Traductions – Ana Lamela

Estaríais más contentos si me tapase con una manta gruesa,
si apagase la luz de mi cuerpo, si cerrase mi casa con ciento
cincuenta cerrojos y diese vueltas y vueltas a las llaves.
Pero yo insisto, os llamo y abro mi blusa, os enseño mis pechos,
mis toros, irritados de tanto dolor, os enseño el fondo de mis ojos,
el ventrículo más cansado de mi corazón, os enseño mi sexo,
como los erizos que salen al mundo.
Soy la exhibicionista de volcanes en erupción, de los huracanes
más sensibles, de guerras que no están lejos y os dan miedo, lo sé.
Soy la aspersora de sonrisas, de gestos inmensos, esa materia
que atrae zonas invisibles de vuestros cuerpos y otras pequeñas piedras.
Es peligroso cruzarse conmigo, lo entiendo, estaríais más tranquilas
si no existiera.

Vous seriez plus heureux si je me couvrais d’une épaisse couverture,
si j’éteignais la lumière de mon corps, si je fermais ma maison
avec cent cinquante serrures et que je tournais les clés dans tous les sens.
Mais j’insiste, je vous appelle et j’ouvre mon chemisier, je vous montre mes seins,
mes taureaux, irrités par tant de douleur, je vous montre le fond de mes yeux,
le ventricule le plus fatigué de mon coeur, je vous montre mon sexe,
comme les hérissons qui sortent dans le monde.
Je suis l’exhibitionniste des volcans en éruption, des ouragans
les plus sensibles, des guerres qui ne sont pas loin et qui vous effraient, je le sais.
Je suis celle qui répand les sourires, les gestes immenses, cette matière
qui attire les zones invisibles de vos corps et autres petites pierres.
C’est dangereux de me croiser, je comprends, vous seriez moins inquiètes
si je n’existais pas.

(De “La exhibicionista”, Ed. Gravitaciones, 2021)

***

SEXO MÍO

Con mis manos y ramas llenas de brotes y frutos
estoy construyendo una cama tan grande
que no quepa en ninguna habitación del mundo.
Con restos de portones y espejos, un cabecero de hierro
para agarrarme cuando os sienta entrarme despacio.
Inventaré un grito de animal salvaje
que retumbe en el bosque
y en toda la ciudad,
un grito que haga enrojecer la atmósfera y las cuerdas vocales.
Lo demás vendrá por añadidura:

Una catarata.
Un rayo de luz.

 

Avec mes mains et mes branches pleines de bourgeons et de fruits
je fabrique un lit si grand
qu’il ne rentrera dans aucune pièce du monde.
Avec des bouts de portes et de miroirs, une tête de lit en fer
à laquelle m’accrocher quand je sentirai que vous entrez en moi lentement.
J’inventerai un cri d’animal sauvage
qui résonnera dans la forêt
et dans toute la ville,
un cri qui fera rougir l’atmosphère et les cordes vocales.
Le reste suivra :

Une chute d’eau.
Un rayon de lumière.

(Poème inédit)

***

SABES desde hace tiempo que tu madre no existe.
La ves,
la miras de reojo,
te remueves en la silla,
te duele la cabeza
y su cuerpo te recuerda a su cuerpo
pero ella es otra.
Esa mujer ya no se mueve como tu madre.
Esa mujer ya no te abraza como tu madre.
Ya no es.
Tu madre no existe.
No. Ni la casa.
Tu madre no existe.
No. Ni la arena entre las manos.
Tu madre no existe.
No. Ni los camisones blancos.
Tu madre no existe.
No. Ni las corrientes de aire.

Tu sais depuis longtemps que ta mère n’existe pas.
Tu la vois,
tu la regardes du coin de l’œil,
tu remues sur ta chaise,
ta tête te fait mal
et son corps te rappelle son corps
mais elle est une autre.
Cette femme ne bouge plus comme ta mère.
Cette femme ne t’étreint plus comme ta mère.
Elle n’est plus.
Ta mère n’existe pas.
Non. La maison non plus.
Ta mère n’existe pas.
Non. Ni le sable entre ses mains.
Ta mère n’existe pas.
Non. Ni les chemises de nuit blanches.
Ta mère n’existe pas.
Non. Ni les courants d’air.

(De “La otra”, Piediciones 2019)

Traduction: Miguel Ángel Real

 

Ana Lamela Rey est philologue, conteuse, écrivaine, poète, collaboratrice de programmes littéraires, gestionnaire culturelle et musicienne. Elle a animé des clubs de lecture et des ateliers d’écriture dans les bibliothèques de Gijón, des librairies et certains bars et cafés des Asturies.
Elle organise (depuis 2013) des activités de promotion de la lecture pour les enfants et les familles avec bébés dans le cadre du programme d’ateliers pour enfants Vamos ! à La Laboral (Gijón) et participe également à l’organisation et à l’animation des ateliers scolaires de La Laboral pour les écoles et collèges de l’ensemble des Asturies dans la section Littérature.
Elle a animé des ateliers pour les femmes âgées dans les zones rurales des Asturies dans le cadre du programme « Tiempo Propio ».
Et des ateliers d’écriture créative, des clubs de lecture et des ateliers de contes pour les adolescents et les jeunes avec l’association Abierto Hasta el Amanecer depuis 2018.

Publications:

Zebra (livre d’artiste, photos Tino Fernández, illustrations Laura Fernández Blanco)
La Exhibicionista (CGP Ediciones, 2014; version augmentée: Gravitaciones, 2021)
La Estrella Nigeria y otros cuentos sobre adopción (Suburbia Ediciones y Asturadop, 2015), contes pour enfants
La otra (Piediciones, 2019)
-El Cuaderno del Silencio (Ed. Heracles y nosotros, nº 24, 2019), avec d’autres poètes. Publié et écrit en galicien, asturien et espagnol .

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