Sylvain Jules

Illustration : Mir Nezan (détail)

Éclats d’absence

Tu prélèves une once de réel
déposée sur tes fragments de présence
juste avant que l’émanation du rêve
ne te ramène à la vie poétique

Respiration lumineuse intérieure
Refuge face aux hurlements du monde
Profond sillon creusé
par la contemplation de ce qui semble caché

L’écriture trace révèle restitue
ce que l’on ne peut voir d’emblée
Alchimiste au travail
dans la sève sensorielle du sens et du sonore

Éclaireuse elle ouvre une brèche
dans les broussailles d’un langage asséché
mortifère friche dévitalisée désincarnée
privée de respiration

Tu empruntes alors cette virginale voie oblique
à l’écoute de tes éclats d’absence
disséminés sous la voûte arborée du poétique
Voix mutique pourvoyeuse d’un souffle fertile

 

***

 

Danse cursive

Les mots arbouses gorgés de lumière
myriades de petits soleils grenats envahis de brumes
jonchent ma terre enfance au coeur d’errance
danse cursive au revers de partitions silencieuses

Ils rassemblent mes débris de mémoires rugueuses
papilles ensevelies dans une langue d’emprunt
et composent une mosaïque d’effluves et de sucs
encore suaves au fond de ma gorge sans âge

Résidant de l’informulable densité sensorielle
j’essaie de prélever des accents aux saveurs inconnues
au fond des buissons foisonnants de ma garrigue natale
seuls témoins imaginaires d’un ballet renaissant

J’écoute ainsi s’écouler en moi une pluie de fruits sauvages
éboulis d’un territoire abandonné
en lisière d’une terre acquise à l’insipide oubli
Résisteront toujours les mots arbouses au seuil de tout poème

 

***

Cernes de mon cœur

Les haies de buis ferment leurs paupières vert empire
sur mon microcosme flamboyant ancestrale terre

Et j’entends encore éclore les pierres crayeuses
écrire leurs fières vocalises dans l’herbier de mon enfance
Partitions à l’abandon au pied de clôtures muettes

Je marche un peu plus chaque soir dans ce silence vif
vibration claire qui me guide vers un soleil absent

Et mes maux grondent en moi roulements de timbales
au fond de ma gorge ivre éraillée de cristaux de lunes
Native lueur éternelle source de mon voyage immobile

Je deviendrai seconde écorce autour de mon arbre rescapé
vigie séculaire au centre de ma mémoire
cèdre immense pointé vers mes rêves
à la verticale de mes nuits

L’écriture boisée est ma demeure
chair tendre écharde de garrigue
où se croisent les cris de la nuit et les vents arides
vers l’unique aube de mon cœur

 

***

 

Après une longue exploration dans le domaine musical, c’est vers l’écriture poétique que Sylvain Jules s’engage instinctivement, porté par le souffle inaltérable de l’enfance.

Une nouvelle voie s’ouvre à la lisière du sonore, un travail d’artisan des mots dans la forêt du langage. Le poète retrouve alors un espace de composition qui conjugue la résonance de ses années de musicien avec le chant polysémique de la langue. Les poèmes naissent et se multiplient comme autant de bourgeons dans le ciel de ses réminiscences.

Au printemps de sa vie, il retrouve son profond attachement à la nature et à ses éléments, apaisé, dans le cœur de la poésie.

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