Verbe en joie, gerbe de voix – Daniel Malbranque

A propos du recueil « Horizons intérieurs » de Jean-Jacques Brouard

Voici, ô voici que vient de paraître un tout petit livre… de grande envergure : Horizons intérieurs suivi de Algarades, publiés chez Sémaphore ! Son auteur : Jean-Jacques Brouard, âme et animateur du site de poésie Oupoli (avec Miguel Ángel Real, ami et préfacier dudit ouvrage).

Grande envergure disais-je ! Et grande aventure ! Le périple projeté par l’auteur, en effet, se vit comme un voyage initiatique, dixit son préfacier, entre un univers personnel et une envie permanente de visions lointaines. Et c’est réussi. Dès les premiers vers, on embarque et ça tangue et ça gîte. À l’assaut du fort intérieur d’où choient, par les mâchicoulis, des vertiges de songes merveilleusement suggérés. Ou bien voguant au grand large de l’imagination, balayé par la houle des révélations d’Orphée. Surréalisme retardataire, diront certains, mais surréalisme immarcescible, toujours renouvelé, qui permet d’invoquer à la fois les voix du magma intime et la vox caeli en sa mystérieuse éternité. Vibre la corde entre l’astre et nous … c’est le chant du mystère … Écoutons le murmure des trous du cosmos déclame -t-il de sa voix prophétique et visionnaire. Peu de textes nécessitent relecture. Ceux de Brouard, eux , l’imposent. Non pas pour en mieux comprendre la délicieuse moelle mais plutôt pour s’en laisser griser car le bougre sait nous inoculer à merveille son opium de poésie. Et l’on y revient comme le gourmand qui se ressert en fermant les yeux de plaisir.

Oui ! Gast ar c’hast ! Le Verbe de Brouard est joie. Il est fils du Grand Zef. Celui qui emporte l’esprit dans un long tourbillon d’émerveillement et qui se fait palpitant dans la sphère d’écriture. La fougueuse laisse que nous propose Yann depuis Kemper et ses terres à la limite du visible nous entraîne avec exubérance saine dans la [belle] forêt des mythes. Mais loin des références pesantes et ankylosées, son texte ravigote l’âme des légendes. Il y a du Graal en horizon chez lui. Je dirais même du Grall tant le souffle qu’il met à plonger dans le tréfonds du tréfonds me fait penser parfois aux sônes du pétrel de Botzulan. S’il y a des références à commettre encore, on ajoutera celle d’un marseillais qui devint pays puisqu’il s’établit à Roskañvel puis Kameled : Saint-Pol-Roux le magnifique qui chanta ainsi sa terre d’adoption : Voilà quelle est la race aux grands yeux de mystère / Aussi nombreuse et pure que l’oiseau dans l’air, / Un gâs breton sur chaque motte de la Terre, / Un gâs breton sur chaque lame de la Mer. Brouard qui en ses Horizons intérieurs se montre à la fois d’ar goat et d’ar mor, par sa virulente générosité envers le vocabulaire fait écho aux envolées de l’oiseau nichant au Manoir de Cœcilian. Je ne ferai pas faute non plus d’oublier comme phare à son œuvre le nom de Blaise Cendrars. Entiché du grand voyageur, Yann, par sa façon de conduire librement son vers, sans en tenir serrées les rênes ( vois comme il a faim le tigre de la liberté, dit-il), rappelle certaines pages passionnées de la Prose du Transsibérien.

Breton, mais aussi d’ailleurs, du Ciel et de la Terre mais aussi de la Mer, Jean-Jacques Brouard, dit Yann, prouve avec ce recueil, s’il en était besoin que la poésie est affaire de passion, dans les deux sens du mot et que sa quête est celle de l’écriture d’avant l’alphabet qui raconte[rait] l’univers. C’est alors que le poète jouit / du verbe final. Oh, gast ar c’hast, est joie la voix de Yann !

Daniel Malbranque
   Daniel Malbranque est né en 1953, à Brest. Études de lettres et philosophie abandonnées au profit de l’errance. Dix années d’itinérance (Espagne, Yougoslavie, Turquie, Iran, Afghanistan); puis quinze ans d’activités radiophoniques au sein d’une radio locale à Ribérac, en Périgord. Entré dans l’administration, il finit par s’installer au pays de Cyrano. Créateur en 1969 du défunt Club de la Poésie, puis rédacteur de la revue anarcho-Dada Toalette (1971-1972). Présent dans de nombreuses revues : Digor, Vorace, Le Vice et la vertu, Les Voleurs de Feu, Friches, Le club des Hydropathes, La lettre des Poètes du Berry, Le Journal à Sajat, Instinct Nomade et dans les anthologies : L’Auberge espagnole (2011), Les Souffleurs de vers (2013), Le Florilège du centième (2015), Florilège des Poètes en Bergeracois (2016), Dossiers d’Aquitaine (2016, 2017, 2018, 2019 et 2020). En 2018, il a créé la revue de littérature La Vie Multiple. Il est membre du comité de rédaction de la revue Instinct Nomade. Nominé au prix Troubadours 2020.
Publications récentes : Des nuits de l’outre soi & de certains jours renaissants, Anthologie personnelle 1973-2018, éditions Germes de barbarie (2019) – Cette voile sobre qui cingle suivi de Cordes cuivres et vents (2017), éd. Thierry Sajat – Comme un reflet sur l’au-delà suivi de quelques Eaux-Fortes (2015), éd. Thierry Sajat – une autobiographie aux éditions Germes de barbarie : tome I, Aller voir ailleurs (2020); tome II, La Perte des rêves, (2022).

Pour commander « Horizons intérieurs »…

  • courrier aux éditions Sémaphore – Maison de la Poésie du Pays de Quimperlé – BP 37, 2 quai Surcouf 29300  – 29300 Quimperlé
  • mail à l’auteur : kynosos8@gmail.com (16 € frais de port inclus)
Photographie : Forêt d’Huelgoat – Jean-Jacques Brouard

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