
Illustration : Mir Nezan (détail)
toute écriture est dévotion
répètes-tu dans des cathédrales de vent
tu ne crois ni au pain des cloches
ni aux racines sauvages des livres interdits
seules te fascinent la parade aux frontières
la pauvreté du cuivre et les campagnes défaites
au souffle du charbon
toute écriture est déchirure
regrettes-tu dans tes vers
à l’écart des ruches fécondes et des territoires sans faim
tu crois en la typographie des cicatrices humides
et en la syntaxe des ferments fertiles
nichés sous les cryptes des prisons
toute écriture est revers du langage
te lamentes-tu accoudé au vide
tu égraines dans la brisure de ton sommeil
le chapelet indécis des peuples traqués
alors deviens donc épine puis couronne
et retourne sans regret aux confins des atolls
****
tu es un troubadour égaré
dans un chaos de menaces
t’interrogeant sur le bataillon
des souvenirs qui t’assiègent
elles conspirent à ta perte
ces lances et ces pointes de silex
notes graves d’une musique noire
que tu veux oublier
des guerriers acharnés
aux yeux de sang et aux cuirasses d’ébène
tentent de te soumettre au fer
au feu et aux morsures acides du temps
dans leur obscène promiscuité
dans la forêt des signes
dans l’océan de sable rouge qu’ils peuplent
tu lis la signature du silence
et les griffures des âges perdus
mais tu sais parvenir malgré eux
par-delà les galaxies sans joie et les planètes moribondes
à la dimension ultime où fleurit
la bienveillante accolade des mots
et le sourire éternel de la poésie
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ton monde est plein de fantômes
souffles de plaintes cambrées
griffes de lumière sur des chemins froissés
ton monde est plein de fantômes
au nord tu suintes le clos
tu respires à l’ouest le naufrage
au sud tu distilles l’invivable
et t’enivres à l’est de poudre de linceul
ton monde est plein de fantômes
sans lumière ni oratoires dédiés
pourquoi saignes-tu encore
toutes artères désertées
victime de torsions imméritées
sans espoir d’un lointain brasillement
ni de naïves légendes à toi consacrées
ton monde est plein de fantômes
leurs grimaces se lisent aussi
sur les visages scarifiés
des enfants que tu n’as pas adoptés
PRÉSENTATION :
Hispaniste de formation et enseignant par vocation, Jean-Paul Morro cultive la poésie dans le secret de son grenier. Il vit entre le Tarn, dans le pays dit de Cocagne précisément, et l’Hérault où il participe depuis longtemps au festival de poésie Voix vives en Méditerranée à Sète.
Ses influences vont de Pablo Neruda à Yves Bonnefoy et de Raymond Carver à Paul Valet, de René-GuyCadou à Joë Bousquet et de Cédric Demangeot à Serge Pey.
Il anime depuis sept ans un atelier d’écriture créative dans le petit village de Labastide-Saint-Georges dans le cadre d’une association culturelle très active.
BIBLIOGRAPHIE :
Mon enfance à Oran, autobiographie
La cour de la Soif, roman jeunesse,
Les Chacals n’ont pas de cœur, nouvelles
Les poètes de Labastide-Saint-Georges, revue du Tarn
Poèmes publiés dans les revues Poétiquetac, Poésie/Première et Francopolis.
Le murmure feutré des étoiles filantes, recueil de poèmes en recherche d’éditeur.