La poésie comme esprit d’ouverture

Chronique de « VILLES / CIUDADES – Poètes français et argentins d’aujourd’hui », collection Eléphant Blanc, Editions Unicité, 2021

Par Miguel Ángel Real

Né de la rencontre de deux cultures, Villes / Ciudades propose des textes de 32 poètes de France et d’Argentine. Pascal Mora, hispanophone et bon connaisseur de l’Amérique latine, a eu l’idée de ce livre. Il s’agissait de réunir des auteurs argentins et des auteurs français, d’autant plus que l’idée a  germé au sein de l’association Café Poésie de Meaux, à laquelle appartiennent Pascal Mora et Etienne Ruhaud, directeur de la collection Eléphant Blanc, et dont plusieurs de ses membres sont Argentins.

L’ouvrage s’inscrit donc dans cette collection spécifique des éditions Unicité, surgie en mars 2021 d’après une proposition de François Mocaër, et dont le nom évoque un animal à la fois rare et coûteux.

Qu’il s’agisse de poètes amateurs ou d’écrivain(e)s ayant été édités depuis de nombreuses années, les participants ont présenté leurs productions autour du thème commun de la ville, un terrain où se rejoignent toutes sortes d’expériences. La multiplicité de voix et d’approches, les tonalités classiques ou plus contemporaines et les origines diverses des auteurs et autrices nous permettent d’avoir une vision kaléidoscopique sur le thème choisi.

Globalement, on nous montre un monde que l’on s’efforce de démasquer grâce à la poésie. Parfois, il s’agit de décrire un lieu de conflits et d’incompréhension mais aussi d’espoir (las ciudades son la suma de las memorias que detienen y las esperas que guardan – les villes ont l’addition des mémoires qu’elles détiennent et des attentes qu’elles préservent. Osvaldo Burgos). En ce sens, la ville se dresse souvent comme un endroit auquel appartient toute notre existence et dans lequel les souvenirs tissent des paysages très divers. Bien entendu, les villes sont également les témoins de l’histoire et personnalisent notre propre projection vers l’avenir : (nación de naciones, / de lenguas ocultas en el lecho de un río que
sobrevendrá / para convivir con lo infinito – la nation parmi les nations / de langues cachées dans le lit d’un fleuve qui surviendra / pour coexister avec l’infini. Olga Suárez)

ELEPHANT BLANC OUTRE-ATLANTIQUE! « «PAGE PAYSAGE

Paysage amer (mi ciudad es una heroína desgraciada – ma ville est une héroïne malheureuse. Alfredo Luna) ou léger et subtil, comme dans les villes que dépeint Didier Ayres ; décor de grandeur et de misère, comme l’indique Sébastien Souhaité, et scène où s’échafaudent nos rébellions
pour devenir un passage vers la liberté recherchée (escupo un puñado de gritos / en la boca de un mitin callejero – à l’entrée du meeting / je crache une poignée de cris. Sandra Graciela Gudiño), le monde urbain nous est présenté sous tous les angles.

Les poèmes peuvent tous être lus en version bilingue espagnol – français et inversement. Le travail de traduction, réalisé par différents collaborateurs en France et en Argentine, est globalement de bonne tenue malgré quelques imprécisions occasionnelles. L’édition, très soignée, est agrémentée de photographies qui nous rappellent que l’ouvrage veut refléter des horizons très divers, au delà même des villes françaises ou argentines : Berlin, Mykonos, Valparaíso ou Ostende font de
Villes / Ciudades une fenêtre ouverte sur l’universalité de la création car, comme l’indique en dernière de couverture Etienne Ruhaud, « la poésie se partage, par-delà les frontières, les océans » afin d’ établir « une nouvelle correspondance ».

 

Pascal Mora présente le livre ici: (blog littéraire d’Etienne Ruhaud)

 https://pagepaysage.wordpress.com/2021/09/21/villes-ciudades-anthologie-franco-argentine-video-de-presentation-par-pascal-mora-elephant-blanc/

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