Photographie : A. Rivière Kéraval
Ou la brume dimanche de bonne heure, quelque chose de L’Air en conserve de J. Charpentreau, et les feuilles qui tombent par la fenêtre de la cuisine les immeubles d’en face à travers les branches dépouillées les horizons bouchés au fond de la nationale là-bas comme un tube avec beaucoup de coton au fond et l’air frais au visage chargé d’humidité et de l’odeur des feuilles quelque part des pigeons roucoulent et celui-là de dessus un réverbère qui veille, cet autre qui déambule un dimanche matin à la place de dessous le frêne et les feuilles mortes que le temps/vent a disposées selon les lois du hasard je referme la fenêtre et le son rafraîchissant du carillon lui aussi près du Bouddha sa bougie verte au parfum d’herbe coupée, les papyrus, l’oiseau à ressort, un bronze à la signature illisible et le cerf décoratif rapporté de Londres-Noël à une distance de x années… d’avance les senteurs du lavomatique, des repassages, etc. Respirer encore l’haleine intacte de l’aube avec un reste de nuit, avec les arômes du brouillard qui se dissipe et cet oiseau qui traverse le ciel et disparaît, avec cet instant où tout se mêle et le bel éphémère comme des rares instants de la vie, saisir, éveil des jours, l’instant dans la besace des sens…
16 / 11/ 25, 8h53
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Une maison abandonnée encore avec son odeur de renfermé ou fermée sur son absence et des journaux d’un autre âge qui traînent ici et là, un annuaire où j’imagine des abonnés aujourd’hui disparus, des papiers à terre, une lettre que le temps a effacée et cette photo empoussiérée même dans le tiroir ouvert d’une commode, un couple qui s’enlace et son regard juvénile dessous la poussière, où était-ce ? une maison comme un cimetière avec ses portes rouillées et ses lits défaits, avec ses escaliers qui grincent et des oiseaux pourtant qui y entrent par le toit détuilé par endroits et font leur nid, par les brèches même où s’engouffre le vent, la complainte du vent le chœur des arbres, dépouillées les branches complices et leur vacarme, vent et oiseaux à franger la charpente à mesure qu’on s’approche des combles et du ciel. Une maison aux volets fermés avec tout de la mort et qui assemble au-dedans le poème ailé du dehors et de l’existence, voilà son lot avec la fumée imaginaire que recrache une cheminée, invisiblement des pas d’hier dans les graviers d’une allée et des questions restées sans réponse prises dans les buissons, des mots épinglés aux épines d’un rosier, des regards buissonniers dans le commerce d’hiver.
16 / 11 / 25, 11h09
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La promenade vers la fin de l’après-midi ou est-ce le point du jour où la journée bascule. Après, on glisse vers une douce mélancolie. On se laisse porter jusqu’au soir. Au lit de bonne heure. Voisinant l’eau des médicaments, le verre asséché de tisane avec son sachet de verveine-orange comme une ancre qui a coulé, un livre reposé là juste avant le sommeil, les effluves de musique classique sur la table de chevet à parachever la journée. On s’en remémorera un à un les instants tandis que la pluie peut-être viendra cogner aux volets et le vent chantournant tout. Le vent à agiter les pinces à linge sur une corde de fortune dans l’arrière-cour de la maison, déployant ses ailes sans doute dans les branches du Prunier Quetsche d’Alsace avec ça qu’un oiseau apeuré vite regagne ses pénates et se blottit au plus profond de son nid.
16 / 04 / 25
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Jean-Paul Bota est né en 1968 en région parisienne où il enseigne. Poète, nouvelliste, responsable d’édition, traducteur. Il collabore à diverses revues. Dernière publication: Lieux, Tarabuste (2023).

