,

ou poli comme la fenêtre grillagée

où l’humour pend son désespoir

pour le sécher,

poli comme un regard âgé

sur la rue dépavée,

poli comme idée fixe en tête,

poli comme un galet

loin des jours de tempête

au plus profond de la mer polypicturale

eaux douces des lits de rivière

jouant du scalaire au squale.

OUP AU LIT

Comme l’amour dans les étreintes

et comme l’acier en fusion

friction vs friction,

OUPOLI

La poésie n’est libre que dans ses contraintes,

Limon bordant le fleuve pour ses effusions.

 


 

LA MER EST ÉPAVÉE DE BONNES INTENTIONS

La mer était pavée de bonnes intentions

Et d’orages dedans mâchant les fruits de la passion,

Messes basses de la marée haute, un missel

Pages-plages collées et rongées par le sel

De psaumes de falun,

Mer d’icebergs où dérivent fortunes et faims

La mer est épavée de bonnes intentions…

La mer lave à grande eau ses grands fonds de poubelle :

Limaille d’utopies, requins-marteaux, vieux clous rebelles,

Carcasses de moutons du ciel tombés à l’eau,

Diams et poussière de Titanic mégalos

Sous tapis organique,

La mer brasse sans fin ses limons éclectiques

La mer lave à grande eau ses grands fonds de poubelle…

La mer est un éboueur à la peau noir d’ébène

Travailleuse immigrée debout derrière un camion-benne,

Ses longs bras épuisés soulevant par leurs anses

En passe de rupture les déchets d’abondance

Des riches continents,

La mer est immigrée ramant sur des volcans

La mer est un éboueur en bleu acétylène…

Îles de PVC, bouteilles à la mer

L’époque n’attend plus que son nouveau polyhomère !

On prend la mer comme une purge sans remède

Comme on sort la poubelle aux relents de Club Med,

Progrès de l’odyssée !

L’envie défait son nœud aux mouchoirs des glaciers

Ou à celui de Baudelaire :

« Homme libre, toujours tu chériras la mer ! »

 


 

SUD-OUEST

Las des brumes de Saint-Malo

Et des embruns des bars de Brest

En rêvant de Côte Vermeille

Tu es parti vers le soleil,

Comme on met dans son vin de l’eau

Tu as mis du sud dans ton ouest

Mon copain l’alcolo…

Du chouchen du soleil couchant

Au pastis de son plein estuaire

Chaque alcool est île d’Ouessant

Laissant, solo

Ta soif au sud du Finistère

Du coup, tu prends l’accent pruneau

Cowboy à jeun, peau rouge à Dax

Tu pistes les tribus Rugby

Des essais dans tes « let it be »

Que tu transformes sous Bordeaux,

Le sud fait chalouper ton axe

Mon copain l’alcolo…

Du chouchen du soleil couchant

Au pastis de son plein estuaire

Chaque alcool est île d’Ouessant

Laissant, solo

Ta soif au sud du Finistère

 


GERARD CAMOIN – Trois poèmes

De sel et de sucre

Le sel naît de la mer

Fleur des cueilleurs de ciel

Et des pêcheurs d’étoiles

Le sucre s’y noie et meurt

Comme la bonté

Des âmes naufragées

Le sel creuse des vagues

Au visage saumuré

Des hommes de tempête

Le sucre blanchit les yeux

Des femmes meurtries

Par des sanglots de pluie

Le sel raconte la voile

Quand le café des marins

Tourne dans la tasse

Le sucre y plonge et disparaît

Tel un cri au silence

Quand la mer est souffrance

Le sel donne la vie

Et baptême des dieux

Aux enfants d’océan

Le sucre prend la mort des vieux

S’éteignant près de l’âtre

Au noir chevet douceâtre


J’irai jusqu’à l’Enfer

J’irai jusqu’à l’Enfer leur dire des poèmes

Puis,

Je mourrai enfin

Tout au bout de la terre

Dans le calme néant

Qu’on nomme paradis

L’œuvre de toute vie

N’est qu’un brouillon opaque

Fait de moments enfuis

Avant de les comprendre

De sentiers sinueux qu’on n’aurait pas dû prendre

De chemins incertains

Qu’on croit avoir choisis

De nos Danses de Pluie

Les deux pieds dans les flaques

Nous restent les parfums de fugueuses amantes

Et de femmes amies

Au creux du cœur enfouis

Le rire d’un enfant…

Ou le regard d’un chien…

Jamais ces deux ne mentent

J’irai jusqu’à l’Enfer leur dire des poèmes

Puis,

Je mourrai peut-être

Dans le flot, oublié

J’écrirai le mot « fin »…

Et vogue la galère !…

Laissant aux vivants les profonds d’Ys de la terre

Pour n’être qu’une vague

Plus que cendre et fumée

J’irai jusqu’à l’Enfer leur dire que je t’aime


Le Malamock

Matins au Malamock

Marins en rouille-froc

Ils y boivent leur verre

Leur café ou leur bière

Marins tombés du quai

Aux pieds-marins souqués

Rugueux comme les roches

Les deux poings dans les poches

Ils battent le comptoir

Du clairet jusqu’au soir

Désarmés de la pêche

Cœur lourd et gorge sèche

Ils ont pour nom Gouët

Greyssom ou Le Louët1

Marins de tour du monde

Des Îles de la Sonde

Ils parlent des trésors

Et de la mer des morts

Très peu… D’un bout de lèvre

Pour mieux cacher la fièvre

Qu’allume en coin de rue

Le nom d’un disparu

Ils parlent de la voile

Quand ils suivaient l’étoile

Qu’ils hissaient le grand foc

Au large du Maroc

Ils ont l’air de pirates

Du sein des îles plates

Marsouins en bout de mât

Retraités du combat

Déquillés d’Île Longue

Si secrète et oblongue

Tous ces marins taiseux

Nulle part sont chez eux

Les terres sont leur cage

Et leurs morts sur la plage

Revivent dans leur bock

Au ciel du Malamock

Ces marins de Bretagne

Durs comme la montagne

De cœur celte ou anglais

De masure ou palais

De barque ou de navire

Ont le chant et le rire

La chanson du regret

En partage secret

Parfois, il leur arrive

De brailler en dérive

Par les rues et le dock

Le chant du Malamock

1 Toute ressemblance avec des noms de personnes existantes ou ayant existées serait purement fortuite : Gouët et Le Louët sont inspirés des noms de rivières bretonnes. Greyssom est inspiré de celui d’un personnage de série audiovisuelle.


Gérard Camoin

Photographie Gérard Laurent ©

Biographie

L’auteur a été acteur et comédien-marionnettiste (L’Ile aux Enfants, Le Village dans les nuages, Les Visiteurs du mercredi, Les Guignols, Les Arènes de l’info, Le Bébête show…), scénariste-dialoguiste, auteur dramatique, parolier, puis éditeur et bibliothécaire.

Au début des années 2000, ses textes poétiques et ses poèmes commencent à être étudiés aux États-Unis en université (Clark University – MA), puis dans l’enseignement secondaire français.

Publié jusqu’à présent dans des revues, « Fenêtre sur la baie » et « Les Ombres des andrones » sont ses premiers recueils édités.

Bibliographie

THEÂTRE

« Le Château » d’après Kafka

Adaptation théâtrale / coauteur et metteur en scène Daniel Mesguich

L’Avant-Scène Théâtre, 1973

« Via Fellini » écriture collective dirigée par Yves Penay

Mise en scène Jean-Louis Terrangle

Théâtre du Ranelagh, 1976

AUDIOVISUEL Scénariste-dialoguiste et parolier

1975 – 1993

« L’Ile aux enfants » TF1 / coauteur Christophe Izard

« Le Village dans les nuages » TF1 / coauteur Christophe Izard

« Les Visiteurs du mercredi » TF1 / coauteur Christophe Izard

« Les Visiteurs de Noël et du Jour de l’an » TF1 / coauteur Christophe Izard

« Gags à gogo » TF1

« Salut les Mickeys » (7 d’Or Meilleure émission pour la jeunesse) TF1

« Les Pieds au mur » TF1

« Salut les baskets» A2

« Zappe ! Zappeur » Calipa / A2

« La Lucarne d’Amilcar » DIC Productions / RTL Télévision et M6

« Knock-knock »

Méthode bilingue Jeannine Manuel

œuvre livresque et audiovisuelle / coauteur Dominique Richard

Nathan, 1990 Cinétévé et A2

PAROLIER

Pour Garcimore :

« C’est écrit sur la casquette » musique Dominique Laurent

« Mon hélicon » musique Dominique Laurent

Disque Carrère, 1980

POÉSIE ET RECITS

« Fenêtre sur la baie » – (Poèmes-récits)

Avec 15 résonances iconographiques de Fanch Moal

Préface de Mike Spingler

Les 2 Encres, 2014 – collection encres libres

« Les Ombres des andrones » – (Poèmes-récits)

Avec 8 résonances iconographiques de Bernard Thomas-Roudeix

Préface de Christophe Izard / Postface de Jean-Yves Griette

Édilivre, 2016

L’AUTRE

Chat tu es ce que je
Ne suis plus tout à fait
Chat mon
Double nocturne
Ame de mes rêves qui
Hantent les sous-bois
Et les labyrinthes des jardins
Corps de nos songes
Les plus fous dans les racines
Profondes de la nature
Ivresse des poils
Caressés qui s’envolent
Dans l’étincelante pureté
Du couchant
Ton œil hiéroglyphique
Énigme sensuelle étirée
A la face du soleil
Forme signifiante qui
Est essence et existence
Je te cherche dans
Le temps éternel de
Mon être et je te
Trouve dans l’instant de
Mon idée sauvage
Tu es ce que je
Rêve d’être à nouveau
L’animal dénué de
Représentation
Ni duplicité ni vice
Réelle présence
Au monde brut
Qui est sans but
Chat mon frère
D’errance dans
L’univers absurde
Compagnon
De lutte contre
La laideur et
La mesquinerie

Seigneur d’excellence
Tueur noble
Esprit d’origine
Vénérable sphinx
Qui saura ta muette énigme ?
Qui dira le secret de ton reflet ?
Qui verra ton chiffre ?
Dans l’ombre luisante
De minuit tu miaules
O panthère du foyer
Ton cri primitif
M’entre dans
La chair comme un charme

Rory Bundana, Arbres à la dérive, 2014-2017

Journal des visions diurnes

Globules indéfinis aspirés malgré tout
Dans les tubes sinueux de notre machine
Le concept ignoré de beaucoup d’entre nous
Ce qui compromet l’expansion voulue de notre univers intérieur
Et ses voluptueuses contractions
De temps en temps
Pour le rêve
A l’état de veille
La chambre soumise
Au glouglou de l’appareil à assécher
La conscience floue
Pour cristalliser le songe humide encor d’amour
Vibrations des acariens dans l’oreiller philosophique
Comme un murmure sibyllin
Dans l’air ambiant qui sent le vieux livre
Un corps masculin vautré sur le blanc des draps vaporeux
Qui n’a pas vocation à respecter l’immobilité requise
Pour une profonde et fertile méditation
Un dieu antique qui veut qu’on l’aide
A s’affranchir de deux anges sortis du mur
Nous les clouerons avec des aiguilles de haine
Sur le cadre du miroir qui nous hante
Monde visité fait de multiples collages
Et d’une spirale d’utopies
Bourlinguer pour voir à travers les murailles de pierre
Dressées entre les êtres
Pour que l’éternité existe enfin
L’écriture se fait chair, le temps comestible
La bave des gargouilles est notre chant sacré

M. d’Harschmüll, tiré de Transes bleues, 2018

The Quest

My mind flows deep into the far sea bungled up with rust
My soul melts through decaying visions of whirling dust
The green roaring future calls me away
I’m on my way
Arthur’s waiting !
Should I meet the Lady of the Lake having a rest
In the midst of a forlorn forest
I shall tell her my name
And pretend to be tame
I have my dagger, my book and my shield
One of my poems should make her yield !
Arthur’s waiting !
Years pass by, plodding on muddy causeways,
Their massive awkward raw heels bleeding memories
And no one can help it
Only prophets -alas!- can spit
Look here, shadows of yonder, I shan’t take up the gauntlet,
For,I’m not the one to be taken away yet !
Walk on, chug away, pick someone else, if you must
But not me, pray, I don’t want to turn into dust
I know, I know : April calls May…
And as people say:
Today’s tomorrow’s promise
And dawn’s the night’s heiress
But I’d rather stay awake
And wait for the Lady of the Lake
Excuse me if I seem to beg…
Seven drops of the Grail’s dreg
They would, no doubt, heal my wounds
King of Hell, hold your howling hounds!
Arthur’s waiting !
Folks of old inhabit my dreams
I can hear the bushes wail
And the maids curl
I can see the moon sail
And the weeds whirl
Translucent waves carry the goddess
Tide’s scum and brine enhance her dress
Behold the fear of the black depth !
A gleaming pulse engulfs the earth
I thrust my desire deep into thy heart
Don’t depart
O Lady of the Lake !
Arthur can wait…

Ian Brewart

La clarté

La clarté consiste parfois à dire ses quatre vérités au monde sans éclaboussures de jade.

J’aimerais faire partie de ceux qui savent renoncer aux métaphores

pour mieux nous fouetter

parler de la peur qui étend ses racines parmi nous

sans avoir besoin d’échafauder une équation maladroite

dire que la paresse nous gagne et que notre révolte est doucement endormie

lovée entre nos quatre coussins Ikéa.

Mais parfois j’ai aussi envie de dire

le métal fondu de notre égoïsme nous scelle les paupières

et nous éviscère avec une certaine complaisance de notre part.

Pendant que nos enfants comprennent

que nous pensons que ce monde est une dune infranchissable

et nous montrent à travers leurs angoisses l’immobilisme qui nous habille et qui nous coiffe,

nous nouveaux prophètes  nous répètent la même cantilène

et nous rendent coupables de leur propre impuissance.

Et cachés sous la couette nous les contemplons

comme si nous avions trouvé un abri antiatomique de coton et d’air.

On remarque aussi, toujours dans un besoin de clarté,

que  les peurs de nos enfants, leur rage, est notre meilleur prétexte pour passer notre tour.

Mais je ne sais pas le dire ainsi.

Je préfère

les touches élimées du piano auscultent les mains d’un musicien trop stressé pour être honnête :

le concert est un désastre

ou encore

à foison les foules boivent leur thé brûlant sur les fondations d’un vaisseau écartelé

Miguel Angel Real

Le bain

Tu parcours ma peau sur des éponges langoureuses

Mon dos de bambou, mes épaules enduites de lichen

Me brûlent et tu râpes chaque brin de racine

Accrochée à mes cheveux comme dans une greffe naissante.

Dans les confins de la baignoire l’eau se rebelle

Orpheline de ports, angoissée dans la mousse

Qui comme un cancer invertébré me scie les genoux.

Tu ris, pitoyable impitoyable, et tu prétends flotter.

La quille des bruits se fracasse contre notre solitude.

Miguel Angel Real

passage

elle porte un casque bleu-pâle

d’où s’échappent de longs cheveux blonds

l’adolescente

elle roule tête baissée

très concentrée

à lente allure

sur son scooter

aux petites roues

sous les grands arbres

de la grand’route

qui borde la mer

comme si elle laissait en elle

se continuer un rêve.

 

Marceau Vasseur

Le fatras du rat

Quand je fais un fatras

Je suis fait comme un rat

Quand je fais un fatras

Patati patatras

le bourdon des matras

Et le cri des aras

me coupent tout au ras

Des paroles le ras

Draps d’abracadabra

Quoi donc m’inspirera

Est-ce un cobra sans bras

ou un chat angora

quand je fais un fatras.

Marceau Vasseur

Vous me le copierez 50 fois…

Je suis près de toi

Je suis prés de toi

Je suis preux de toi

Je suis proue de toi

Je suis pieux de toi

Je suis poreux parfois

Je suis prêt de toi

Je suis prompt de toi

Je soupirais de toi

10 Je soupe près de toi

Je sourds près de toi

Je suivrai tout de toi

Je suivre toi

Je suis ivre de toi

Suie de toi

Feu fou de toi

Je me perds de toi

Je suis près de toi je disais

Je suis après toi

20 Parfois je suis âpre de toi

Je suis prié de toi

Je suis pris de toi

Je suis peu ou prou toi

Je suis prompt de toi

Je suis promis de toi

Je suis prolixe de toi

Je suis projet de toi

Mais il faut le réécrire je suis près de toi

Je suis prêche de toi

30 Précisément

Je suis précoce de toi

Je suis prime de toi

Je suis prisé de toi

Je suis épris bien sûr

Je suis épi de toi

Je supplie de toi

Je soupire de toi

Jeux de toi

J’ai appris de toi

40 J’ai surpris de toi

J’ai pris de toi

J’ai précis de toi

Je précise de toi

Je prémisse de toi

Je prémices de toi

Je prône de toi

Je prime de toi

Je suis près prêt

Près preux proue

50 Je suis toi

Miguel Angel Real