Ombres mortes 1

lueurs voilées, ce sein à la rondeur de nuit,
la chambre amère
dans la senteur des fleurs fanées,
des ombres froides fuient les champs;
tombent les cendres noircies du jour
sur ta peau de neige

JMM

Sans titre

S’assemblent des chevaux rouges et bleus

il neige sur le miroir

le fleuve ancien

t’invente

 

s’épuisent

les ors du temps

sur les marges de nos êtres

avant les jours d’épiphanies

 

PM

APPEL DU VORTEX

Libérez-moi des vieux démons du passé
Des griffes de plomb tendues entre les toiles
Des mâchoires de serpent
Béantes sous les voûtes
Les fantômes de mon origine
Sont jetés sur l’échine de la bête
Qui me porte
Nous ne sommes que des enveloppes molles
Tissées d’apparences et d’illusions
Pour voir le reflet de notre être profond
La mer n’est qu’un miroir insuffisant
Nous attendons de belles extases du futur
Le plus abyssal
O carcasse rudimentaire !
La lune est ta mère
Le soleil ton roi
Ton sang est l’eau des terres…
Et l’œil posé
Sur toi
Comme un oiseau de lumière !

YM

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IMPRESSION

Le jour se déploie sur la corolle du sens et l’excite
Papillon fécondant, d’où l’envol et le mordant du vers à la fin du songe !
L’impression foudroie et le fond du calice livre son suc visqueux
Les effluves du bourbier entre dans notre hutte
Et la raison change le banal en folie
Poème qui jamais ne finit
La quintessence même de la littérature s’extrait du blanc des mots
D’où sourd le sens et ses progénitures

Silène

POEMES SANS TITRE

La verdure n’empêche pas le cri des unanimes
Un long couloir de plaintes bordé d’arbres
Une apoplexie lente puis la fin de l’ombre
La bise des moulins à vent fragmentant
Les nuages vélo roulant vers la digue
Gutturaux les jappements nous rappellent

Thierry

 

Il faut faire des dessins avec l’arrosoir
Marquer son territoire bien le positionner
Les limites des reflets emplissent la cour
De ça et là quelques oasis des broutilles
Cela suffit pour les derviches tourneurs
Se faire regarder puis caresser est difficile
La rotation permet l’emballage
Relâcher la momie le temps des sarcophages
Est vain les traces d’humidité nous amènent au rouge
Regarde le pissenlit écrasé
Pare toi de plumes d’oiseau
Vocifère en cercle
Thierry

 

 

RONDEL

Plus rêver qu’écrire
me convient souvent
dans l’atermoiement
des mots à venir
Qu’en pense le vent
pour qui je soupire
Plus rêver qu’écrire
me convient souvent
Qu’elle est forte l’ire
de perdre mon temps
à vouloir redire
sans plus en finir
Plus rêver qu’écrire.
Poèmes disparates – Marceau Vasseur

Avianca

jet
Le
Dans ce cylindre tapissé d’un bleu discret
Où se révèlent les motifs du Tequendama
passe l’hôtesse brune à ruana rouge dans l’allée centrale
les passagers rentrent et s’assoient
la sourdine d’une trompette
le relais feutré d’un saxophone
les accords frais des parfums
ventilés par les battements des ruanas rouges
le papillon frivole d’une flûte
les cillements sur les yeux bruns
l’enveloppement d’une voix angélique
qui nous recommande en plusieurs langues
de boucler nos ceinturons
nous rassurent
nous assurent
sur un siège vers le fond
il y a une jeune fille c’est Juliette
que les lois de la physique
ont été
aussi bien étudiées
qu’exploitées.
Poèmes disparates – Marceau Vasseur

Ljubavi

 

Ljubavi
Elle est de celles que craignent les Lions.
Sur son dos, trois suffisantes raisons,
Qui sombrent et soufflent, qu’elle souffre en secret,
Savoirs lisibles, quoique muets !

Ljubavi…
Comme une évidence qui trébuche en foi,
Sur tes joues coulent mes doigts.

Elles est de ces rires hystériques,
qui couvrent parfois – un rien mélancolique –
Des affronts qu’elle absout ( en rêves ! )
Puis s’étrangle d’un réel sans trêve.

Ljubavi… Allonge-toi.
Deux nuages s’émiettent,
Sur le sable, en mes pieds,
Sous tes doigts et l’acier.

Elle est féroce cependant cette louve,
Sauvage qui n’attend pas qu’on l’approuve.
Amalgames, intérêts et faux-semblants :
Un peu de sel, et vous voilà sous sa dent !

Ljubavi… Respire.
Sur le quai des ailleurs que tu m’inspires,
S’enlacent nos avenirs.

Cette sentinelle saisit, sans cesse et sans détours,
Les désirs du monde, les luttes intestines autour.
Soldat imbattable qui souvent se rassure,
Saute dans les ronces pour vérifier son armure.

Ljubavi… Sans toi ?
Deux brindilles bavardent,
Deux Aiguilles amnésiques
Qui, de bouches en crâne se baladent
Et me bousillent.

Sans toi s’ouvre la traque aux horreurs : des erreurs !
Des courages temporaires, des luttes solitaires !
Des bouts de toi en bouteille…

Toi qui ne peut déguiser l’horreur,
Toi qui ne repose jamais, de peur
Que tu ne t’oublies, parmi
Ces pleurs que tu veux à ta merci…

Éteins tes yeux Ana.
Éteins tes yeux sur mes genoux,
Ljubavi Moja.

T.E.

Zippo

Ici, le parfum des colosses s’étend sur des zones éteintes, ce qu’ils furent,
ce qu’ils sont chacun, désormais :
une constellation d’incohérences et un pantin en balance.

Sous un manteau d’excuses et de paresses, ce singe sans poils et sans public tangue
de secondes en souvenirs, meurtri dans une toile de dignités.
Il parle avec ses regrets, joue avec hier, pourchasse cet étrange souvenir,
qui sur chaque ombre forge un sourire.

« Je griffe le temps, parle pour parader cette invaincue des réalités, ma peur: sa
légèreté !»

Sous ces colères en suspens s’opère la violence secrète d’un jeu de mémoires
et de solitudes, de pensées parallèles qui se rejoignent en un mot.
Et ce mot est un mystère.

« Des larmes comme des rasoirs, des émotions archivées,
Mille volts de rage qui fondent sur ta bouche.
Quelque part, une araignée se promène sur un collier de souvenirs…»

Il n’y a plus de deuils ordinaires, d’adieux intègres, ou de lâches espoirs.

« un secret, tout simple, est déposé sur de l’or plaqué,
à l’abri des coups de cœur calculés.»

Seul subsiste ce mystère, l’absence.

T.E.