Charles Delaunay

Se perdre

J’aime me perdre
Prendre la grande route
Marcher, croiser ceux et celles
Qui vont et reviennent du marché.
Bifurquer, partir sur une piste.
Laquelle ? Peu importe.

Descendre peu à peu quitter la ville.
Suivre un chemin,
dans les bananeraies.
Avancer sur un autre,
dans les eucalyptus odorants.
Non, je ne suis pas perdu :
en bas les rizières.

Toujours cette vallée verte
Les mêmes scènes de travaux des champs.
Une piste ocre traverse cette vallée
Et s’en va serpentant sur la colline en face.
Au loin un troupeau de vaches bien gardé.

Il fait bon;
soleil et légère brise.
Sis à l’ombre du hangar de la coopérative de riz,
je pose ses quelques mots.
je me sens calme
loin de l’agitation urbaine.

 

Pas à pas

Ils gravissent les collines
Leur charge d’eau
Sur la tête posée.
Pas à pas,
Le souffle haletant
Le cœur battant la chamade.
Pas à pas,
Lentement et sûrement
Ils remontent inlassablement:
Mais quand est-ce que l’eau
s’écoulera au sommet
Et cessera de se perdre dans de
trop lointaines vallées ?
Pas à pas,
L’eau à la maison ramènera.
Alors, seulement enfin assis,

La gorgée d’eau s’écoulera dans le corps fatigué.

 

Ainsi vont mes pieds

Ne me demandez plus vers où je vais,
C’est évidemment vers la vallée.
Pas à pas,
Parfois à grandes enjambées
Mes pas m’ont emmené découvrir le monde.
Pas à pas
Ancrés dans la terre
Prisonniers de leurs chaussures protectrices
Ils ont avancé et encore avancé.
A l’aveugle ils avancent
Sans relâche et sans arrêt
Heure après heure, en silence.
Pas à pas
Un pied après l’autre
Sur les sentiers, sur les routes
de France et d’ailleurs.
Alors un soir d’hiver,
Usés et fatigués
Deux pieds sous terre se reposeront
Pour l’éternité…

   Charles Delaunay est né en 1959 au Rwanda. Éducateur spécialisé de formation, après un début de carrière en région parisienne, il a travaillé à Quimper pendant de longues années à la Sauvegarde de l’enfance et de l’adolescence du Finistère. Militant associatif, c’est tout naturellement qu’il s’engage dans une action de solidarité quand survient le génocide au Rwanda en avril 1994. En 2014, lors d’un voyage de trois mois dans ce pays, il écrit Retour au pays natal d’où sont extraits ces trois poèmes. Il est aussi l’auteur d’un récit, Voyage dans les Cévennes sans mon âne.

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