Kévin Balouin – Trois poèmes

Illustration : Mir Nezan

C’est moi l’amertume aux glandes surinales
moi la peau tannée de l’absence
revenu d’un troupeau sans membres
échappé d’un jour où se promènent des principes
qui font les soubresauts de la terre et du ciel

J’écris avec la largeur d’une entaille cosmique
la terre est un encrier sanglant
vermillon des révoltes
rendre hommage à la couleur
quand les hommes terrés sous les dunes de cendres
déplient leurs existences sur une toile noire et blanche

C’est ainsi la guerre que l’homme fait à l’homme
au nom de principes supérieurs

l’aurore bâtie en 3 couleurs
à la va vite
car il est urgence d’accoucher de la vie
de se promettre la vie sauvage
pour abattre les songes lourds
qui appesantissent les pas ailés de nos jeunesses
je ne dirai rien d’autre de plus pur
comme les autres de chaque génération
j’ai ma date de péremption.

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Trop tôt pourquoi est l’ombre
à la hauteur des mollets les herbes me fouettent
un pagne rouge sur la trame triste d’un fromager
comme l’homme qui l’a laissé
hier avant que le soleil ne se couche
resté suivi par le chagrin
et par des enfants loin du foyer vert
s’étouffent des sanglots
et je devine le visage
qui enfouit la peine
dans un verre en plastique
engorgé de rhum blanc

Je ramasse l’oreille arraché d’un chien
de la jungle
l’écoute à la lune qui ne bruisse pas
et je reçois quelques nouvelles du continent froid

Ai-je bien fait de consommer pétrole et altitude
ai-je bien fait comme à chaque fois
de redoubler de nage pour m’éloigner d’une terre
qui m’a vu naître et me débattre

Ai-je bien entendu l’appel du fond de mes nuits
de ne pas embrasser le col chaud des tours
et des finances pour donner le la des vacances

Où en suis-je ?
La taille embourbée par la glaise
ai-je serré ton étreinte dans mon sommeil
qui étais-tu ?
À me visiter sans concession
quand ma peau était barbelée
et poison pour tout esprit

Suis-je la proie d’un destin
pour mille vies maudites
dites moi l’horreur de mes souvenirs
dans les vies antérieures
avant de vouloir solutionner cet étang imparable
avec un grand gel
que jalouse la mort

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Tu parles toujours d’un endroit
où cacher ton corps d’accident
et où fourrer tes revêches nuits
dans le tapage de la foule
j’entends que ton loup s’impatiente

Nous avons cherché
la loupe à l’affût
d’une grotte où sécher nos os corrompus
et danser le feu

et repris la route
les dos cassés de sucre
et l’enclume des mots
dans la besace de nos estomacs

gravi le sommet des décharges
pour coincer le rêve
qui grattait l’intérieur de la tête
comme une souris sous cocaïne

sans répit jusqu’à la foudre
qui a brisé notre élan
et je suis devenu seul
à poursuivre la course.

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Originaire du Pays Bigouden à la pointe du Finistère, Kévin Balouin exerce régulièrement dans l’enseignement en Lettres et en Histoire Géographie.
Anarchiste, il investit son énergie dans des projets qui lui semblent faire sens pour le commun. Tente par la même occasion, de suivre les traces de sa propre aventure, qui l’ont amené après des études littéraires et un passage à Sciences Po Lyon, à enseigner à Mayotte, puis en Guyane.
Il réside actuellement en Amazonie, chez les Wayãpi et les Tekos, sur les rives de l’Oyapock à la frontière du Brésil.
Son activité poétique se concentre autour des trajectoires marginales, des ruptures, des glissades, des brasiers de l’intériorité, de la dualité inavouée du monde contre soi, notamment en explorant la trajectoire des enfants placés à l’aide sociale à l’enfance, trajectoire qui fut la sienne. Il est aussi membre du collectif POETISTHME.

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