VERS UN AUTRE RENDEZ-VOUS DANS CE CAFÉ

Creux.

Une photographie

sur l’écran du portable

te rend un portrait que tu ne veux pas.

Tes tempes en raccourci.

Un blanc qu’importe peu

assorti avec le reflet

d’une flaque qui éclaire

ton manteau sans rien demander.

Ceux qui ne sont plus là.

Des voix dans le café

nous imposent une tristesse de dentelles

une imagination de cercueils

que nous couvrons avec d’autres voix

avec nos mains

avec les yeux qui se laissent aller

par une quelconque inertie qui

malgré tout

nous rend incomplets.

Absences.

Vigueur de routines

dans les spores du temps qui passe

en se laissant voir presque

dans un froid qui aujourd’hui remonte

le long de tes chevilles

-tu auras beau dire-.

Lumières de maisons rouges

derrière les vitres que la buée

et l’impatience de ceux qui demandent une table

estompe et apaise,

nous exigeant le calme.

Les silhouettes des disparus

s’accommodent dans des niches suaves

que tu modèles avec l’iris de tes dents

les tapissant à l’envi

même si tu soupires sur tes pas

de gravité forcée.

Se reposent

dans les cernes et dans l’éclat

convexe de la théière

les nostalgies déformées et exactes

de notre nouveau rendez-vous.

 

Miguel Ángel Real

 

GERARD CAMOIN – Trois poèmes

De sel et de sucre

Le sel naît de la mer

Fleur des cueilleurs de ciel

Et des pêcheurs d’étoiles

Le sucre s’y noie et meurt

Comme la bonté

Des âmes naufragées

Le sel creuse des vagues

Au visage saumuré

Des hommes de tempête

Le sucre blanchit les yeux

Des femmes meurtries

Par des sanglots de pluie

Le sel raconte la voile

Quand le café des marins

Tourne dans la tasse

Le sucre y plonge et disparaît

Tel un cri au silence

Quand la mer est souffrance

Le sel donne la vie

Et baptême des dieux

Aux enfants d’océan

Le sucre prend la mort des vieux

S’éteignant près de l’âtre

Au noir chevet douceâtre


J’irai jusqu’à l’Enfer

J’irai jusqu’à l’Enfer leur dire des poèmes

Puis,

Je mourrai enfin

Tout au bout de la terre

Dans le calme néant

Qu’on nomme paradis

L’œuvre de toute vie

N’est qu’un brouillon opaque

Fait de moments enfuis

Avant de les comprendre

De sentiers sinueux qu’on n’aurait pas dû prendre

De chemins incertains

Qu’on croit avoir choisis

De nos Danses de Pluie

Les deux pieds dans les flaques

Nous restent les parfums de fugueuses amantes

Et de femmes amies

Au creux du cœur enfouis

Le rire d’un enfant…

Ou le regard d’un chien…

Jamais ces deux ne mentent

J’irai jusqu’à l’Enfer leur dire des poèmes

Puis,

Je mourrai peut-être

Dans le flot, oublié

J’écrirai le mot « fin »…

Et vogue la galère !…

Laissant aux vivants les profonds d’Ys de la terre

Pour n’être qu’une vague

Plus que cendre et fumée

J’irai jusqu’à l’Enfer leur dire que je t’aime


Le Malamock

Matins au Malamock

Marins en rouille-froc

Ils y boivent leur verre

Leur café ou leur bière

Marins tombés du quai

Aux pieds-marins souqués

Rugueux comme les roches

Les deux poings dans les poches

Ils battent le comptoir

Du clairet jusqu’au soir

Désarmés de la pêche

Cœur lourd et gorge sèche

Ils ont pour nom Gouët

Greyssom ou Le Louët1

Marins de tour du monde

Des Îles de la Sonde

Ils parlent des trésors

Et de la mer des morts

Très peu… D’un bout de lèvre

Pour mieux cacher la fièvre

Qu’allume en coin de rue

Le nom d’un disparu

Ils parlent de la voile

Quand ils suivaient l’étoile

Qu’ils hissaient le grand foc

Au large du Maroc

Ils ont l’air de pirates

Du sein des îles plates

Marsouins en bout de mât

Retraités du combat

Déquillés d’Île Longue

Si secrète et oblongue

Tous ces marins taiseux

Nulle part sont chez eux

Les terres sont leur cage

Et leurs morts sur la plage

Revivent dans leur bock

Au ciel du Malamock

Ces marins de Bretagne

Durs comme la montagne

De cœur celte ou anglais

De masure ou palais

De barque ou de navire

Ont le chant et le rire

La chanson du regret

En partage secret

Parfois, il leur arrive

De brailler en dérive

Par les rues et le dock

Le chant du Malamock

1 Toute ressemblance avec des noms de personnes existantes ou ayant existées serait purement fortuite : Gouët et Le Louët sont inspirés des noms de rivières bretonnes. Greyssom est inspiré de celui d’un personnage de série audiovisuelle.


Gérard Camoin

Photographie Gérard Laurent ©

Biographie

L’auteur a été acteur et comédien-marionnettiste (L’Ile aux Enfants, Le Village dans les nuages, Les Visiteurs du mercredi, Les Guignols, Les Arènes de l’info, Le Bébête show…), scénariste-dialoguiste, auteur dramatique, parolier, puis éditeur et bibliothécaire.

Au début des années 2000, ses textes poétiques et ses poèmes commencent à être étudiés aux États-Unis en université (Clark University – MA), puis dans l’enseignement secondaire français.

Publié jusqu’à présent dans des revues, « Fenêtre sur la baie » et « Les Ombres des andrones » sont ses premiers recueils édités.

Bibliographie

THEÂTRE

« Le Château » d’après Kafka

Adaptation théâtrale / coauteur et metteur en scène Daniel Mesguich

L’Avant-Scène Théâtre, 1973

« Via Fellini » écriture collective dirigée par Yves Penay

Mise en scène Jean-Louis Terrangle

Théâtre du Ranelagh, 1976

AUDIOVISUEL Scénariste-dialoguiste et parolier

1975 – 1993

« L’Ile aux enfants » TF1 / coauteur Christophe Izard

« Le Village dans les nuages » TF1 / coauteur Christophe Izard

« Les Visiteurs du mercredi » TF1 / coauteur Christophe Izard

« Les Visiteurs de Noël et du Jour de l’an » TF1 / coauteur Christophe Izard

« Gags à gogo » TF1

« Salut les Mickeys » (7 d’Or Meilleure émission pour la jeunesse) TF1

« Les Pieds au mur » TF1

« Salut les baskets» A2

« Zappe ! Zappeur » Calipa / A2

« La Lucarne d’Amilcar » DIC Productions / RTL Télévision et M6

« Knock-knock »

Méthode bilingue Jeannine Manuel

œuvre livresque et audiovisuelle / coauteur Dominique Richard

Nathan, 1990 Cinétévé et A2

PAROLIER

Pour Garcimore :

« C’est écrit sur la casquette » musique Dominique Laurent

« Mon hélicon » musique Dominique Laurent

Disque Carrère, 1980

POÉSIE ET RECITS

« Fenêtre sur la baie » – (Poèmes-récits)

Avec 15 résonances iconographiques de Fanch Moal

Préface de Mike Spingler

Les 2 Encres, 2014 – collection encres libres

« Les Ombres des andrones » – (Poèmes-récits)

Avec 8 résonances iconographiques de Bernard Thomas-Roudeix

Préface de Christophe Izard / Postface de Jean-Yves Griette

Édilivre, 2016