Poèmes de Ereignis, Fundación José Manuel Lara, 2026
Traduction de Miguel Ángel Real
TACENS LOQUOR
Una palabra no puede dar cuenta del abismo
del que proviene.
Tampoco ser idéntica
a quien la ha pronunciado.
Hay, pues, soledades necesarias.
Halla cada palabra su medida de hondura
en cuánto es el silencio
que la gesta.
TACENS LOQUOR
Un mot ne peut rendre compte de l’abîme
dont il est issu.
Il ne peut non plus être identique
à celui qui l’a prononcé.
Il y a donc des solitudes nécessaires.
Chaque mot trouve la mesure de sa profondeur
dans la somme de silence
qui le façonne.
***
SIMBOLOS
Si perdiéramos el hilo racional
que cose metonimias y metáforas
—la razón juguetona, la razón costurera—,
¿de que hablarían los textos?
La uva eterna, imperforada, sus ojos múltiples
derramados al día, barbacana impaciente, cocción
del sueño que bucea, continencia
bellisima de los aljibes y de ilativas pléyades.
¿Lo entendemos?
Y aun así, deseamos lo otro, lo intocado.
Que por la grieta de la razón se infiltre
salivada, lasciva,
la lengua del misterio
(siempre la salvación viene de fuera).
Porque vemos su forma, su extensión,
mas tenemos de antiguo la sospecha
de que se guardan algo:
lo esencial.
Porque todas las cosas meditan en su fondo
una lumbre.
SYMBOLES
Si nous perdions le fil rationnel
qui coud les métonymies et les métaphores
-la raison joueuse, la raison couturière-
de quoi parleraient les textes?
Le raisin éternel, non perforé, ses yeux multiples
renversés vers le jour, barbacane impatiente, cuisson
du rêve qui plonge, contenu
si beau des citernes et des pléiades conséquentes.
Le comprenons-nous?
Et malgré tout, nous désirons autre chose, ce qui est intact.
Que dans la crevasse de la raison vienne s’infiltrer
couverte de salive, lascive
la langue du mystère
(le salut vient toujours de l’extérieur).
Car nous voyons sa forme, son étendu,
mais depuis longtemps nous soupçonnons
qu’ils cachent quelque chose:
l’essentiel.
Car chaque chose recèle en son for intérieur
une flamme.
***
RAZONES PARA VIVIR / RAZONES PARA MORIR
– El agua que desciende por las hojas, temblando de belleza insumergible.
– El tiempo. Su chisporroteo en mis pestañas. La discusión entre Bergson y Einstein. El tiempo como un fondo que nos nace, nos permite existir y nos segmenta.
– Arrugándose, mis manos. Mis manos caminando hacia las manos de mi abuela.
– Las manos de mi abuela caminando hacia el techo del mundo no alcanzado. ¿Me acaricias el pelo, como entonces?
– La imposibilidad de interpretar.
– La ternura entre niños (cumpleaños, disfraces) imprimando la fotografía.
– ¿Me acaricias el pelo?
– El Retiro en octubre.
– Pájaros como amores que no se van (ni vuelven).
– Sinalefas, metáforas, cadenas. Todo aquello que une.
– Estar sola en mitad de lo que une.
– Esta vida. Esta muerte.
– El sí. El no.
DES RAISONS POUR VIVRE / DES RAISONS POUR MOURIR
– L’eau qui descend sur les feuilles, tremblante de beauté insubmersible.
– Le temps. Son crépitement sur mes cils. La discussion entre Bergson et Einstein. Le temps comme un fond qui nous fait naître, nous permet d’exister et nous segmente.
– Mes mains qui se rident. Mes mains qui marchent vers les mains de ma grand-mère.
– Les mains de ma grand-mère qui marchent vers le toit du monde non atteint. Veux-tu me caresser les cheveux, comme autrefois?
– L’impossibilité d’interpréter.
– La tendresse entre les enfants (anniversaires, déguisements) enduisant la photographie.
– Veux-tu me caresser les cheveux?
– Le parc du Retiro en octobre.
– Des oiseaux comme des amours qui ne s’en vont pas (et qui ne reviennent pas).
– Synalèphes, métaphores, chaînes. Tout ce qui relie.
– Être seule au milieu de ce qui relie.
-Cette vie. Cette mort.
-Le oui. Le non.
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Carmen Palomo Pinel (Madrid, 1980) est professeure de droit romain à l’université San Pablo-CEU à Madrid. Elle concilie ses activités de recherche et d’enseignement avec l’écriture poétique. En tant que poète, elle est l’auteure des recueils Glosas al fuego (2016, I Prix international de poésie Francisco de Aldana), Las costuras del hambre (2019, II Prix Esdrújula), Un silencio habitado (2021, accessit du VIII Prix international de poésie Pilar Fernández Labrador), DIDO (2021, XXXII Prix national de poésie José Hierro), Madre de cenizas (2022, I Prix Gravitaciones), En tu espalda el desierto (2023, XLI Prix Leonor de poésie), Ser mirada (2024, Prix Ciutat de València-Juan Gil-Albert) et Ramas de mirto en la ciudad eterna (2024, accessit du Prix Jaime Gil de Biedma; Prix Ciudad de Churriana et Prix de la critique de Madrid 2025). Des extraits de son œuvre sont publiés dans diverses revues et anthologies.

