Traductions – Nafia Akdeniz (Chypre)

Traduction du turc : Aytekin Karaçoban


kurtarılacaklar

uyuyakalır gibi karıştı nefesleri
kabardı damarları ışıldadı göz feri
geçtiler gürültüyle zaman nehrini
seğirdi toprak —

sürekli koşan bir kaplan var aklımda

çekildi gök çekildi yer sulara çekildi kadın
kursaktan içeri çekildi dil çekirdekten geri
bellendi bedende Frankenstein dikiş yeri
kayboldu gölge kayboldu isim yitik ritim

sürekli koşan bir kaplan var aklımda

nefes arası uzayacak ölüm öksür öksür
kusuru örtük kozmos av ne yaman ayin
delinecek zara tünemiş mitos mışıl mışıl
uyanır mı canavar uyanır mı midede dil

sürekli koşan bir kaplan var aklımda

ilik çektim içime yalandım tuz gölünde
etim sıklaştı kabuğa doğru fışkırdı irin
fışkırdı alev toplandı yer gök su kadın
sürekli koşuyor kaplan ağzında ağzım.




Ceux qui seront sauvés

leurs souffles se sont mêlés comme s’ils s’endormaient
les veines gonflées, la lumière éclatante dans les yeux
ils ont traversé le fleuve du temps avec fracas
la terre tressaillait —

un tigre court sans cesse dans mon esprit

le ciel, la terre se sont retirés, la femme aspirée par les eaux
la langue s’est retirée du noyau, de la gorge
la cicatrice de Frankenstein est marquée dans le corps
l’ombre et le nom ont disparu, le rythme s’est perdu

un tigre court sans cesse dans mon esprit

l’intervalle des respirations s’allongera, la mort tousse et tousse
la faille cachée du cosmos, quel terrible rituel est la lune
perché sur la membrane à percer le mythe dort profondément
le monstre s’éveillera-t-il, la langue s’éveillera-t-elle dans l’estomac

un tigre court sans cesse dans mon esprit.

j’ai puisé la moelle en moi, j’ai léché le lac salé
ma chair s’est contractée vers la croûte, le pus a jailli
des flammes ont jailli, terre, ciel, eau, femmes rassemblées
ma bouche cours sans cesse dans la gueule du tigre



****


hayvan

bir hayvanım var olmayanın yeridir
gaipten sıvılarla gelir kokusu yerleşik
yokluğa ağır ağıt ağır çöker dibimdir
azat gelmiyor zaptım hep elimi kirletir
kokusu yerleşiktir, gitsin bu hayvan —

çorap deliklerim
bel gamzelerim
düğme iliklerim
saç rüzgarım
diş köklerim
gözümün çukuru
uykusu gecemin
kıvrımı bileğimin
çenemin inadı
dilimin sivrisi
masa kenarlarım
yuvarlar ellerim
kesik kesik nefesim
başparmak fetişim
zillerim ziplerim
iplik kemerim
aklımın ağzı
ağzımın aklı
kelepçelerim
sırt satenim
acı eşiğim
eşik fantezim
boynum ince
kalbim çorak
kırılgan dizim
dehlizden sesim
denemediklerim
arka bahçe güllerim
etimin inciri
bal gelmelerim
gel hepsi senin, gitsin bu hayvan.

[kitap aralarıma bile bakabilirsin]



animal

j’ai un animal, c’est le lieu de l’absence
il vient de l’invisible avec du liquide, son odeur imprégnée
une lourde lamentation lourdement descend dans le néant, c’est mon fond
la liberté ne vient pas, mon contrôle me salit toujours les mains
son odeur imprégnée, laisse partir cet animal —

mes trous de chaussettes
mes belles fossettes
mes boutonnières
mon vent de chevelure
mes racines dentaires
mes orbites
le sommeil de ma nuit
la courbe de mon poignet
l’obstination de mon langage
la netteté de ma langue
mes bords de table
mes mains roulantes
mon souffle haletant
mon fétichisme du pouce
mes clochettes, mes fermetures éclair
ma ceinture de fil
la bouche de mon esprit
l’esprit de ma bouche
mes menottes
mon satin de dos
mon seuil de douleur
mon fantasme de seuil
mon cou mince
mon cœur stérile
mon genou fragile
ma voix du couloir

choses que je n’ai pas essayées
mes roses du jardin
le figuier de ma chair
mes douces apparitions
viens, ils sont tous à toi, laisse partir cette bête.

[Tu peux même regarder entre les pages de mes livres]




***


ölü doğurmak

bir kez daha açar sezaryen yarasını
babasının kemikli et yerken kullandığı çakıyla

nene minderine çıplak oturur
dokunur kesiğe yordam kör
parmakları bilgedir ve kadın
yaşamı ikiye karından ayırır

küf kokar ağzı ölü doğumun
su çürüğü kusar avuçlarına
saçlarına siler kalkar ayağa
uyanır elleri yarık karnında

bir kez daha diker sezaryen yarasını
annesinin terzi yüksüğü orta parmağında.




mortinaissance

une fois de plus, elle rouvre la plaie de la césarienne
avec le couteau que son père utilisait pour manger de la viande osseuse

assise nue sur le coussin de sa grand-mère
elle tâtonne la plaie avec l’agilité aveugle
avec ses doigts savants
elle coupe la vie en deux dès le ventre

la bouche de la mortinaissance sent la moisissure
elle vomit un liquide putride dans ses paumes
elle s’en essuie les cheveux, se lève
ses mains se réveillent sur son ventre déchiré

une fois de plus, elle recoud la plaie de la césarienne
avec le dé à coudre de sa mère sur son majeur

***

Nafia Akdeniz est une poète chypriote et chercheuse travaillant dans les domaines de la communication narrative, des études de la mémoire et des études muséales. Elle a étudié la littérature anglaise et les humanités (licence, master) et a obtenu son doctorat en communication et études des médias à l’Université de la Méditerranée Orientale à Famagouste, Chypre.

Elle est l’autrice de trois recueils de poésie. Son premier livre, Yok (Absent, 2013), envisage l’absence comme un espace chargé qui intensifie le désir et la présence. Yarım İnşaat (En construction, 2022) s’oriente vers l’inachèvement comme condition vécue et structurelle, traversant des bâtiments inachevés, des récits interrompus et des subjectivités en devenir. Son dernier ouvrage, Kasnak: Günlük Hayatın Şiirsel Alan Hafızası Anlatıları (Cerceau : Récits poétiques de la mémoire spatiale du quotidien, 2025), réunit des poèmes en prose qui suivent des gestes de remémoration façonnés par des rencontres avec des espaces domestiques, des environnements naturels et construits, des états oniriques et des œuvres d’art, où l’expérience intime s’ouvre vers la mémoire collective.

Née dans le contexte d’après-guerre d’une Chypre divisée, son écriture interroge le foyer, le déplacement et l’expérience incarnée du lieu. Elle est la créatrice du projet de poésie sonore en marche à déclenchement géolocalisé Biz Hayalet Değiliz (Nous ne sommes pas des fantômes, 2024), développé à Varosha, une ville restée sous contrôle militaire depuis des décennies et ancré dans la mémoire des espaces publics. Elle prépare actuellement un article examinant l’impact de cette intervention poétique sur la manière dont les lieux contestés sont compris dans des contextes de conflit non résolu.

Dans sa poésie comme dans sa prose, le désir persiste comme une impulsion érotique, écologique et existentielle, traversant la chair, la terre, la mer et le sol mouvant de l’appartenance à la recherche d’enracinement.

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