Poèmes de Mar de Varna, Baile del Sol, 2021
Traduction de Miguel Ángel Real
El puente y la sal
Miro mis pies descalzos.
Mientras, todo
se asemeja a un puente con forma de cisne
que reposa tranquilo sobre la sal
de un mar antiguo, muerto junto con nuestros muertos.
Es elegante, no se hunde
y nos hace pensar que el mar sigue ahí
cantando varias canciones de cuna
en las que el cisne se mece y acicala
sustraído a la gravedad y al cieno
esperando la hora de dormir
y despertar.
Todos miramos el puente
y no osamos cruzar el lecho salino y seco
por temor a olvidar el agua.
Por temor a mojarnos los pies en el recuerdo del agua.
Le pont et le sel
Je regarde mes pieds nus.
Entre temps, tout
ressemble à un pont en forme de cygne
qui repose tranquille sur le sel
d'une mer ancienne, mort avec nos morts.
Il est élégant, ne sombre pas
et nous fait penser que la mer est toujours là
à chanter plusieurs berceuses
où le cygne se balance et se pomponne
se dérobant à la gravité et à la vase
en attendant l'heure d'aller dormir
pour se réveiller.
Nous regardons tous le pont
et n'osons pas traverser son lit salin et sec
de crainte d'oublier l'eau.
De crainte d'avoir les pieds mouillés par le souvenir de l'eau.
***
Aves
Hay poemas de estorninos
en los que las palabras repican
al son de imágenes imprevisibles,
cuyo simple trazo hace del instante
un descubrimiento.
Poemas de vencejos
en los que una palabra, entre muchas,
nos trepa por la corteza,
aunque no sepa volar.
Poemas que son bandada
de aves temerosas,
símiles gregarios,
de los que migran cuando el frío acecha.
Oiseaux
Il y a des poèmes d'étourneaux
où les mots battent
au son d'images imprévisibles,
dont le simple trait fait de l'instant
une découverte.
Des poèmes de martinets
où un mot, parmi tant d'autres,
grimpe sur notre écorce,
même s'il ne sait pas voler.
Des poèmes qui sont une volée
d'oiseaux craintifs,
des grégaires, des semblables,
de ceux qui migrent quand le froid guette.
***
Romper el perdón
Hay que romper el vínculo con la piedra,
desbrozar los huesos macilentos de hiedra y tierra roja,
quebrar los carámbanos que brillan, tan bellos,
tan afilados.
Hay que lavar el pelo con miel y espuma de mar
arrancar las costras de esperanza hechas pan endurecido
para que los cuervos no puedan decir que ni somos dulces
ni salados.
Hay que responderle a uno mismo que no soy, ni existo.
Olvidarse en lo cálido de entre tanta pregunta de luz y frío.
Aspirar a ser algo menos previsibles, nada dolientes,
indemnes.
Briser le pardon
Il faut rompre le lien avec la pierre,
débroussailler le lierre et la terre rouge des os émaciés,
briser les stalactites glacées qui brillent, si belles,
si aiguisées.
Il faut laver ses cheveux avec du miel et de l'écume de mer
arracher les croûtes d'espoir devenues pain rassis
pour que les corbeaux ne puissent pas dire que nous ne sommes ni sucrés
ni salés.
Il faut se répondre à soi-même que je ne suis ni n'existe.
S'oublier dans la chaleur parmi tant de questions de lumière et de froid.
Aspirer à être un peu moins prévisibles, pas du tout plaintifs,
indemnes.
***
Álvaro Hernando Freile est instituteur, journaliste et anthropologue. Il a publié les ouvrages suivants: En poésie : Mantras para bailar, Ex-Clavo (également traduit en portugais), Chicago Express (édition bilingue, anglais-espagnol), Mar de Varna (également traduit en italien) et Trasbordos. En prose narrative: Cuentos@, Jorge nació en lunes (Prix Arturo Soria 1988), entre autres publications. Dans le domaine théâtral: Espacio, La venta. Lauréat du prix «Poesía en Abril» 2018, du Chicago Poetry Festival. Fondateur et directeur du Festival International de Poésie de Madrid, im(P)rescindibles. Coordinateur de la collection de poésie de la maison d’édition Baile del Sol depuis 2022. Père de Teo.

